Open Access Now : pour une ouverture des centres fermés

Article publié le 23 avril 2015
Article publié le 23 avril 2015

Après quatre mois d’action, la campagne « Open Access Now » 2014-2015 visant à dénoncer la détention d’étrangers en Europe touche à sa fin. Les élus, médias et organisations mobilisés se sont donc retrouvés au Parlement européen le 21 avril afin de présenter leurs conclusions.

On estime qu’environ 600 000 personnes sont actuellement enfermées en Europe dans des centres de rétention pour étrangers. Face au manque d'information sur ces lieux, la campagne « Open Access Now » exige une plus grande transparence des conditions de détention des migrants tout en demandant la fermeture de tous les camps, sur le territoire européen et ailleurs. Lancé en 2011, ce projet bénéficie du soutien d’organisations telles que La Cimade (France), Sos Racismo (Espagne) ou encore la Ligue des Droits de l’Homme (Belgique). A l’occasion de la clôture de la mobilisation 2014-2015, journalistes et représentants de la société civile étaient conviés à une conférence au Parlement européen. 

Retour sur la mobilisation 2014-2015

Laure Blondel, coordinatrice du projet, est revenue sur les principaux éléments mis en œuvre au cours de cette campagne 2014-2015. Il s’agissait d’abord de faire connaître au grand public les réalités de l’enfermement grâce à plusieurs outils. La cartographie interactive et participative « Close the camps » situe par exemple les centres et fournit des informations précises sur chacun d'eux. Un livret intitulé « La face cachée des camps en Europe » a également été publié, avec pour objectif de mettre en perspective la réalité de ces lieux avec les instruments européens et internationaux des Droits de l’Homme.

Un travail d’interpellation et de plaidoyer a été fait vis-à-vis de la Commission européenne, et plus particulièrement autour de la directive « retour ». Son évaluation est jugée très contestable, l'institution n'ayant pas accès à de nombreuses données chiffrées des Etats membres. Deux questions ont également été déposées par les parlementaires européens. La première concerne justement l’accès encore très limité aux statistiques sur les détentions administratives : la Commission a répondu qu’elle soumettra un rapport courant 2015 afin que tous les pays publient leurs informations. La seconde, restée jusqu'ici sans réponse, se penche sur le droit d’entrée inconditionnel des ONG et des médias dans les centres. 

La campagne souhaitait aussi apporter son soutien aux migrants et à leurs mobilisations par la récolte et la diffusion de témoignages. Sur Internet, lors de rencontres publiques ou dans le cadre d'émissions de radio, « Open Access Now » a tenté de redonner la parole aux détenus et à leurs familles.

Enfin, 16 visites de parlementaires européens et nationaux ont été réalisées dans des camps en France, en Italie, en Espagne et en Belgique.

Ouvrez les portes !

Pays par pays, les intervenants ont évoqué leurs visites, dressant souvent les mêmes constats. Tous ont ainsi dénoncé des conditions matérielles déplorables qui portent atteinte à la dignité humaine. Pour l'eurodéputée Marina Albiol (GUE/NGL), les fonds alloués à ces centres en Espagne sont avant tout utilisés pour renforcer les mécanismes de sécurité, et non pour améliorer les conditions de vie des personnes qui y vivent.

Les intervenants ont également pointé l'aspect très carcéral de ces lieux. L’enfermement, la sécurité abusive et parfois même la punition dans des cellules d’isolement marquent le quotidien de ces détenus… coupables d’une erreur administrative. De même, le contact avec l’extérieur est très limité : pas d’accès à la justice ni à l’interprétation, aucune information donnée quant à la suite de la procédure ou à un potentiel droit à la protection internationale.

Enfin, la campagne a permis de souligner l’accès partiel à ces lieux ainsi que le manque de transparence les concernant. Le refus des autorités de laisser entrer les médias 13 fois sur 16 est interprété comme une volonté de cacher cette réalité à l’opinion publique. Avant de se rendre au centre d’attente de Roissy, la députée européenne Eva Joly (Verts/ALE) a demandé à l’administration des informations statistiques ainsi que l’autorisation d’accès aux journalistes : ses deux requêtes ont été refusées. Elle évoque une visite très encadrée, marquée par une présence policière constante, et regrette de ne pas avoir pu rencontrer directement les migrants.

Pour les membres de la campagne, ces différents constats confirment la nécessité de lutter contre l’opacité et la banalisation de l’enfermement en Europe. Si cette mesure est vue par certains politiques comme une gestion efficace de la migration, « Open Access Now » demande son arrêt au profit du respect de la liberté fondamentale d’aller et de venir.

Un système à repenser

Impossible de ne pas faire le lien entre ces centres et les derniers drames en Mer Méditerranée. Les dix points proposés par la Commission le 20 avril représentent pour Barbara Spinelli (GUE/NGL) « une véritable comédie ». Comment l'Europe peut-elle se féliciter de vouloir accueillir 5 000 migrants de plus, alors que la Suède par exemple acceptera jusqu'à 105 000 demandeurs d'asile en 2015 ? Pour Marina Albiol, rien n’a changé depuis Lampedusa. La solution ne passera pas par l'externalisation de mesures ou l'augmentation de contrôles en amont : il faut un revirement total de nos politiques migratoires, mais aussi économiques et géopolitiques.