Oh la vache !

Article publié le 13 mars 2009
Article publié le 13 mars 2009
Le salon de l’agriculture, grande tradition française, vient de fermer ses portes à Paris, nous donnant l’occasion d’y prendre la température de l’agriculture européenne. Le choix d’un salon de l’agriculture orienté durable n’est pas anodin. Au delà de la surexposition agaçante du bio-bobo, il est révélateur d’enjeux à relever pour une agriculture qui peine à se renouveler.
Les réunions de 2008 sur le remaniement de la politique agricole, n’ont pas fait long feu. Que devient l’agriculture européenne, à l’heure des grenelles de l’environnement ou des débats sur les quotas laitier ?

La PAC, un institution vieillissante

L’agriculture est loin d’être une question mineure pour l’Europe puisque c’est le domaine qui concentre un peu moins de la moitié de son budget. Et ce depuis longtemps puisque la Politique Agricole Commune, dite PAC, a démarré en 1962. Elle s’inscrivait alors dans un plan de reconstruction de l’Europe d’après guerre : il fallait moderniser les exploitations et augmenter la production agricole pour garantir l’autosuffisance du continent, mais aussi stabiliser les marchés et aider les agriculteurs. C’était une politique qui jouait donc sur deux fronts : une agriculture intensive à fort rendement, et une logique de garantie des prix qui nécessite de racheter parfois les produits qui ne trouvent pas preneur.

Ce dernier pan explique ses premiers ratés, au début des années 80, lorsque les excédents à stocker voire à détruire deviennent de plus en plus nombreux et pèsent sur le budget communautaire. Sa politique de protection des exploitants européens par des subventions à l’exportation lui attirent également force critiques de la part des organisations mondiales du commerce, qui l’accuse de ne pas jouer les règles du jeu mondial. Et elle même n’a pas intérêt, si elle veut vendre, à proposer des prix trop élevés.

Enfin l’aspect quantitatif et productiviste de l’agriculture telle qu’elle avait été pensée dans un cadre d’une reconstruction trouve ses limites : la qualité (notamment sanitaire) des produits, l’usure des terres arables ou encore le traitement des animaux… Aujourd’hui les concentrations de nitrates dans les nappes bretonnes dépassent largement les normes européennes !

Quelles perspectives ?

Malgré les réformes successives dans le sens d’une meilleure prise en compte de ces lourdeurs, le travail n’est pas achevé. La PAC vit encore sur un modèle qu’elle ne peut plus tenir sans se nuire. La question est principalement de repenser la répartition des fonds. Il y a quelque chose d’absurde à penser que la France, dont la société n’est presque plus rurale, en soit le premier bénéficiaire (21%) L’ouverture de l’UE à l’Europe de l’Est et l’augmentation de 70% en terres agricoles appelle à une recomposition plus juste des aides financières. Sur tout le territoire, c’est une forme d’agriculture plus respectueuse de l’environnement et de la santé qui doit être encouragée : c’est en innovant qu’on relance un secteur. Et malgré les obligations plus strictes de respect des normes, les incitations sont encore trop faibles : les aides à la surface (DPU) concentre 80% du budget et sont valable ad vitam aeternam, tandis que les aides à la reconversion (Mesures agro-environnementales) sont beaucoup moins avantageuses…

Le débat actuel, dont l’orientation du salon de l’agriculture française est la preuve, doit mener à dépasser les querelles internes et proposer une réforme ambitieuse, à la mesure des défis à relever, avant 2013, date de péremption.

Crédit photo : François Lafite/FlickR

Pour approfondir :

La Réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) - Synthèse de la législation de l'UnionQu'est-ce que la Politique Agricole Commune (PAC) ? - Vie-Publique.frLa Politique Agricole Commune, PAC - Touteleurope.fr

Alice LEMAIRE