#NuitDebout à Berlin : « Je veux participer où que je sois »

Article publié le 19 avril 2016
Article publié le 19 avril 2016

Ils et elles se nomment « Alex ». Depuis deux semaines, une centaine de Berlinois-es se réunit le mercredi et samedi soir sur la Mariannenplatz en échos aux #NuitsDebout en France. À la base de ce rassemblement, des Français-es et des Allemand-es solidaires des luttes en France, des curieux-ses, qui souhaitent prendre la parole et créer une passerelle au dessus du Rhin. Rencontre. 

21h30, samedi 9 avril, la nuit tombe. Les débats en commission viennent de se terminer mais la plupart des participant-es reste. Par petites grappes, debout, ils et elles poursuivent la discussion entamée plus tôt : comment organiser et pérenniser le mouvement ? Comment l’étendre aux autres classes sociales et à l'Europe ? Ces Français-es, Allemand-es ou Espagnol-es rassemblé-es pour la première fois se nomment collectivemment « Alex » (ndlr: Alex est le surnom de la Alexander Platz pour les Berlinois, symbole de la ville où se trouve la Fernsehturm). Ils et elles nous expliquent les raisons de leur présence ce soir, et reviennent sur la légitimité du mouvement berlinois.

« Nous voudrions aussi être Place de la République ! »

Selon les chiffres, il y aurait entre 15 000 et 50 000 Français-es vivant à Berlin. Ce soir, la majorité des participant-es a entre 25 et 35 ans et dit « se sentir concernée par la vie politique », vouloir s'impliquer, même loin de leur pays.

Ils et elles souhaitent  « faire bouger les choses », « amener des propositions et être constructifs » ou tout simplement  discuter. Pour Arthur, il est nécessaire « de discuter avant d'agir : c'est ce qui manque dans mon quotidien, avec mes amis et dans la société en général ».

Les débats, qui ont tout d'abord été menés au sein de groupes thématiques (les commissions idéologie, communication, art, langues, travail et médias), se poursuivent de manière plus informelle. Ici, on discute de la suite à donner au mouvement, là, de la manière d'ouvrir le débat le plus largement possible. À côté, on rêve d'une démocratie directe, plus loin, d'un mode de vie plus soutenable.

Si ces revendications sonnent comme un écho à celles des #NuitsDebout françaises, donner une dimension européenne au mouvement constitue une spécificité du rassemblement berlinois.

Etendre le mouvement à l'Europe

« Ça doit devenir un mouvement européen, car la crise économique et la précarité de l'emploi concernent tout le monde », déclare Abdel. Un Allemand, venu soutenir le rassemblement, rappelle que les lois « Hartz IV », votées dans les années 2000 en Allemagne, ont entraîné une dégradation importante des conditions de vie. Ces lois visaient à flexibiliser le marché du travail. Résultat : 7,5 millions de personnes travaillent pour 450 euros par mois (les fameux Minijobs). Isa, une autre Allemande, souhaite qu’il se crée une véritable « solidarité européenne », non seulement contre les lois travail, mais surtout pour faire face à la situation politico-économique en Europe.

Deux participantes, venues spécialement de Leipzig, se demandent comment « transposer la lutte française » sur le terrain allemand, voire européen. Un des challenges sera en effet de trouver des points de convergence à l’échelle européenne pour répondre à des problèmes et des situations locales très différentes.

« C'est la curiosité qui m'a poussée à venir »

Pour les membres de la commission « Art », ce n'est pas seulement le contenu des revendications qui motive leur participation, mais aussi le mouvement en lui-même. « C'est un mouvement issu des luttes d'occupation », affirme Nathalie, qui est « curieuse de voir comment il va se développer, car bien qu'il soit neuf, il s'appuie sur 5 ans d’expériences acquises dans les occupations ».

Générer un dialogue interne, faire circuler des personnes entre les commissions, proposer des alternatives à la loi du travail, rendre le mouvement viral : quelles que soient les motivations de chacun-es, c'est bien de la suite du mouvement qu'il s'agit. En plus des rendez-vous bi-hebdomadaires, une action commune aura lieu le 1er mai, journée hautement symbolique pour le droit du travail en France comme en Allemagne. Gageons que les Berlinois-es, d'adoption ou non, sauront apporter un nouvel angle de vue aux #NuitsDebout.