Nous, la Génération Bataclan

Article publié le 18 novembre 2015
Article publié le 18 novembre 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

[OPINION] Le plus troublant dans tout ça, c'est que ce sont des jeunes qui ont tiré et qui se sont fait exploser. On leur répondra en tendant nos bras. On peuplera à nouveau les bars, on mettera la musique encore plus fort, on remplira nos verres, on continuera à gueuler dans la rue.

La une de Libération, le lundi suivant les attaques terroristes de Paris, a suscité une véritable prise de conscience. Son titre, « Génération Bataclan », était suivi de ces quelques lignes : « Jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… Portrait des victimes des attaques terroristes du 13 novembre », accompagnées des photos de ces magnifiques visages respirant la jeunesse. C'est là que nous nous sommes dit : ça aurait pu être nous. Ces jeunes, c'est nous. C'était nous, la cible qu'ils souhaitaient abattre.

Ils s'en sont pris à notre style de vie, nos libertés, notre insousiance, en s'introduisant dans notre quotidien, en bouleversant nos habitudes. Ils ont voulu le faire et ils y sont parvenus. Un acte lâche, puisque les jeunes du Bataclan, du Carillon et du restaurant P'tit Cambodge n'ont rien pu faire face à leur kalachnikov, sinon hurler de peur, se serrer et se protéger les uns contre les autres.

À la haine nous répondrons les bras ouverts

On tente tant bien que mal de garder la tête froide– la peur, quoi qu'on en dise, se fait ressentir et restera en nous quelque temps – et on se dit que le plus troublant dans tout ça, c'est que ce sont des jeunes qui ont tiré et qui se sont fait exploser.

En y réfléchissant, le but est clair. En coulisses, ceux qui tirent les fils de ces pantins ont pour objectif de diviser les jeunes, d'attiser la haine au sein d'une même génération, afin de dresser un mur entre « eux » et « nous ».

Mais leur bien triste projet ne tiendra pas la route. Tout simplement parce que nous, les jeunes, on saura répondre à ces atrocités en ouvrant grand nos bras. On peuplera à nouveau les bars, on mettera la musique encore plus fort, on remplira nos verres, on continuera à gueuler dans la rue. Et même, on saura leur pardonner. Oui, car notre génération, la génération Bataclan, ne sait pas quoi faire de la haine.

Pères et fils

Néanmoins, nous n'y arriverons pas seuls. Nos pères devront nous aider: par « pères », j'entends la génération d'hommes qui, aujourd'hui, est contrainte de prendre des décisions. Oui, car si on leur demandait de répondre à toutes les questions que l'on nous a posé ces derniers jours, ils se rendraient très probablement compte que, tout comme pour les émeutes des banlieues de 2005, ils n'ont pas été capables d'écouter ces mêmes jeunes qui, le week-end dernier, nous ont pris pour cible. Des jeunes qui, hier comme aujourd'hui, éprouvent des difficultés à trouver leur place parmi la société, à accéder aux différents services essentiels, à tout simplement avoir les mêmes possibiltés que nous.

Voilà pourquoi nos « pères » devraient se sentir tenus à ce devoir, celui de nous protéger. Non pas avec les armes, non pas en déclarant la guerre à « leurs » ennemis. Non, ce n'est pas en attaquant qu'ils pourront le faire. Ils devront faire preuve de compréhension, plus que jamais. Mais avant tout, ils devront résoudre le problème de ces jeunes de province et des banlieues qui se sentent en cage dans ce pays sourd et aveugle qui, ne leur apportant aucune réponse, les jette dans la gueule du loup. Ils devront être à l'écoute de ces jeunes comme ils le sont avec leurs propres enfants. Ils devront réfléchir sur les erreurs qu'ils auraient pu commettre et comment ils peuvent y remédier. Non, ce n'est pas avec les armes et certainement pas la haine, mais en cherchant des solutions pacifiques. Certes, cela représente un travail de longue haleine, extrêment complexe. Mais ils se doivent de réussir. L'avenir de leurs enfants est en jeu.

Et qu'on ne nous parle pas de « guerre », à nous, la Génération Bataclan.