O Sister! : Le succès d'un répertoire passé et nouveau

Article publié le 1 décembre 2014
Article publié le 1 décembre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quel sentiment évoque le mot musique ? La passion. Une couleur ? L'orange. Un souhait ? Continuer à jouer. Avec ces mots de fin d'interview nous avons rendez-vous avec Paula et Marcos Padilla du groupe sévillan de swing O Sister! pour découvrir que revendiquer le passé devient nouveau et que c'est là la clé de leur succès.

O Sister! C'est un groupe composé de 3 voix : Paula et Marcos Padilla et Helena Cosso, en plus de 3 instrumentistes : Matías Comino (guitare), Camilo Bosso (contrebasse) et Pablo Cabra (batterie). Leur projet musical s'inspire de la reprise de morceaux de jazz, de swing et de dixie du premier tiers du XXème siècle.

Leurs muses ? Les soeurs Boswell, un ensemble de chanteuses harmonique très connu de leurs contemporains durant les années 1930 à la Nouvelle-Orléans, ville qu'ont visitée les O Sister! en octobre pour apporter leur art et leur créativité à l'hommage et à la reconnaissance rendus pendant la rencontre organisée par Kyla Titus, une des petites-filles des Boswell.

P : Pourquoi avez-vous choisi ce type de musique ?

R : Il a été présent dans nos vies. Tout ce que nous avons écouté dans notre adolescence et notre jeunesse se nourrit de cette musique. La pop et le rock sont nés du jazz primitif. C'est avec notre propre maturité que nous avons décidé de nous plonger dans ses racines.

On comprend ainsi beaucoup mieux la musique actuelle. De plus, ce style comporte quelque chose de très viscéral, quelque chose qui te bouscule. Les artistes vivaient alors réellement la musique comme une forme d'expression très authentique et libre, et cela se perçoit dans leur oeuvre. Au fil des ans, tout est devenu un peu plus corseté.

Paula et Marcos Padilla pendant l'interview au Naima Jazz Cafe. Silvia López

P : Pourquoi les soeurs Boswel ?

R : (Paula) : J'ai toujours eu envie de former un groupe harmonique connecté avec la musique populaire d'alors, et un jour, en écoutant un disque de groupes vocaux des années 1920 et 1930, je suis restée scotchée par le track des Boswel Sisters. Perles authentiques parmi d'autres voix du monde plus connues, même aux États-Unis comme les Andrew Sisters. C'est curieux, mais j'ai toujours été pour la Fitzgerald qui citait Connie Boswell comme principale influence.

P : Quel est votre parcours, votre formation musicale ?

R : L'origine de chacun des membres de O Sister! est très hétérogène. Helena (voix féminine) étudie le chant. Matías (guitariste) a étudié au conservatoire et est aussi passé par l'école du Jazz Corner. Pablo (percussionniste) a commencé dans le monde du pop-rock, de même que Paula et moi (voix et ukulele), explique Marcos. Nous sommes autodidactes dans l'apprentissage musical. Nous, les trois chanteurs, avons aussi participé à des formations chorales pendant des années (actuellement membres de proyectoeLe, groupe de musique contemporaine).

Pour chacun d'entre nous, ce qui a commencé comme un penchant et une passion est devenu notre profession. C'est précisément cette diversité qui enrichit énormément le groupe, et au cours de ces 6 années de vie, nous avons appris et évolué dans le style de manière vertigineuse.

P : Quelles différences y a-t-il chez le public de chaque continent ?

R : Aux États-Unis aussi, notre style est minoritaire sur le grand éventail culturel et musical qu'héberge le pays, il n'y a pas de grande différence entre l'Amérique et l'Europe, même s'il est certain que dans cette dernière, on remarque que le swing est vraiment en train de percer parce que la prolifération des groupes musicaux est bestiale ces dernières années.

P : Le contexte socio-économique aide-t-il à la prolifération de groupes de jazz et de swing ?

R : Internet a énormément aidé à ce que beaucoup de jeunes aient accès à ce type de musique, une récupération d'un style ancien qui devient complètement nouveau.

P : Festival de swing de Sevilla. En chiffre d'affaires, en quoi votre succès se traduit-il ?

R : Économiquement mieux. Nous le faisons pour la satisfaction que nous procure l'organisation d'un festival du swing à Séville. Ce sera cette année la 3ème édition et c'est un plaisir de voir comment a augmenté le nombre de musiciens et de danseurs dans cette ville. ça n'a pas de prix. Nous avons conjugué nos forces avec des professeurs de lindy hop et de claquettes du Sevilla Swing Dance et DaMTe, toutes ces danses associées à ce type de musique. Et le résultat a été hallucinant.

P : Quel est votre modèle  d'exploitation ?

R : Vendre des disques pendant les concerts aide à couvrir les frais annexes des tournées. Notre cas est particulier parce que le type de spectacle que nous offrons exige d'intéragir en permanence avec le public, avec lequel le meilleur moment pour vendre in situ est justement après avoir joué. Nous y arrivons aussi on line aussi, mais de moindre manière. Être musicien est un choix de vie dans lequel tu assumes de mener un train de vie très humble, mais en faisant ce qui te passionne, tout prend du sens.

P : Selon vous, comment se porte l'enseignement de la musique en Espagne ?

R : Cela a toujours été la matière facile et on ne s'est jamais intéressé à changer ça. Les programmations des cours dans l'enseignement de base pourraient être largement améliorées. Tu as le choix du conservatoire, avec une offre classique, mais cela fait envie de voir que dans certaines villes du Nord, il y a des écoles de jazz et tu as accès à une formation différente.

L'éducation musicale devrait être plus pratique. Il n'y a rien de plus désagréable que le fait que ton premier contact avec un instrument soit dans les écoles jouer de la "flûte à bec"... Et cela existe dans tous les cursus scolaires, quand il y en a, parce qu'il est commun que la matière de musique se centre sur l'histoire de celle-ci, une histoire qui se termine toujours à l'époque du romantisme  du dix-neuvième siècle.

Évidemment, la stimulation à la maison est aussi très importante, comme le simple fait de chanter avec tes parents. Nous sommes toujours préoccupés par emmener les enfants à une académie ou au conservatoire, mais on oublie que c'est au foyer que se développe la passion. Notre père est mélomane, nous pensons que quelque chose nous a influencés ! ;)

P : Racontez-nous-en un peu plus sur votre voyage à la Nouvelle-Orléans               

R : Le motif de ce voyage fut une rencontre-hommage de groupes musicaux inspirés par les soeurs Boswel au niveau international. Cet appel fut organisé par une de leurs petites-filles, elles ont décidé de compter sur nous. Un rêve devenu réalité à la Nouvelle-Orléans, une ville qui t'explique par elle-même qu'irrémédiablement le jazz devait y naître. Le voyage a dû être financé par chaque groupe, mais nous avons opté pour la voie du crowdfunding. Une fois de plus, l'amour et le soutien des gens nous ont submergés, la réponse a été spectaculaire.

O Sister! étant le seul groupe européen à participer, la cohabitation avec les autres groupes d'Australie, d'Israel, du Canada et des États-Unis a été extraordinaire. Nous avons été comme une grande famille de fous des Boswell, partageant des scénarios improvisés dans les rues. Nous ne nous attendions pas à l'ovation que nous avons reçue le premier jour, ce fut réellement une expérience fantastique.