Nouvelle constitution en Hongrie : Liturgie : 1 - 0 démocratie

Article publié le 19 avril 2011
Article publié le 19 avril 2011
Avec 262 voix pour, 44 contre et une abstention, le Parlement hongrois a adopté une nouvelle Constitution ultra-conservatrice lundi 18 avril.
Les opinions divergent dans la presse européenne, entre ceux qui estiment qu’elle ne bénéficie pas d'un large consensus social et renforce le pouvoir du Premier ministre Viktor Orbán, et les autres qui pensent que le pays pourra désormais être mieux gouverné.

Sme – Slovaquie : Une vaste mascarade démocratique

La nouvelle Constitution hongroise ne se base pas sur la volonté de la majorité, estime le quotidien libéral Sme : « Avec l'adoption de la Constitution s'achève symboliquement une année de séismes sur la scène politique hongroise. Avec sa majorité des deux tiers, le Fidesz a complètement chamboulé les bases constitutionnelles de l'Etat. D'après l'ex-président László Sólyom, qui est l'un des experts constitutionnels les plus respectés, le pays opère ainsi une forte régression mais reste une démocratie européenne. … Dans une démocratie, une majorité qualifiée nécessite précisément un large consensus. Orbán a certes invité l'opposition et même les citoyens à faire des propositions, mais ce ne fut rien d'autre qu'une vaste mascarade. On peut douter que ce type de révolution corresponde à la volonté de la majorité des Hongrois. »

(Article publié le 19.04.2011)

La Repubblica – Italie : Et l'Europe qui ne dit rien

L'Europe ne s'intéresse pas à la nouvelle Constitution hongroise et ignore ainsi la violation des principes de l'Etat de droit, critique le quotidien de centre-gauche La Repubblica : « Dieu et patrie, la fierté de la nation magyare, l'Etat défini dans son essence nationale, ethnique, non plus comme une République, moins de pouvoir à la Cour constitutionnelle et plus de pouvoir à l'exécutif sur la magistrature et les médias. On semble être revenus aux années 1920 et 1930 de l'Europe autoritaire, mais on a bien affaire ici à la nouvelle Constitution d'un pays occupant la présidence tournante de l'UE et membre de l'OTAN. Et l'UE, qui a pris des sanctions contre l'Autriche (quand Haider est entré au gouvernement à Vienne sans pour autant changer la loi), se tait aujourd'hui. Avec la nouvelle Constitution adoptée hier par le Parlement hongrois sur la volonté du Premier ministre Viktor Orbán, l'Europe s'éloigne un peu plus des valeurs fondamentales de l'Etat de droit. »

(Article publié le 19.04.2011)

Magyar Nemzet – Hongrie : Rien à dire sur le plan démocratique

La nouvelle Constitution hongroise dispose d'un large soutien social, estime le quotidien conservateur progouvernemental Magyar Nemzet : « On peut difficilement justifier les critiques radicales exprimées à l'encontre de la nouvelle Constitution et du processus constituant. Au lieu d'invoquer des arguments concrets, les détracteurs de la nouvelle Constitution ont rebattu leurs sempiternelles déclarations radicales. … Si la Constitution n'a été adoptée que par une alliance de partis [Fidesz-KDNP], celle-ci représente toutefois [avec la majorité des deux tiers au Parlement] une large base sociale, inédite dans l'histoire hongroise. … On a pour la première fois doté la Hongrie d'une Constitution dont l'avènement ne peut être remis en cause d'un point de vue démocratique. »

(Article publié le 19.04.2011)

Frankfurter Allgemeine Zeitung – Allemagne : La constitution n’est pas archaïque !

La Constitution élaborée par le gouvernement conservateur hongrois permettra de mener une politique efficace, salue le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Pour les observateurs occidentaux, le préambule de cette Constitution peut sembler archaïque. Mais pour la grande majorité des Hongrois dans le pays comme pour les minorités hongroises dans les pays voisins, le 'credo national' et la 'sainte couronne (d'Etienne)' constituent des valeurs aussi constitutionnelles que la référence expresse à Dieu et au christianisme, ainsi que le mariage et la famille en tant que fondements de la société et de l'Etat. Il n'existe nulle part des indices laissant penser que les nouveautés sont 'en désaccord avec les valeurs fondamentales européennes', comme le prétendent les adversaires d'Orbán. Il existe au contraire des articles qui clarifient un droit constitutionnel autrefois évasif et créent ainsi une base pour gouverner plus efficacement. Cela devrait globalement profiter aussi bien à la Hongrie, passée du statut de leader des pays réformateurs au niveau d'un pays européen fragilisé et distancé, qu'aux gouvernements qui succéderont à Orbán, même s'ils sont d'un autre bord politique. »

(Article publié le 19.04.2011)

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Photo: (cc)Matin Juen/flickr