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Article publié le 17 octobre 2014
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Article publié le 17 octobre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Grande route d'Islamabad à Rawalpindi. Une file de voitures avance paisiblement sur la large route au revêtement parfaitement lisse. Les quelques hommes cheminant sur l'accotement ont le téléphone collé à l'oreille ; leur mine concentrée montre qu'ils n'ont pas de temps à perdre. Ils regardent par terre ou fixent un point précis devant eux. Les femmes portent l'abaya intégrale, surveillent les enfants et s'assurent que tout le monde reste bien groupé. Sur les cinq bandes de circulation, le trafic devient plus dense à mesure que l'on se rapproche des feux de circulation. On tourne à droite ; à peine trois minutes plus tard, les belles routes, les grands parkings et le bel ordonnancement du trafic ne sont plsu que des souvenirs. Tout d'un coup, des immeubles émergent de la poussière marron clair. Des familles entière s'entassent dans de petites cabanes en ciment, les yeux rivés sur le poste de télévision. De petits magasins de jouets et des étals de légumes partagent le bord de la route avec les maisons terminées. Les conducteurs qui passent sur la route ne voient rien de tout cela, accaparés qu'ils sont par les énormes nids-de-poule de la route étroite et cabossée qui mène à Rawalpindi.Les faubourgs plânes et lisses cède la place à des monticules de boue séchée. L'un des véhicules, plein à ras bord, transporte une famille d'Islamabad et ses amis. La famille a récemment décidé de construire une maison à Gulberg. Pour l'instant, elle est e chantier et cela pourrait durer des années. Par conséquent, peu de temps après avoir pris cette décision, la famille en question a acheté une maison à Rawalpindi, à quelques rues de son nouveau terrain où elle se rend fréquemment. Abdullah est tellement excité à la pensée de sa nouvelle maison qu'il montre son terrain à tous ceux qui lui rendent visite. Après avoir rapidement pris le thé dans leur résidence actuelle à Rawalpindi, ses amis et lui reprennent la voiture et partent pour la parcelle de terrain. Lorsqu'ils y arrivent, il pleut. Cela ne douche nullement l'enthousiasme d'Abdullah qui fait fi de la boue devenue rouge. Le conducteur se fraie difficilement un chemin entre les champs de boue rouge qui s'étendent à perte de vue devant les passagers du véhicule. Aucun bâtiment ne s'offre au regard. On n'a pas encore posé la moindre brique. 'Inch'Allah, les routes et les infrastructures seront prêtes pour 2015', affirme d'entrée Abdullah. 'C'est un projet colossal ! Telenor et l'IB (Intelligence Bureau – service de renseignement) le financent. Ils doivent donc construire toutes les infrastructures avant que quiconque entreprenne de construire sa maison sur son propre terrain.' En été, les Pakistanais sont régulièrement privés d'élecricité quatorze heures par jour ; la majeure partie de la population prend son mal en patience car elle n'a pas les moyens de se procurer un groupe électrogène. Mais le guide affirme que le gouvernement a promis que ces terrains ne seraient pas affecté par ces délestages. 'Une centrale électrique est en cours de construction ; il en coûtera neuf milliards. De plus, l'ensemble résidentiel sera sérieusement protégé, entouré de murs de béton en gardée en permanence. Et ce ne sera pas une protection ordinaire. Les gardes seront d'anciens agents de l'IB à la retraire.' Une seule entrée permettra aux futurs propriétaires d'accéder à ce lotissement 'ultra-select'. 'L'accès sera limité à un seul pont, le pont Qaid-e-Azam, dont la construction coûtera deux milliards.' Ce lotissement accueillera 40 000 résidents ; il comprendra une université, une école, un centre commercial, des immeubles d'habitation en plus des maisons individuelles, des étangs, une piscine et autres commodités. Cependant, pour le moment, personne ne vit dans le seul bâtiment terminé. Quatres gardes armés de la tête aux pieds, fusil en bandoulière et bottes de combats aux pieds, sont assis près de son unique entrée. À l'intérieur, une immense maquette présentant le projet tel qu'il apparaîtra une fois terminé occupe la place d'honneur. Rien d'autre, si ce ne sont quelques chaises et des grandes toilettes 'publiques' d'une propreté irréprochable. Abdullah montre à ses amis l'emplacement précis de sa future maison et s'attarde un moment, rêveur, sur les nombreuses installations quis eront à la disposition de sa famille. À la sortie, des jardinières de fleurs rococo d'environ un mètre vingt de hauteur et des buissons taillés en spirale s'offrent au regard des visiteurs. Esseulés au milieu de champs déserts, ils symbolisent, pour le guide excité, le style de vie somptueux promis par les promoteurs du projet dans leur publicité. 'C'est superbe, non ?', s'extasie Abdullah, souriant jusqu'aux oreilles. Quelques instants plus tard, passant en voiture devant la Court Suprême, Abdullah désigne un bâtiment du doigt et annonce : 'Voici la résidence de notre Président. Elle a été construite par le Président précédent.' Des dizaines de familles pourraient aisément cohabiter dans ce gigantesque palais, aussi grand si pas plus que le bâtiment abritant la Court Suprême. Abdullah reste silencieux quelques secondes avant de conclure : 'Au Pakistan, chacun veut afficher sa réussite et sa position...'

Réussir à Islamabad : 'Tout le monde veut en imposer'