Ogm: le monde en marche contre les dangers de Monsanto

Article publié le 25 avril 2014
Article publié le 25 avril 2014

Il y a 20 ans, seuls Jane Akre et Steve Wil­son, jour­na­listes pour la Fox, fai­saient par­tie du petit nombre à dé­non­cer les pré­sents ar­ran­ge­ments entre Monsanto, la FDA (agence publique pour la santé) et le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain. Au­jour­d'hui cette vague de contes­ta­tion gagne 400 villes ré­par­ties sur l'en­semble du globe.

Lorsque Jane et Steve dé­ci­dèrent de dé­non­cer les risques de l'hor­mone de crois­sance bo­vine sur le lait amé­ri­cain, OGM de la marque Mon­san­to, la chaîne de té­lé­vi­sion Fox, au lieu de dif­fu­ser le tra­vail des deux re­por­ters, a dé­cidé de les li­cen­cier

Les deux chro­ni­queurs ont mené une en­quête ex­plo­sive, assez pour ré­vé­ler les ef­fets can­cé­ri­gènes d'un pro­duit comme le Pro­si­lac, mis sur le mar­ché et com­mer­cia­lisé uni­que­ment après l'au­to­ri­sa­tion de la Food and Drug Ad­mi­ni­stra­tion amé­ri­caine, agence qui à l'époque des faits comp­tait dans ses ef­fec­tifs des ex-em­ployés de Mon­san­to. Ainsi le lais­sez-fai­re des hautes au­to­ri­tés vis-à-vis des pro­duits de la mul­ti­na­tio­nale en bio­te­chnologie (hor­mones mais aussi se­mences et pes­ti­cides in­té­gra­le­ment tran­sgé­niques) s'est étendu au-delà des fron­tières des USA et du conti­nent amé­ri­cain. Mais éga­le­ment avec lui le si­gnal d'alarme des ac­ti­vistes an­ti-Ogm.

MARCH AGAIN­ST MON­SAN­TO:  stop aux OGM

On ap­pelle “March Again­st Mon­san­to” le mou­ve­ment in­ter­na­tio­nal qui se bat pour em­pê­cher la mul­ti­na­tio­nale réa­li­sant presque 9 mil­liards de dol­lars ­de chiffre d'af­faire de conti­nuer à gérer le mo­no­pole ali­men­taire du monde. Tout cela avec la com­pli­cité des mé­dias et de leur si­lence   ache­tés au prix fort. De­puis l'an­née der­nière des mil­lions de par­ti­sans santé de la rési­stance 2.0 ont dé­cidé de mettre en place et de par­ti­ci­per à la jour­née in­ter­na­tio­nale du boy­cotte de Mon­san­to qui se tient chaque 24 mai. En 2013 la marche or­ga­ni­sée par les ac­ti­vistes a reçu la par­ti­ci­pa­tion de deux mil­lions de per­sonnes selon les or­ga­ni­sa­teurs, de cen­taines de mil­liers selon les or­ganes de sé­cu­rité. Les ma­ni­fes­tants ont éga­le­ment dé­noncé un pré­sumé sa­bo­tage de la part des mé­dias : alors qu'en Hol­lande la pro­tes­ta­tion était sui­vie par les prin­ci­paux jour­naux et té­lé­vi­sions, aux États-Unis, où la marche ras­sem­blait un nombre consi­dé­ra­ble­ment plus im­por­tant de par­ti­ci­pants, la ma­ni­fe­sta­tion a seule­ment trouvé écho au­près des mé­dias lo­caux.  

Cette année la marche contre Mon­san­to est à nou­veau or­ga­ni­sée et ga­gnera éga­le­ment Rome ainsi que 400 autres villes dans le monde. En effet, le phé­no­mène “boy­cott Mon­san­to”, n'est pas to­ta­le­ment in­connu en Ita­lie. Pour rap­pel, le 5 avril der­nier les re­pré­sen­tants de 38 as­sociations se sont réunis à di­vers points de la pé­nin­sule pour pro­mou­voir la cam­pagne ‘L'Ita­lie sans Ogm’: l'ob­jec­tif était de sen­si­bi­li­ser l'opi­nion pu­blique au thème du bio, bon pour la santé et Made in Italy, mes­sage qui sera re­pris plu­sieurs fois en vue de l'Expo 2015. Par ailleurs d'ici un mois le Tar se pro­non­cera sur le re­cours pré­senté par un agri­cul­teur du Frioul contre un dé­cret in­ter­mi­nis­té­riel blo­quant l'usage du maïs ogm de Mon­santo dans notre pays – le ju­ge­ment, ini­tia­le­ment prévu pour le 9 avril der­nier, a été re­pous­sé de 45 jours. Ré­sul­tat? Une pos­sible voix d'ac­cès pour les cultures trans­gé­niques en Ita­lie. Ce que les en­vi­ron­ne­men­ta­listes et agri­cul­teurs prêts à se mettre en marche contre Mon­santo veulent ab­so­lu­ment évi­ter. Mais pour quelles rai­sons se battent les ma­ni­fes­tants qui des­cendent dans la rue le 24 mai pro­chain?

