OGM : Monsanto perd une bataille en Europe

Article publié le 3 avril 2009
Article publié le 3 avril 2009
Les pays de l’UE ne vont finalement pas obliger l’Autriche et la Hongrie à cultiver le MON 810 (une sorte de maïs génétiquement modifié) de la multinationale nord-américaine Monsanto. Contre l’avis de la Commission européenne, Durão Barroso et Fischer Boel en tête.

La commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fischer Boel, défend la culture des OGM en se basant sur la théorie fragile selon laquelle la communauté scientifique ne dispose pas de preuves de la dangerosité de ces produits, mais elle n’affirme pas pour autant qu’ils ne sont pas dangereux. Dans le même temps, elle pense donc qu’il faut prendre les précautions nécessaires pour que les OGM arrivant sur le marché soient sans danger. Elle prédit ensuite que si l’UE ne se montre pas plus tolérante sur le sujet, elle ne pourra concurrencer des pays comme l’Argentine ou le Brésil, où les politiques sont beaucoup plus permissives en matière d’organismes génétiquement modifiés. Enfin, elle termine en disant que ces pays pourront toujours produire de la viande d’animaux nourris aux fourrages modifiés et que l’UE ne pourra qu’accepter ces produits car ils sont plus compétitifs. En fait, nous n’avons pas vraiment le choix.

Les fantômes du passé sont toujours là

En apprenant cette nouvelle, toute personne vivant en Espagne ne peut s’empêcher de penser à la ville portugaise de Monsanto, que Durão Barroso, Lisboète, connaît sans l’ombre d’un doute car, en plus d’être une ville à la beauté profonde et naturelle, elle a été déclarée en 1938 « ville la plus portugaise du pays ». C’est donc peut-être parce qu’il connaît, admire et aime cette ville que son inconscient l’aurait trahi, trop attaché aux caractéristiques de cette « Monsanto » d’une toute autre nature.

Les Indiens d’Amérique ont commencé à cultiver le maïs au Mexique il y a plus de 5000 ans. Pluies, soleil et vents ont permis de réaliser ce prodige : la graminée s'est développée et a même muté selon les caprices de la Nature, nous offrant de nombreuses variétés de maïs, jaune, blanc, bleu et même violet. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire. La biodiversité connaît son affaire et utilise ses talents et atouts pour donner naissance à des variétés particulières. Ainsi, certaines cultures supportent mieux la sécheresse, tandis que d’autres opposent une plus grande résistance à tous ces petits insectes qui veulent les dévorer.

Gagner une bataille, ce n'est pas gagner la guerre

L’autre Monsanto, celle du film Le monde selon Monsanto et du livre sur lequel le film est basé, écrit par la journaliste Marie-Monique Robin et déjà acheté par plus de 90 000 Français, est cette multinationale qui a fourni les plus de 76 millions de litres d’herbicides déversés sur le Vietnam entre 1961 et 1972, l' « Agent orange » dont 44 millions de litres ont été utilisés comme défoliants. Son impact négatif n’a pas seulement touché les écosystèmes ; on considère que plus de 500 000 enfants sont nés avec des malformations liées aux dioxines contenues dans ces produits. Le fait que cette multinationale, qui produit des semences, prétende maintenant s'ériger en combattante de la faim dans le monde et du manque croissant de matières premières semble relever du sarcasme.

Le « non » de l’autre jour peut être considéré comme une grande victoire, qui pourrait en annoncer d’autres. Seuls la Suède, l’Estonie, la Finlande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont soutenu la proposition de Bruxelles demandant aux ministres de l’environnement qu’ils acceptent de lever les clauses protégeant la Hongrie et l’Autriche. Après avoir échoué à contraindre la France et la Grèce en février, la Commission européenne enregistre aujourd’hui un second échec. Nous continuerons cependant à observer, effarés, comment évolue l’Espagne, pays où l’on cultive le plus de maïs génétiquement modifié.