Obama, la Grèce, la Turquie, Obama...

Article publié le 9 avril 2009
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Article publié le 9 avril 2009
La presse grecque s'est montrée ces dernières semaines étonnée, indignée, inquiète de voir que le nouveau président américain semblait faire assez peu de cas du beau pays hellène et de ses vieux problèmes nationaux qu'il charge de rappeler régulièrement à la Maison Blanche par la voix de l'influente communauté grecque des Etats-Unis.
Pire, selon un certain nombre de journaux, Obama a franchement préféré aller voir ce qui se passait du côté turc.

Déjà début mars, la presse grecque (voir Kathimerini) s'inquiétait de ce que le premier ministre grec ne réussissait pas à prendre rendez-vous auprès du Président Obama, et que celui-ci ne paraissait pas très pressé d'accepter le parrainage de la cérémonie du 25 mars (jour de fête nationale grecque) organisée par la Communauté grecque des Etats-Unis. Le 9 mars, nouveau coup dur quand Hillary Clinton annonce la visite officielle prochaine d'Obama en Turquie (voir Ta Nea), sans s'arrêter dans la capitale grecque. Ces deux événements sont sans précédent. Aucun président américain ne s'est jusqu'à présent avisé de visiter Ankara sans équilibrer cet acte par un séjour à Athènes. On signale aussi dans Ta Nea qu'Obama sera le premier président américain à visiter si rapidement la Turquie après son élection. La secrétaire d'Etat américaine ne s'est en outre pas contentée de cette annonce lors de son passage en Turquie début mars, elle a encore formulé un communiqué commun avec son homologue turc dans lequel elle soutient la résolution du problème chypriote sous l'égide de l'ONU et la fin de l'isolement des turco-chypriotes. Elle a aussi qualifié la Turquie de « pays démocratique dont la Constitution défend les libertés religieuses » (voir To Vima). Les premières bases de ce qui s'est joué ces derniers jours étaient posées. Le soutien des Etats-Unis à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne se préparait, et la Grèce doit maintenant réagir à un nouvel état de fait: « pour les Etats-Unis, la Turquie est bien plus importante que la Grèce » (avoue Angelios Athanasopoulos, dans To Vima) ou encore « Finie la neutralité américaine dans les relations gréco-turques » (à lire dans Ta Nea)

rotonde On cherche alors des explications, que l'on trouve dans la situation géopolitique et stratégique de la Turquie: le pays joue un rôle de médiation important entre la Syrie et Israël, peut servir de point stratégique important pour le retrait en sécurité des troupes américaines d'Irak, ses relations avec l'Iran sont un maillon essentiel de la nouvelle politique extérieure qu'Obama entend impulser (voir article). On souligne aussi dans certains journaux (dont le journal chypriote Simerini) le rôle de leader des pays musulmans que la Turquie a déjà pratiquement remporté en soutenant le Hamas lors des attaques d'Israël sur Gaza.

Face à cette position de force, que peut apporter la Grèce à son fidèle allié américain ? C'est bien le problème, cette indigence d'attraits géostratégiques. Même si dans Kathimerini, Athanasios Ellis rappelle qu'elle offre aux Etats-Unis une des plus grandes bases navales militaires (en Crète), qu'elle peut arbitrer le conflit Russie-Géorgie en voisine orthodoxe, qu'elle entretient de bons rapports autant avec Israël qu'avec le monde arabe, qu'elle joue un rôle important dans l'approvisionnement en gaz en provenance de Russie et d'Azerbaïdzan... même si le vote de la communauté grecque américaine se fait aussi en fonction des dossiers grecs... Les dés semblent en fait jetés depuis longtemps. Des études dont Obama a connaissance ont montré clairement que le rôle de la Turquie dans les dossiers chauds de la planète était essentiel, et la Grèce est considérée, surtout depuis décembre, comme un pays « instable et peu sûr » (voir Simerini). Pas de quoi donc, s'y arrêter, même par zèle diplomatique.

Dans ces circonstances, les journaux grecs (comme Eleftheros Typos) peuvent bien s'inquiéter d'un exercice militaire aérien mené par l'OTAN au-dessus des eaux - aux frontières souvent contestées - de la mer Egée, avec la Turquie comme participante et organisatrice de l'événement, le gouvernement semble, selon tous les journaux, « impuissant » devant cette évolution des choses. Kostas Karamanlis a obtenu une rencontre avec Barak Obama en marge du sommet de l'OTAN à Strasbourg le 4 avril dernier dont on ne sait presque rien, sinon qu'il y fut question d'économie, de terrorisme, et de sécurité énergétique, et que le président américain s'est déclaré très content de rencontrer le premier ministre grec. Rien de bien original, donc. Et la presse n'est pas dupe: « Obama a fait un cadeau à Karamanlis en acceptant de le rencontrer personnellement, ce qu'il n'a encore fait avec aucun autre dirigeant (…) mais c'est pour mieux faire avaler la pilule turque » constate amèrement Yannis Pretedéris dans To Vima. Le même journal titrait méchamment le même jour: « Le marchandage Erdogan-Obama » pour mettre en lumière les raisons géostratégiques et militaires les Etats-Unis pour lesquelles soutiennent l'entrée de la Turquie dans l'UE et demandent que le Fonds monétaire international accorde un prêt de sauvetage au pays.

Mais malgré toute cette amertume, certains commentateurs n'hésitent pas à reconnaître que cette « claque » diplomatique aura le mérite de faire comprendre à la Grèce que les choses ont changé, et que la Turquie d'aujourd'hui « n'est plus celle de la guerre froide, encore moins celle des guerres balkaniques » et qu'il s'agit aussi pour la Grèce de mieux suivre ce qui passe de l'autre côté de la frontière pour anticiper les changements à venir.