Obama, Cameron, Trierweiler & Cie : le rôle des premières dames

Article publié le 14 septembre 2012
Article publié le 14 septembre 2012
Le rôle de la première dame – toute américanisée soit-elle - est difficile à définir en Europe. Et ce, non seulement de par les disparités des systèmes (est-ce la compagne du président ou celle du Premier ministre ?) mais aussi de par les différences culturelles : ici elles semblent se prêter au jeu de la caméra ; là elle préfère leur autonomie.
Certaines montrent de la subordination, d’autres font preuve de plus d’indépendance.

« Ce soir je suis ici en tant qu’épouse, en tant que mère, que grand-mère. En tant qu’américaine, pour prendre un engagement solennel : cet homme (Mitt Romney) n’échouera pas. » C’est ainsi, que dans sa robe à corset rouge et au rythme d’une version de My girl de The Temptations, la candidate « au poste » de première dame américaine, Ann Romney, a transmis le relais à son mari, lors de la convention républicaine célébrée il y a quelques semaines en Floride. Quelques jours plus tard, Signed, sealed, delivered, I’m yours de Stevie Wonder souhaitait la bienvenue à Michelle Obama durant l’assemblée démocrate. Elle est arrivée les épaules dénudées, avant de déclarer que son époux « croit que les femmes sont capables de faire leurs propres choix lorsqu’il est question de leur corps et de leur santé ». Puis, elle est partie comme elle était venue. Bien que l’on ne puisse nier l’hommage rendu à son mari, Michelle Obama, à la différence de la corsetée Ann, a parlé en tant que femme et non comme une épouse dévouée.

Donne-t-on cette polarité aux premières dames en Europe ? Loin des parures de Cherie Blair, des harems inconnus de Veronica Lario et des parodies de Jacqueline Kennedy par Carla Bruni, une nouvelle génération de consœurs européennes semble naître. Son autonomie fait la différence. Telle est le cas d’Elvira Fernandez Balboa : de profil bas, on l’a définie comme une mère catholique, qui écoute de la musique sur Spotify et qui, loin de l’agenda politique de son mari Mariano Rajoy, cherche à protéger sa famille. Sur le même chemin, marche Elsa Antonioli. L’Italie semble être plus que satisfaite de l’épouse Mario Monti : décrite comme une femme « à l’ancienne, sobre, fiable et réservée ». A preuve, Antonioli est commissaire de la Croix Rouge de Milan. Rien à voir avec l’époque où la direction du gouvernement italien était mieux connue sous l’expression Bunga Bunga.

Cependant cette modération ne s’est pas étendue aux autres premières dames européennes. C’est le cas de Samantha Cameron, épouse du Premier ministre britannique et fille de l’aristocrate sir Reginald Sheffield. Le dauphin qu’elle a tatoué à la cheville, ne l’a probablement pas converti en rebelle mais son supposé « I fucking hope not » quand on lui a demandait si son prochain déménagement se ferait au numéro 10 de Downing Street, démontre qu’elle possède un certain caractère – ou « une crédibilité de la rue » selon ce que l’on dit au Royaume Uni. La compagne de François Hollande, Valérie Trierweiler relève peu ou proue du même acabit. Au tweet mémorable qu’elle a adressé à l’ex-compagne du président, il faut ajouter la déclaration qu’elle a fait à l’endroit de l’ex président français : « Sarkozy ne sait pas ce qu’est le journalisme indépendant ». L’épouse du Premier ministre polonais, Malgorzata Tusk se montre moins provocatrice mais aussi énergique. Dans un pays où le Parlement compte 20% de femmes (8% au Sénat, ndlr), Tusk lutte pour la parité afin d’exhorter ses concitoyennes à participer à la politique du pays.

Visite officielle aux Etats-Unis.

Malgré le fait que chacune ait sa particularité, une espèce de dichotomie semble se dessiner entre les premières dames – et pas seulement en Europe. L’image édulcorée, dépassée et associée aux œuvres caritatives s’efface au profit d’une distinction entre celles qui vivent recluses, isolées de la sphère publique par volonté et celles qui manifestent ouvertement leur soutien à la campagne politique de leur conjoint. Et toutes jouent ce rôle sans renoncer à leur individualité, à leur indépendance, à leur libre-arbitre, à leurs imperfections devant tant de chosification et de corset. En définitive, comme Michelle, les premières dames n’hésitent plus à montrer qu’elles ont les épaules.

Photos : (cc) Tiffany.Ann.M/Flickr; texto, (cc) Medill DC/Flickr. Vídeo: euronewses/YouTube.