Nom d’un crâne de mammouth !

Article publié le 3 septembre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 3 septembre 2008
Découvert il y a vingt deux ans, le crâne de mammouth trouvé à Nolhac (Haute-Loire – Auvergne) vient d’être ramené au musée Crozatier (Le Puy-en-Velay) pour être étudié. Une découverte majeure pour la paléontologie et l’occasion pour ses chercheurs de valoriser un patrimoine auvergnat méconnu.

Un os qui ne trompe pas

Sortie du crâne Dans le Velay (Sud-est de l’auvergne), le modelé n’a rien de très ancien et le volcanisme n’y est pas pour rien. C’est dans ce paysage de larges cuvettes creusées par les cratères (un maar) qu’est venu se désaltérer un Mammouth des Steppes avant de s’y embourbé et de périr, sommeillant à trente centimètres sous terre pendant environ 600.000 ans. En 1986, des travaux de voirie heurtèrent un caillou un peu particulier, puisque il ne s’agissait pas moins que d’une molaire du défunt animal. Faute d’un paléontologue rattaché au Musée Crozatier du Puy-en-Velay, le crâne découvert allait rester en état pendant près de vingt-deux ans, jusqu’à ces derniers mois où Frédéric Lacombat, paléontologue, entreprit d’aller étudier la trouvaille d’un peu plus pres.

Extraction du crâne

Début septembre, les premières conclusions scientifiques étaient présentées au Puy-en-Velay en présence des célèbres paléontologues Dick Mol et Yves Coppens. A défaut d’avoir un nom, les scientifiques ont baptisé le mammouth de Nolhac « Chaînon manquant » car il appartient à la catégorie des Mammouth des steppes, une étape intermédiaire entre le Mammouth méridional, qu’on a retrouvé en abondance, et le mammouth laineux, beaucoup plus tardif. Or les mammouths des steppes ne sont, dans les Muséum d’Histoire naturelle, pas légion. Les chercheurs anglais en possèdent un spécimen, mais son état est bien moins bon que le crâne retrouvé à Nolhac. Les études à venir sur les fragments retrouvées pourraient bien expliquer une parenté, jusqu’alors peu expliquée, entre mammouth méridional et mammouth laineux. »Yves Coppens

Yves Coppens

Le Velay, terre fertile

Riche de l’engouement suscité dans les médias internationaux, la ville du Puy-en-Velay profite de l’événement pour valoriser ce patrimoine, moins connu du grand-public. C’est à ce titre que la ville organisera à l’été 2010 la cinquième conférence internationale des mammouths, éléphants et mastodontes, une manifestation réunissant les scientifiques mondiaux de ce domaine, soucieux également de rendre leur discipline accessible à chacun. A cette occasion, une exposition viendra retracer l’évolution des proboscidiens (animaux à trompe) du mammouth jusqu’à l’éléphant, avec cette volonté constante de travailler sur les liens entre passé et présent. D’ici 2010, une équipe pluridisciplinaire composée de géologues, palynologues (qui étudient les pollens), spécialiste de la microfaune et bien entendu paléontologues, travaillera sur les découvertes présentes et – on l’espère – futures. Si les financements le permettent, de nouvelles fouilles pourraient vraisemblablement mettre à jour de nouveaux squelettes. Au musée Crozatier, seules 200 des 8.000 pièces exhumées sont exposées. Les autres, tout juste inventoriées, n’attendent plus que l’intérêt de la communauté scientifique qui aura l’occasion de les découvrir en 2010. Yves Coppens à même évoqué la possible inscription du Velay au patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre de son intérêt paléontologique L’organisme des Nations Unies tend en effet à valoriser de plus en plus un patrimoine entendu au sens plus large que les seules richesses architecturales. Pour mémoire, la cathédrale du Puy-en-Velay y est inscrite depuis dix mois au titre du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

Pédagogique Paléontologie

Le drame de la salle de paléontologie du Musée Crozatier, c’est de ressembler à une salle de musée. Les vitrines regorgent de pièces, principalement osseuses dont les succinctes explications se limitent souvent à une date « lointaine » et un nom latin. Paradoxalement, Dick Mol y tressaute comme un enfant dans un parc d’attraction. Le gouffre tient à peu de chose. Il suffit d’un petit éclaircissement chronologique, un petit détail sur l’espèce, une anecdote de paléontologue pour que les mandibules se mettent à mastiquer, et que les mammouths, les rhinocéros ou les hyènes revivent. Et l’homme, au passage, de retrouver sa place dans cette histoire vieille de plusieurs millions d’années. Cette période correspond aux premiers environnements humains, étudier ces mastodontes revient à étudier nos origines. La paléontologie serait-elle autre chose qu’une science d’érudits ? Le scientifique hollandais répond avec passion : « Pour comprendre ce qui va arriver dans dix ans, dans cent ans, il faut connaître et apprendre ce qu’il s’est passé à cette époque. Ce ne sont pas seulement des vestiges trouvés dans la région, il s’agit du patrimoine de l’humanité ». En attendant que l’humanité arrive au Musée Crozatier, Frédéric Lacombat est bien décidé à ce que sa discipline passionne autant la communauté scientifique le grand public. « Il n’y a aucun intérêt à faire des découvertes si nous n’en faisons pas profiter tout le monde ». La paléontologie doit conserver son pouvoir de fascination. « Dumbo, Babar, les enfants se passionnent pour ces animaux étranges avec leur trompe, s’esclaffe Yves Coppens, Probablement que les enfants des homo erectus avaient des mammouths en peluche !"