Nikolina Dimitrova, star de télévision à vocation européenne

Article publié le 4 septembre 2005
Article publié le 4 septembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Grâce à son émission de télévision « Téléscope », la journaliste bulgare Nikolina Dimitrova jette des passerelles entre son pays natal, l’Europe et le reste du monde.

C’est dans une petite villa sur les rives de la mer Noire que Nikolina Dimitrova me reçoit. Sa ravissante maison de campagne surplombe une baie pittoresque située près de la station balnéaire d’Albena. Nous prenons place dans le verger attenant à la propriété, face aux vignes environnantes et à la mer aux reflets bleus-verts. L’air exhale des effluves marines d’algues et de coquillages mêlées à l’odeur de la pierre chaude.

Nikolina Dimitrova est une femme gracile au diaphane teint de porcelaine. Elle mélange délicatement son yaourt avec les fraises des bois que vient de lui apporter son voisin le matin même. Elle parle d’une voix douce et chaude, avec enthousiasme mais sans dogmatisme. Ancienne présentatrice du journal télévisé sur la « deux » bulgare, elle produit depuis cinq ans l’un des programmes les plus appréciés du pays : «Dalekogled» - alias jumelles ou téléscope -.

Trois fois par semaine, regarder à travers des jumelles

Dans son émission, Nikolina Dimitrova s’entretient avec des étrangers qui sont venus en Bulgarie après 1989 et y sont restés quelques temps. Elle diffuse ensuite à l’antenne des extraits de ces interviews, cinq minutes exactement durant lesquelles ses invités lui racontent une de leurs expériences, amusante ou troublante. Les candidats ont des profils multiples : de l’ouvrier à l’étudiant en passant par le fonctionnaire et l’ambassadeur, de nationalité arabe, américaine, africaine et surtout européenne. Ils sont ainsi nombreux à s’être assis sur la chaise rouge, symbole de l’émission et à avoir exprimé, dans un bulgare souvent imparfait mais sympathique, leurs impressions sur le pays et ses habitants. « Pendant 45 ans, on nous a posé à nous Bulgares, un bandeau sur les yeux pour nous empêcher de voir ce qui se passait dans le reste du monde, commente Nikolina Dimitrova. C’est pourquoi il est aujourd’hui si important pour nous de prendre des jumelles afin de réaliser ce que les autres pensent de nous.»

La plupart des participants de l’émission ne connaissaient pas du tout la Bulgarie avant de s’installer dans cette zone des Balkans. Beaucoup d’Allemands racontent ainsi qu’ils confondaient la Bulgarie avec la Roumanie. De nombreux invités expliquent aussi qu’ils ont été fortement surpris de la grande cordialité, de la bonne éducation de leurs collègues et amis bulgares. Ils ne manquent également jamais de souligner la légèreté avec laquelle les autochtones font face à un quotidien difficile et mentionnent régulièrement leur grande aptitude à faire la fête, malgré la grande pauvreté du pays.

«J’entends le plus souvent dire que les Bulgares sont curieux, ouverts et inventifs», sourit Nikolina Dimitrova. Elle dépeint alors une anecdote rapportée par un Suédois : alors qu’il voyageait dans une vieille voiture sur une route dans un état épouvantable, la courroie du moteur lâcha, obligeant le véhicule à s’arrêter. Le conducteur de nationalité bulgare demanda alors tranquillement à sa femme d’enlever son bas pour remplacer la pièce manquante. La chose faite, ils purent ainsi repartir.

Sur les quasis 700 personnes ayant défilé dans l’émission depuis son apparition sur les écrans, une majorité déplore cependant le désordre, la saleté, les vols, le non respect de l’environnement dans le pays. Les témoins critiquent néanmoins d’une manière tellement sensible, objective et pragmatique qu’il n’est pas rare que des Bulgares appellent la production après la diffusion pour les remercier de ces suggestions pertinentes et constructives.

Femme d’affaires et mère de famille

Nikolina Dimitrova nous prépare un café. Elle ne répond que très brièvement aux questions personnelles que je lui pose. Née dans la petite ville bulgare de Dobritch, elle est allée au Lycée des Langues Etrangères, la meilleure école de l’époque. Après avoir brillamment obtenu son diplôme, elle réussit finalement le concours d’entrée à de la faculté St. Kliment Ohridski, une université bulgare fermement implantée dans les traditions. Après ses études, elle se lance dans la télévision et les relations publiques. Aujourd’hui, elle jongle entre deux emplois, une situation fréquente chez ses compatriotes, qui doivent chaque mois se battre pour survivre.

«Ce que j’ai fait de mieux dans ma vie, c’est mon fils Ivan », dit-elle avec un sens de l’euphémisme atypique. « C’est vraiment très compliqué de travailler en ayant un enfant. Quand il est né, je devais l’emmener partout avec moi et arrêter subitement les interviews pour le changer ou l’allaiter... »

Un nouveau concept

Après la chute du mur de Berlin, un huitième de la population bulgare s’est expatrié à l’étranger. Un chiffre effrayant, d’autant plus lorsque l’on sait qu’il s’agissait en grande partie de jeunes et d’intellectuels. Le pays s’est complètement vidé. Nikolina Dimitrova déclare cependant que de plus en plus de Bulgares reviennent dans leur pays. Un phénomène qui l’a poussée à changer le concept de son émission au début de l’année 2005.

Les invités sont désormais des expatriés de retour en Bulgarie. En général, elle présente des Bulgares qui ont étudié ou monté leur entreprise en Europe puis sont retournés en Bulgarie afin de faire profiter leur pays de leurs nouvelles compétences et expériences. «Ils apportent un rythme de vie européen à la maison et enrichissent le tempérament national avec un sens du travail et de l’ordre commun à l’Ouest. » La journaliste est persuadée que ces anciens expatriés sont les vecteurs de la mentalité communautaire et qu’ils peuvent insuffler à la Bulgarie une image européenne. Nikolina Dimitrova a par ailleurs le projet de réaliser un documentaire dans lequel des Européens ayant déjà vécu longtemps en Bulgarie décriraient à leurs compatriotes leur propre vision de la Bulgarie. Cette femme délicate s’attelle à la lourde tâche de relier sa patrie aux 25.