Opération Free Belarus à Strasbourg

Article publié le 21 décembre 2010
Article publié le 21 décembre 2010
Propos recueillis par Jean-Baptiste Mathieu Alors que les élections ont eu lieu ce dimanche en Biélorussie, CaféBabel Strasbourg donne la parole à Daniel Fischer, président des Jeunes européens Strasbourg après l’opération Free Belarus réalisée le 16 décembre dans la plupart des grandes villes européennes, dont Strasbourg, à l'initiative des Jeunes Européens Fédéralistes Europe.

CaféBabel Strasbourg : Pourquoi cette action ? Pourquoi à cette date ?

Daniel Fischer : La « street action » pan-européenne « Free Belarus » est un événement malheureusement récurrent pour la JEF Europe. Elle consiste, pour toutes les sections Jeunes Européens depuis bientôt 5 ans, à partir à l’assaut des statues qui se dressent dans toutes les grandes villes du Continent, afin de les bâillonner pour dénoncer la considérable réduction des libertés individuelles opérée par le clan Loukachenko au pouvoir en Biélorussie depuis 16 ans. L’action, qui, traditionnellement, a lieu en mars, a été anticipée cette année au 16 décembre, en raison des pseudo-élections présidentielles qui se sont tenues le 19 décembre dans ce qu’il convient d’appeler la « dernière dictature d’Europe ».

CBS : Pourquoi l'avenir de la Biélorussie est une question qui concerne, aux yeux de la JEF Europe, la société civile européenne ?

DF : La question des frontières de l’Europe a, de tous temps, été largement débattue. Si l’on considère l’étendue du territoire européen d’après ses limites géographiques (l’Oural, le Caucase, la mer Noire), la Biélorussie fait figure d’enclave dictatoriale dans cet espace de paix, de liberté et de démocratie. Si Marguerite Yourcenar dans ses carnets de voyage (Le bris des routines, La Quinzaine littéraire, 2009) a raison d’écrire que l’Europe est une « vaste patrie », les citoyens solidaires que nous sommes ont le devoir de rester vigilants quant aux difficultés qu’éprouvent nos compatriotes. En 2006, des sondeurs et des observateurs JEF lors de précédentes élections ont été arrêtés en même temps que les opposants au régime. Les JEF se sont donc identifiés à la population biélorusse opprimée, un peu comme les démocrates des années 30 qui s’engageaient aux côtés des républicains espagnols lors de la guerre civile. L’UE se doit de rester un modèle attractif en termes de valeurs, et ne peut transiger sur les questions de démocratie et de Droits de l’Homme. Les JEF condamnent toute forme de dictature, mais aussi, finalement, l’impuissance de l’Europe face à ces violations de Droits de l’Homme se déroulant sous ses yeux, dans son voisinage immédiat. Les outils pour faire entendre la voix de l’Europe dans ce domaine sont encore imparfaits, et la JEF a toujours plaidé pour une architecture fédérale, moderne et efficace des institutions européennes, seules capables de les améliorer.

CBS : Est ce que cette action prend un sens particulier à Strasbourg ?

DF : Il serait trop facile de répondre que la présence d’institutions européennes sur le sol strasbourgeois donne à l’action des Jeunes Européens-Strasbourg une légitimité toute particulière pour relever ce défi « bâillons » de la JEF-Europe. Néanmoins, en bâillonnant les statues en bronze de Mariano González Beltrán du monument dédié aux Droits de l’Homme sur les pelouses du Conseil de l’Europe, les Jeunes Européens Strasbourg espèrent ainsi pouvoir attirer l’attention des institutions européennes, et même d’être entendus par le régime dictatorial, dont la candidature à cette institution reste en suspens depuis 1993. Le COE n’est-il pas l’organisation internationale garante de la prééminence du droit et de la démocratie en Europe ?