N'oubliez pas l'Europe !

Article publié le 19 octobre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 19 octobre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La politique européenne d’aide au développement doit aussi s’adresser à la Biélorussie, à l’Ukraine et aux autres pays européens en transition. Qui sont maintenant aux frontières de l’UE.

Pendant 15 ans, les pays occidentaux ont versé des sommes considérables d’aide au développement aux pays d’Europe centrale (PEC - Pologne, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie) pour les aider à reconstruire leurs économies de marché mises à mal par cinquante années de centralisation communiste et jeter les bases d’une société civile démocratique. Les PEC ont commencé à rembourser cette dette dans la deuxième moitié des années 90 par le biais des premiers programmes de coopération au développement, alors que leur processus de transformation était encore en cours. Ces pays qui appartenaient alors au « second monde », les pays « en transition » font désormais partie du « premier monde », le cercle des pays « riches ». Beaucoup ont déjà rejoint l’UE le 1er mai 2004, et étaient déjà membres de l’OTAN et de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE). Bien que l’entrée dans l’UE apporte d’importants avantages économiques, de nouvelles charges financières naissent : en effet, l’Union européenne fournit 50% de l’aide mondiale, dont 95% provient des membres de l’OCDE.

Séquelles ou avantages ?

La coopération au développement n’est pas un phénomène totalement nouveau pour les PEC puisque ces derniers fournissaient déjà de l’aide aux Etats socialistes « amis » avant 1989, en Afrique et en Asie. Mais leurs premières expériences en tant que donateurs dans la réalité géopolitique actuelle se sont inscrites dans le cadre des guerres des Balkans, pendant lesquelles bon nombre de PEC ont fourni de l’aide humanitaire par le biais de programmes de développement. Ce type de programmes relevait toutefois davantage d’initiatives non gouvernementales, avec par exemple l’Organisation humanitaire polonaise et la Fondation de la télévision tchèque « People in Need » (Populations dans le besoin). Après cette période, ce sont pour l’essentiel les pays d’Europe de l’Est de l’ancien bloc soviétique et les pays de l’Ex-Yougoslavie qui ont bénéficié de l’assistance des PEC.

Mais les PEC peuvent-ils poursuivre leur propre processus de transformation tout en contribuant à la lutte mondiale contre la pauvreté? Les gouvernements des PEC récemment entrés dans l’UE doivent prendre en considération les exigences de la politique de développement internationale dans leur stratégie d’allocation de leur aide, aussi modeste soit-elle. La Pologne a par exemple adopté une nouvelle stratégie en 2003 visant à redéfinir les priorités géographiques de son aide au développement, afin de la rendre plus compatible avec les exigences internationales. Dans le passé, l’assistance financière de la Pologne bénéficiait pour l’essentiel à la Communauté des Etats indépendants (CEI), en particulier à la Biélorussie et à l’Ukraine. Désormais, seule l’assistance en faveur des « pays en voie de développement », tels qu’ils sont définis dans la première partie de la liste du Comité d’assistance au développement (CAD), est considérée comme aide au développement. Les pays en transition, eux, sont répertoriés dans la deuxième partie de la liste du CAD. Les fonds qu’ils reçoivent ne sont donc pas comptabilisés dans l’aide au développement stricto sensu. Ainsi, en Pologne, l’aide au développement revient en grande partie à cinq pays d’Afrique et d’Asie. Des adaptations équivalentes ont été effectuées dans les autres PEC.

Les paradoxes de l’histoire

La deuxième partie de la liste du CAD a été dressée au début des années 90 afin que les statistiques de l’aide au développement ne soient pas chamboulées par les transferts massifs d’argent des pays occidentaux vers les PEC. Actuellement, cette situation impose des contraintes aux PEC dans leur politique d’aide au développement et ne reflète pas la situation réelle de la pauvreté dans le monde. Par exemple, l’aide au développement au Botswana, dont le Produit national brut (PNB) est de 7 770 dollars par personne (source Banque mondiale, 2002, et l’aide à la Croatie, dont le PNB est de 9 760 dollars par tête, sont compatibles avec la définition de l’aide au développement officielle (ODA) (les deux Etats font partie de la 1ère partie de la liste du CAD), alors que l’aide à la Biélorussie ($5 330 de PNB) ou à l’Ukraine ($4 650 de PNB) n’est pas prise en compte pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.

Il ne faut ménager aucun effort pour combattre la pauvreté dans le monde. Cependant, les nouveaux donateurs d’Europe centrale devraient se spécialiser dans les secteurs et les pays dont les avantages comparatifs donnent les meilleurs résultats, c’est-à-dire les pays en transition.

Comment rectifier le tir ? Il s’agit de faire pression sur la communauté internationale afin que l’Ukraine, la Biélorussie et les autres pays en transition soient inclus dans la définition de l’ADO. L’Union européenne, en particulier, devrait être l’instigatrice de ce nouveau virage, car cela simplifierait sa politique en ce qui concerne ses nouveaux voisins.