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Article publié le 10 novembre 2015
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Article publié le 10 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Une jeune opposante qui vient de fuir l’Iran s’exprime à l’approche d’une grande manifestation à Paris contre 2000 exécutions sous Rohani en Iran

Je m’appelle Paria Kohandel. J’ai 18 ans et j’ai fui l’Iran il y a trois mois. Mon père Saleh Kohandel est en prison depuis dix ans pour avoir réclamé la « liberté », ce mot qui résonnait dans toutes les rues d’Iran en 2009.

Je me souviens. C’était en Iran, le 31 décembre 2009 à Téhéran. Je sortais d’une voiture. Les cris « A bas la dictature » qui retentissaient autour de moi me donnaient du courage. J’avais 13 ans et je tremblais comme une feuille.

En rejoignant la foule, je me suis rappelé les manifestations des Iraniens à l’étranger que j’avais vues sur internet et où ils scandaient le mot liberté. Combien alors je les enviais de pouvoir crier librement ! 

Tout à coup, j’ai vu près de moi des visages en sang. D’un côté, il y avait un jeune qui avait enflammé un journal pour neutraliser le gaz au poivre qui lui brulait les yeux et de l’autre côté des motards en casque intégral, matraque à la main qui fonçaient sur les manifestants. 

Les gens se sont mis à courir et moi avec, la peur au ventre. Je n’ai pas arrêté de penser aux Iraniens à l’étranger qui nous soutenaient. Je me répétais que nous n’étions pas seuls. 

Si je suis là aujourd’hui, c’est pour faire entendre la voix de mon amie Nastaran en Iran écrasée sous une avalanche de coups de poings et de pieds des agents parce qu’une mèche de cheveux dépassait de son foulard. Elle a hurlé jusqu’au bout. L’entendez-vous ?

Je suis ici pour Hasti qui l’an dernier, avait tellement peur de se faire vitrioler à Ispahan qu’elle n’est plus allée en classe et qu’elle a accumulé un an de retard dans ses études. Je veux aussi être la voix d’Ali, ce garçon de 13 ans qui s’est fait arrêter en Iran, qui s’est drogué en prison et qu’ils ont exécuté juste pour le jour de ses 18 ans.

Quand j’ai appris que ce bourreau de Rohani allait venir en France, cela m’a fait mal. Je me suis souvenue de chacune de mes amies tombées. Voilà que le monde, indifférent aux crimes de Rohani et des mollahs, veut lui déployer un tapis rouge pendant qu’il exécute les miens dans ses prisons. Ils vont serrer sa main tachée du sang de Neda et de Reyhaneh, de Saba et de Setareh et de mon oncle Charokh Zamani tué il y a deux mois à peine. Ce Rohani que les Iraniens surnomment le renard trompeur et sournois, sourit en raison de la naïveté des gouvernements occidentaux et se moque bien d’eux.

Les Iraniens ont soif de quelques secondes de liberté pour pouvoir dire que ce menteur n’est pas leur représentant. Si seulement mes amies Faezeh et Niloufar étaient en vie aujourd’hui, elles qui sous la terrible pression qui lamine les filles en Iran, se sont suicidées à l’âge de seize ans, elles auraient tiré le tapis rouge de leur sang de dessous les pieds de ce Janus.

Le 16 novembre à Paris, il y aura une manifestation contre les violations des droits humains et les 2000 exécutions en Iran depuis l’arrivée de Rohani à la présidence des mollahs. J’irai manifester pour faire entendre la voix de mon amie Mehri qui a dû vendre un rein tant elle était pauvre et la voix de tous ceux qui pour un seul mot – « Liberté » – comme mon père et des centaines d’autres pères et mères, croupissent depuis des années en prison ou ont été livrés à la potence. 

Mais aujourd’hui, moi je suis libre. Je peux écrire librement, parler librement. Ici, même le mot « liberté » n’est pas interdit et je peux le crier à tout moment. Mais pourquoi seulement moi ? J’ai le cœur serré en pensant à mon pays qui lui n’est pas libre, qui lui est une immense prison. Chaque jour qui nous rapproche de l’arrivée en France le 16 novembre du président des mollahs, mon désir et ma volonté se renforcent parce que ce sera la première fois que je pourrais crier à plein poumon « Non à Rohani ! 

Le 16 novembre au Trocadéro à Paris, dès 13h soyez avec moi la voix de mes amies, dans le cortège, dans vos blogs, dans les réseaux sociaux, remplissez Paris de notre cri : « Liberté pour l’Iran » !