Nørrebro : berceau de la multiculturalité danoise

Article publié le 18 mars 2015
Article publié le 18 mars 2015

Le quartier désormais célèbre fut le décor des attentats qui ont bouleversé le Danemark. Cette zone qui, pendant longtemps, symbolisait la multiculturalité, a alors montré sa face la plus sombre. Avec le recul, ses habitants redoutent de voir les événements donner naissance à un discours anti-intégration, mais ont l'espoir que la communauté dépasse ce qu'elle a vécu.

Nørrebro est récemment devenu le sujet numéro 1 des gros titres un peu partout dans le monde. Le quartier le plus multiculturel de la capitale danoise a été, jusqu'à la mort de celui-ci, le foyer du jeune qui a terrorisé Copenhague au cours des 13 heures les plus longues de cette ville.

Après les attentats

C'est ainsi qu'Omar Abdel Hamid el-Hussein a fait irruption, armé, dans une conférence-débat sur la liberté d'expression et a assasiné à bout portant le cinéaste Finn Nøgaard, âgé de 55 ans. Il a ensuite fui pour commettre sa seconde attaque contre une synagoge du centre ville, dans laquelle est mort Dan Uzan, un membre de la communauté juive âgé de 37 ans. El-Hussein a alors décidé de rentrer chez lui, dans le désormais célèbre quartier, où la police l'attendait, puis a mis un terme à sa vie après un échange de balles.

Mais Nørrebro est bien plus que le lieu où vivait le terroriste de Copenhague. C'est une zone fascinante par son atmosphère, son histoire et ses habitants. Dès son rattachement à la ville suite à l'expansion de celle-ci vers le milieu du XIXème siècle, Nørrebro a été un quartier de classe ouvrière, où les immigrés, dernièrement arrivés, résidaient en quête de meilleures opportunités. Cela n'a pas changé depuis et c'est aujourd'hui l'un des lieux de la ville où l'immigration reste la plus visible, ce qui renforce son esprit multiculturel.

Néanmoins, l'origine de ses habitants n'est pas la seule chose qui enrichit la vraie culture de Nørrebro. L'offre gastronomique est très variée avec des prix qui vont d'un économique menu de kebab à la carte d'établissements étoilés au Michelin. La musique live est au coeur des nuits du quartier et on ne compte plus tous les bars du coin. On trouve même un grand cimetière réaménagé en parc où l'on retrouve les plus grands noms de la culture danoise, comme le célèbre auteur de contes Hans Christian Andersen et le philosophe Søren Kierkegaard.

« Un quartier schizophrène »

« Nørrebro est un quartier très coloré, avec une quantité de petits bars, de boutiques tenues par des immigrés, de snack-bars, de bâtiments anciens, de petits parcs, de boutiques modernes, de kebabs et beaucoup de jeunes gens. » C'est ainsi que le jeune danois d'origine japonaise Julien Nielsen décrit son quartier. « L'atmosphère de Nørrebro est très apaisante et multiculturelle. »

C'est pour cela que Nørrebro est considéré comme un emblème de la politique danoise d'intégration. Cependant, tout le monde n'est pas d'accord avec cette affirmation et, après les attaques, le sujet est plus controversé que jamais.

« Beaucoup de gens voient Nørrebro comme un exemple d'intégration dans la société danoise. Personnellement, je crois que schizophrène est un terme plus approprié pour le décrire », explique Niv Dayan, né en Israël et habitant de Nørrebro depuis plusieurs années. « Il y a ici beaucoup de gens de première, deuxième ou troisième génération d'immigrés de pays arabes mais aussi beaucoup de jeunes Danois modernes qui vivent ici pour les prix bas et la proximité de l'université. Et évidemment, peut-être que toutes ces personnes vont dans les mêmes boutiques, dans les mêmes lieux et se rendent dans les mêmes petits commerces de proximité. Mais selon ma propre perception, il y a très peu d'intégration sociale réelle ou de connexions entre ces groupes », explique Niv.

C'est aussi ce que pense Snorre, un étudiant danois, depuis son expérience comme habitant du quartier : « Nørrebro c'est particulier. Il y a une tension sous-jacente entre les communautés d'immigrés et la classe de jeunes modernes et étudiants ». Snorre exprime aussi l'une des plus grandes craintes apparues chez les habitants du quartier après les attaques : celle de voir les attentats servir d'excuse pour cesser d'aider la politique d'intégration et pour passer à des politiques plus agressives. « Mon sentiment dominant pendant les attaques fut la peur. Peur de ce que la peur des autres pourrait générer », explique le jeune homme.

La culture de l'intégration

« Je ne redoutais pas d'être blessé, mais de ce que pourraient encourager ces attaques au Danemark. Cet événement était l'occasion idéale pour différents groupes de promouvoir leur propre agenda politique », ajoute Snorre. « Je crois qu'il y a des gens qui ont attendu longtemps qu'il se passe une telle chose au Danemark, comme des extrémistes des deux camps : des nationalistes danois et des extrémistes religieux. »

Pour Niv, il y a un problème évident au Danemark : « L'attaque est le symptôme d'un problème beaucoup plus profond. Elle prouve que la machinerie pour fabriquer des djihadistes au Danemark existe aujourd'hui. » Et il ajoute : « Le plus important pour nous tous est de ne pas nier ce fait ».

Malgré cette réalité, les habitant tentent de rester positifs et de défendre cette culture de l'intégration qu'ils souhaitent finir d'implanter dans le quartier. « Je crois qu'il en faudrait plus encore que ces attaques, pour changer la vie et la mentalité à Nørrebro et dans tout Copenhague », réfléchit Niv. « Je ne peux pas prédire l'avenir mais je reste confiant et je crois que les gens sont suffisamment intelligents et solidaires pour voir au-delà de cette attaque et résister à la tentation de préjuger et de diaboliser leurs voisins », condamne Snorre.