O pour Odieux, G pour Gravissime, M pour Magot

Article publié le 3 juin 2003
Publié par la communauté
Article publié le 3 juin 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les OGM nous effraient. Parce qu’avec eux s’affirme une peur latente : « mais qu’arrive-t-il à notre environnement…?! »

Si nous sommes des consommateurs compulsifs et insatiables, câblés sur notre vil mais presque maniaque instinct de survie, rien de surprenant à ce que nous soyons si faibles face à ceux qui nous fournissent notre pain quotidien. Nous abdiquons devant les emballages colorés, devant leurs champs de blé ensoleillés et leurs fermiers souriants – souriants car ils travaillent pour le « gentil » supermarché qui souhaite récompenser ses clients en leur offrant une réduction intéressante. Achetez-en même 2 ou 3 parce que cette offre spéciale ne va pas durer indéfiniment… Oui, une offre. Il y a l’idée de choix dans ce mot, n’est-ce pas ? Et pourtant, nous faisons tout sauf choisir, que ce soit en connaissance de cause ou après mûre réflexion. Nos habitudes de consommateurs nous sont dictées, tous les jours sans exception. Et même quand on veut faire le choix de sortir de nos habitudes parce qu’on se sent menacés par nos propres achats, cela nous est impossible. Parce que sur l’emballage, il n’y a pas marqué «Attention, Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) » ou toute autre information que nous devrions connaître et que nous ignorons.

Après plusieurs crises alimentaires, il est assez incroyable que nous, le corps des consommateurs et aussi ses chiens de garde, ne soyons informés que maintenant de ce qui est ou n’est pas génétiquement modifié dans nos aliments. Pendant des années, nous avons cru tout savoir. « on est ce qu’on mange » était devenu une sorte de proverbe moderne, un peu dérangeant surtout si vous aimiez les Mars…frits. Mais au moins, on pouvait voir ce qu’on « devenait ». Aujourd’hui, on se dit seulement qu’on est peut-être en danger, mais comme ce n’est pas une peur directe, on reste légèrement passifs, et donc ignorants. On reste là à attendre la prochaine crise et le «Attention, OMG ! » qui l’accompagne – sans s’apercevoir que la législation arrive une fois encore trop tard, molle et s’excusant presque.

Dictature de la science

Rien d’étonnant donc à ce qu’il n’y ait pas eu de tollé général à propos des effets des OMG sur notre environnement. Il nous est déjà suffisamment difficile de penser à l’avenir et d’imaginer le monde après notre mort, alors s’en sentir responsable ! Et pourtant, nous avons besoin que notre imagination se sente responsable. Et c’est exactement ce qu’on nous refuse, coincés que nous sommes dans le piège de la consommation. Mais cela ne se limite pas simplement à l’impossibilité de choisir des aliments « identifiables ». C’est beaucoup plus grave que cela. On nous empêche d’envisager une extinction encore plus rapide et impressionnante de la faune et de la flore, d’envisager de nouvelles maladies et épidémies, d’envisager…l’évolution. Et comment se sentir responsable de quelque chose qu’on n’arrive pas à se représenter ?!

La science a toujours exercé une sorte de dictature dans notre société. Mais c’est compréhensible : c’est le seul « domaine » qui ait su donner une explication satisfaisante de nos origines. Mais il s’en est suivi beaucoup d’arrogance et de conclusions un peu hâtives. Première chose sous-estimée, les risques de transmission des gènes modifiés à des cultures supposées non transgéniques. En 2002, un rapport de l’Agence Européenne pour l’Environnement démontrait que certaines cultures génétiquement modifiées, en l’occurrence les graines d’huile de colza, pouvaient transmettre leurs traits transgéniques à des variétés traditionnelles cultivées 4 km plus loin. « English Nature », un organe de conseil officiel du gouvernement britannique, a découvert la même année que des gènes modifiés pouvaient transformer les plantes en mauvaises herbes plus résistantes, obligeant les agriculteurs à se servir de pesticides plus puissants et plus nocifs pour l’environnement. Alors, est-ce qu’on lance le débat sur les dégâts ou pas? Encore faudrait-il pouvoir remonter jusqu’aux responsables, ou pouvoir détecter les dégâts à temps avec des moyens suffisants. Du point de vue des Etats-Unis, ces moyens se trouveraient sans problème. Mais l’Europe, dans le cadre d’un partenariat commercial, aurait quelques difficultés à aligner ses standards environnementaux.

Travail de démolition devant l’OMC

Avant d’autoriser les gros industriels à faire pousser les cultures génétiquement modifiées partout où ils veulent planter ces graines lucratives, il nous faut plus de temps pour réfléchir aux implications à long terme pour l’environnement. Dans le Tiers Monde, des organisations paysannes se sont publiquement déclarées contre l’agriculture biotechnologique, protestant contre leur perte de contrôle sur les semences et sur leur souveraineté alimentaire, et contre l’érosion de la diversité génétique. Mais il semble que les pays en voie de développement n’aient pas vraiment le choix en la matière. En langue américaine, un pays du Tiers Monde qui se montre prudent face à une innovation qui vient empiéter sur une terre déjà fragile, c’est de la fierté mal placée. « Les aliments issus de la biotechnologie aident à nourrir les populations affamées du monde », affirme Robert Zoellick, Délégué commercial des Etats-Unis. Si c’était vrai, si c’était vraiment là que résident les intérêts américains, alors pourquoi le Ministère de l’Agriculture américain (USDA) ne consacre-t-il qu’1 % du budget de la recherche biotechnologique à l’évaluation des risques, et rien du tout à l’évaluation des conséquences sur l’environnement ? Parce que d’ici 2010, cette technologie deviendra une industrie qui représentera à l’échelle de la planète un chiffre d’affaires de 1,7 billions de dollars. Et oui, les affaires encore… Comme c’est surprenant…

La plainte déposée par le gouvernement américain auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) contre le moratoire de l’Union Européenne sur les OGM n’est qu’une tentative parmi d’autres pour démolir les initiatives des Etats qui visent à instaurer des standards environnementaux minimums. Et à moins que la Commission européenne et les gouvernements nationaux n’exercent leur droit de dire non aux OGM, ce pourrait bien être le plus gros travail de démolition que l’Europe ait jamais vu