Oeil pour oeil fait de tous des aveugles (Ghandi)

Article publié le 27 février 2002
Publié par la communauté
Article publié le 27 février 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Est-ce que rendre la pareille est vraiment la solution ...?

La Loi de Newton pose que pour chaque action il doit y avoir une réaction, et la politique étrangère américaine a créé un monstre terrible. Encore dans les suites de cette épouvantable destruction humaine à New York et Washington, il est difficile, certains diraient insensible, de se dégager des voies centrales du choc émotionnel.

Il est vital d'analyser sans passion les symptomes de la tragédie afin d'examiner une réponse constructive afin de prévenir des répétitions. Quelques heures après que les deux avions se soient écrasés contre le World Trade Center, Georges W. Bush et d'autres dirigeants occidentaux ont décrit les attaques comme étant dirigées contre les idéaux d'une société libre et démocratique, comme si les terroristes avaient agi au nom d'un désaccord idéologique avec les principes de la constitution des Etats-Unis et de la Démocratie occidentale en général. Lorsqu'un mode de vie est déchiqueté en un peu plus d'une heure, il est facile de percevoir les attaques comme une remarque malveillante.

Une telle position ne saurait se trouver aussi loin de la réalité. Les auteurs musulmans de ce crime ne pourraient pas se soucier moins de savoir si les Etats-Unis sont une démocratie ou un état communiste, leur reproches s'adressant à la conduite de cet état au Moyen-Orient qu'ils ne considèrent pas comme étant civilisée, mais barbare. Où que l'on regarde, Palestine, Irak récemment, Iran, Syrie et Liban durant les 60 dernières années, les Etats-Unis ont conspiré violemment ou diplomatiquement afin de lier la volonté des gouvernement et des populations locaux à ses intérêts nationaux : la perpétuation de son officieux empire économique et politique.

La période de quarantaine est terminée

Peut-être qu'une des raisons pour lesquelles le Royaume Uni se cramponne son ancien empire est que ses citoyens ont toujours été très éloignés des atrocités de leurs gouvernements au nom de la civilisation. Les américains ont également ignoré les conséquences des activités de leur état, à la fois à cause du silence des médias et physiquement. A l'inverse des foules britanniques, sérieusement terrorisées par l'IRA ces dernières décennies, la population américaine, à force de puissance et de situation géographique, a toujours été sauve d'une vulnérabilité domestique. La période de quarantaine est terminée.

Comme le remarqua ignoblement Malcom X à propos de l'assassinat de JFK, " Qui sème le vent récolte la tempête". Nombreux sont ceux qui protestent que le meurtre intentionnel de milliers de civils est une réponse grotesquement disproportionnée au cynisme américain. Pourtant, si l'on s'attache aux statistiques, les bombardements américains contre le peuple irakien (qui dans sa majorité honni Saddam Hussein bien plus que ne peut le faire le Département d'Etat américain) ont pris autant de vies, et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

La satisfaction de la revanche

Plus simplement, le gouvernement américain a, durant ces cinquante dernières années et au nom de la Démocratie et de la Civilisation, assassiné des millions de personnes. Qui, dès lors, sont véritablement les plus grands terroristes sur cette terre ? C'est non seulement de l'hypocrisie mais du racisme, un blanc vaut plus qu'un noir ou qu'un arabe, et l'écho de l'indignation morale se réverbérant en Occident est un réflexe historique, la réaction de sociétés brisées fustigeant leurs oppresseurs. Ce que l'on doit comprendre dans la réaction réjouie de nombreuses personnes dans le monde arabe face à la tragédie récente est qu'elle n'est pas, comme beaucoup de commentateurs ont pu l'affirmer, une joie sadique, mais la satisfaction de la revanche. Tous les points de vue rassemblés à partir de ces scènes de triomphe peuvent fusionner en un seul message simple : " Ils nous ont fait cela durant des années et maintenant ils souffrent à leur tour ". Bien qu'il soit pratique et compréhensible pour l'Amérique de trouver des boucs-émissaires extérieurs et de s'anesthésier de la vérité, sa tragédie relève de sa responsabilité. On se souvient de Charlton Heston, à la fin de " La planète des singes ", se décomposant devant la Statue de la Liberté affaissée, criant en pleurs à ceux de son espèce " Regardez ce que vous avez fait ! ".

Nous interroger nous amène plus près de la vérité mais la curiosité n'est pas très à la mode. La revanche est une caractéristique humaine aveuglante, mais du fait de l'ensemble des possibilités militaires humaines, la divergence d'opinion a engendré un extrémisme désespéré, qui se manifeste dans les attentats de Nairobi et du Yemen, qui croit que la terreur est la seule façon de défier et d'humilier le gouvernement américain, qui croyait également que le bombardement de Bagdad déboulonnerait Saddam Hussein. Dans les conflits modernes, ce sont principalement les innocents qui se font tuer. Mais rien de cela ne fera la moindre différence par rapport à la réponse américaine aux attaques sur son propre sol. Le gouvernement Bush manque du courage et de l'imagination nécessaires pour considérer autre chose que des représailles militaires massives, et la population américaine tournée vers le mécanisme du châtiment les demandera.

Une bien piètre réponse : le bombardement comme anesthésie émotionnelle

Elle prendront peut-être la forme d'une action unilatérale, ou bien les efforts de dirigeants comme Tony Blair, (conjurant les fantômes de l'auto-importance britannique, mais peut-être aussi espérant que l'alliance conduira à la retenue) élargiront la réaction en une stratégie occidentale plus large. Ce sera peut-être une pluie de bombes, un feu d'artifice tonitruant, ou peut-être une invasion terrestre en Afghanistan, qui accessoirement, a été le cimetière des armées Britanniques et Soviétiques au cours du siècle et demi passé, comme la Russie celui des armées d'Hitler et de Napoléon.

Peu importe. La réponse sera idéologiquement justifiée et mortellement conçue, et ne résoudra rien. Elle n'est pas seulement incorrecte ou stupide, elle ne débusquera pas Ben Laden ou aucun autre scélérat pantomime mais créera d'autres générations en colère prêtes à nuire à l'Occident. Mais peut-être n'est ce pas le plus important. Les bombardements sont une anesthésie émotionnelle supposée offrir du sens pour les milliers de vies perdues sous les décombres du World Trade Center, et c'est pourquoi les plans de l'alliance occidentale, intrinsèquement perdants, sont mis en œuvre aussi aveuglément. Moralement, les représailles sont comme un parent, maltraitant habituellement son enfant, condamnant la violence de celui-ci en le battant. Ce sera un acte de la plus flagrante hypocrisie. Le remède préconisé pour soigner le mal sera le mal lui-même, et à moins que le gouvernement américain ne commence à accepter que les origines de la terreur exercée contre son peuple sont la pauvreté et l'impuissance créées par sa propre politique, le terrible cycle de la violence se rééditera dans les ans à venir.