Notre défi à la BBC

Article publié le 30 juillet 2003
Publié par la communauté
Article publié le 30 juillet 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L'affaire Kelly fait réfléchir. L’Europe a besoin de sa BBC et de ses scandales. Pour devenir une vraie démocratie.

On dit que Tony blair est un menteur. On dit que les va-t-en-guerre ont été obligés de mentir pour qu’éclate le conflit. On dit que le cadavre du professeur Kelly est la preuve d’une politique faite d’intrigues. On dit que le « quatrième pouvoir » est mort, et que tout est désormais sous le contrôle du 10, Downing Street.

Pourtant, j’aimerais voir se répéter en Europe ce qui s’est passé au Royaume-Uni pendant ces six derniers mois. J’aimerais voir une chaîne de télévision publique (appartenant à l’Etat) mener une enquête qui pourrait faire tomber le gouvernement, faire éclater ou retarder la guerre, provoquer des élections anticipées. J’aimerais voir le président de l’Union européenne déclarer publiquement n’avoir jamais menti. J’aimerais voir l’opposition demander la démission du gouvernement. J’aimerais vois l’opinion publique européenne s’interroger. J’aimerais écouter un débat au Parlement Européen entre ceux qui s’arrêtent au « casus belli » et ceux qui pensent avoir un projet pour changer le monde - ou seulement le Moyen Orient.

Heureusement, on ne joue pas avec la mort dans les bureaux vides des institutions européennes. Mais on n’a jamais pu écouter un seul vrai débat politique, à part la vaine querelle Schultz-Berlusconi. On a vu un Parlement européen incapable de voter une résolution sur l’Iraq. On a vu une Convention capable de réécrire notre Constitution, en oubliant les citoyens.

Et si un jour il se passait quelque chose ? Si, par exemple, les bureaucrates de Bruxelles jouaient avec la mort, qui nous le raconterait ? Qui pourrait mener, en Europe, une enquête menaçante sur les fonds que Bruxelles accorde aux dictateurs du monde entier ? Qui pourrait mettre Prodi devant son passé peu clair de dirigeant de l’industrie publique italienne pendant les années 80 ? Malheureusement, ni une BBC européenne, ni un Tony Blair, ni un professeur Kelly.

Mais on peut lancer un défi à la BBC : café babel peut devenir la BBC de l’Europe, pour critiquer et enquêter sur le pouvoir européen, pour stimuler une opinion publique qui ne demande que des « scoop », pour que chacun prenne ses responsabilités et pour que chacun ait sa liberté. En essayant, peut-être aussi, cette fois-ci, de ne pas jouer avec la mort.