Non, Angela Merkel ne pouvait pas recevoir le Prix Nobel de la Paix

Article publié le 10 octobre 2015
Article publié le 10 octobre 2015

Selon des rumeurs colportées par certains médias, Angela Merkel devait recevoir le prix Nobel de la Paix. Des rumeurs donc, car la chancelière allemande ne méritait pas d'être récompensée par ce prix prestigieux, qui a salué le 9 octobre dernier, le processus démocratique en Tunisie.

Oui, la chancelière a ses mérites. D'habitude, elle préfère attendre, mais cette fois, elle a fait un choix : l'Allemagne accueillera autant de réfugiés que possible, malgré les réglementations européennes. C'est justement cette « Chancelière Téflon » qui devient l'incarnation d'une Allemagne hospitalière et désintéressée. Elle, qui n'a pas l'habitude de montrer ses émotions, semble vraiment touchée par le destin des réfugiés. En raison de ses convictions, elle doit se heurter aux membres de son parti, la CDU – et ils sont nombreux, justement, à avoir exprimé leur opposition, dans une lettre ouverte, à la politique menée actuellement par leur présidente. 

Bien que la position claire adoptée par Angela Merkel soit juste et admirable, cette dernière n'est pas digne de recevoir le prix Nobel. Car les faits sont là : l'Europe ne connaît que le début de la « crise des réfugiés ». 800 000 de ces réfugiés devraient arriver en Allemagne d'ici à la fin de l'année. Les accueillir, c'est une chose. Mais leur offrir la possibilité à long terme de s'intégrer et de vivre en Allemagne en est une autre. 

Le 7 octobre, dans l'émission présentée par Anne Will, la chancelière a pris publiquement position sur la crise des réfugiés.  

A l'étranger, l'Allemagne est très appréciée pour sa culture d'accueil – mais la situation du pays est souvent chaotique. Par exemple, à Berlin, le jour le plus chaud de l'année, des centaines de réfugiés ont dû attendre des heures devant le bureau des affaires sanitaires et sociales (LAGeSo), sans recevoir d'eau ni de nourriture. Ce sont des bénévoles qui se sont chargés de leur en fournir. Dans l'ancien hôtel de ville de Wilmersdorf, qui sert maintenant d'hébergement d'urgence, on compte deux douches pour plus de 200 réfugiés. 

Angela Merkel ne peut pas, à titre personnel, fournir de l'eau aux nouveaux arrivants ni mettre en place de douches. Mais elle peut certainement veiller à ce que les communes soient plus soutenues. Car ce sont ces dernières qui accueillent les réfugiés, subviennent à leurs besoins et les aident à s'intégrer. Ces communes se sentent abandonnées par le gouvernement fédéral : il y a peu de temps a été publiée une vidéo dans laquelle on voit une politicienne munichoise du SPD éclater en sanglots, parce que sa ville n'est soutenue ni par l'État ni par les Länder. 

Le prix Nobel de la Paix devrait être décerné à des personnes ou des organisations ayant accompli quelque chose de grandiose. Ce qui, à ce jour, n'est pas le cas d'Angela Merkel. Sa position ne lui coûte presque rien, du moins pour le moment. La chancelière devra d'abord démontrer que les actes, eux aussi, suivent les paroles claires. Car si l'attribution du prix Nobel de la Paix à Barack Obama a montré une chose, c'est bien celle-ci : les éloges anticipés n'apportent rien.  

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Cet article a été écrit dans sa version originale avant l'attribution officielle du Prix Nobel de la Paix, le 9 octobre dernier.