AC­TI­VI­STEs: ce qUi les poussE à agir, ce qu'ils pro­posent

Il y a cinq prin­ci­pa­les­ rai­sons à cette marche et au­tant de so­lu­tions pro­po­sées . On peut ainsi lire dans le ma­ni­feste mul­ti­lingue di­vul­gué par le mou­ve­ment : “Les re­cherches ont dé­mon­tré que les ali­ments gé­né­ti­que­ment mo­di­fiés de Mon­san­to peuvent por­ter de graves pré­ju­dices à la santé, ­ comme le dé­ve­lop­pe­ment de tu­meurs can­cé­reuses, l'in­fer­ti­lité et des mal­for­ma­tions congé­ni­tales. Aux États-Unis, la Fda, agence qui a en charge la sé­cu­rité ali­men­taire des ha­bi­tants, est di­ri­gée par d'an­ciens pa­trons de Mon­san­to, et nous es­ti­mons que cette si­tua­tion dis­cu­table est à l'ori­gine d'un conflit d'in­té­rêt et ex­pli­que le manque de re­cherche de la part du gou­ver­ne­ment sur les ef­fets à long terme des pro­duits Ogm”

Par ailleurs le congrès des États-Unis et le pré­sident ont passé une loi in­ti­tu­lée “Mon­san­to Pro­tec­tion Act” qui em­pêche l'ar­rêt de la vente des se­mences gé­né­ti­que­ment mo­di­fiées de Mon­san­to. 

“ De­puis bien trop long­temps – écrivent-ils - Mon­san­to bé­né­fi­cie de sub­ven­tions et de fa­vo­ri­tisme po­li­tique. Les se­mences Ogm de Mon­san­to sont dan­ge­reuses pour l'en­vi­ron­ne­ment, par exemple, les scien­ti­fiques ont in­di­qué qu'elles sont la cause du dé­clin des po­pu­la­tions de co­lo­nies d'abeilles dans le monde”. March Again­st Mon­san­to ré­clame l'éti­que­tage des  Ogm, l’a­bro­ga­tion du “Mon­san­to Pro­tec­tion Act”, des fonds pour pro­mou­voir la re­cherche des ef­fets sur la santé des Ogm, l’e­sclu­sio­n des an­ciens di­ri­geants de la firme hors des agences amé­ri­caines et re­ven­dique le droit à l'in­for­ma­tion contre le sa­bo­tage des media. 

Sa­botage qui n'a pas non plus épar­gné Jane Akre et Steve Wil­son. Où s'est ter­mi­née leur en­quête?

Avant que le re­por­tage n'ait pu être dif­fusé, les avo­cats de Mon­san­to ont en­voyé une let­tre à la Fox an­non­çant de “ter­ribles consé­quences” si l'en­quête n'était pas mo­di­fiée dans ses grandes lignes. La Fox a alors tenté de mon­nayer au­près de Steve et Jane l'étouf­fe­ment du ré­sul­tat de leurs in­ves­ti­ga­tions, fruit de plus d'une année de re­cherche. Les re­por­ters ont dé­cliné cette offre et l'af­faire – ra­con­tée dans le do­cu­men­taire ca­na­dien primé à di­verses re­prises The Cor­po­ra­tion – a fini au tri­bu­na­l. 

Seule a sur­vécu de leur tra­vail la prise de conscience selon la­quelle une per­sonne qui consomme du lait de vache ex­po­sée au Pro­si­lac pré­sen­tera une plus forte pro­pen­sion à dé­ve­lop­per un can­cer du sein, de la pros­tate ou du colon. Le reste n'a pas ré­chappé à la cen­sure Made in Usa.