Nikola Djukic : « Tous les Bosniens se sentent européens »

Article publié le 27 janvier 2012
Article publié le 27 janvier 2012
Sur les huit pays en attente d’intégration dans l’Union européenne, cinq sont de l’ex-Yougoslavie. Après l’entrée de la Croatie en 2013, les principaux candidats pour entrer dans l’Union seront la Macédoine, le Monténégro et la Serbie. Les incertitudes majeures concernent la Bosnie-Herzégovine.
Nikola Djukic, ambassadeur bosnien en Hongrie, relate les efforts de son peuple pour entrer dans l’Union.

cafebabel.com : De quelle façon la crise économique de l’UE a-t-elle influencé le processus d’intégration de la Bosnie-Herzégovine ?

Nikola Djukic : Pour le moment, la crise n’a pas eu de conséquences importantes car nous avons des devoirs à accomplir, mais avec le temps elle pourrait influer sur le processus d’intégration. Une pause est prévue dans la procédure de l’élargissement de l’Union après l’adhésion de la Croatie en 2013. Et la liste des pays en attente est encore longue.

cafebabel.com : L’entrée de la Croatie facilitera-t-elle l’intégration de la Bosnie-Herzégovine ?

Nikola Djukic : L’adhésion de la Croatie sera un élément motivant pour les autres pays de la région balkanique. En ce qui concerne le statut de candidat, le Monténégro l’a déjà obtenu et la Serbie sera fixée en février 2012.

La Bosnie-Herzégovine a encore trois conditions à remplir afin d’obtenir le statut de candidat. La première est notre Constitution, qui n’est pas en accord avec la Convention européenne des droits de l’homme. Nous devons donc la modifier d’urgence. Il y a ensuite le recensement, le dernier ayant été fait avant la guerre de 1991. Il est déjà trop tard cette année et les trois partis politiques n’ont toujours pas trouvé d’accord (le Premier ministre nouvellement nommé, Vjekoslav Bevanda, a entrepris les procédures pour un recensement en 2013, ndlr). La troisième condition est de s’adapter à la loi européenne sur les aides d’État.

cafebabel.com : Le processus d’intégration unit-il votre pays ?

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Nikola Djukic : Notre pays est prêt à tous les compromis nécessaires à présent que nous nous sommes engagés sur la route européenne. Nous avons déjà démontré dans le passé que nous sommes capables de respecter les accords. Selon moi, la réforme de l’armée est le plus grand succès de la Bosnie. Avant nous avions trois armées nationales, maintenant nous avons une armée nationale avec trois composantes (infanterie, aviation et défense aérienne), un ministère de la Défense et le contrôle civil sur les forces armées. Nos soldats participent aux missions des Nations unies dans le monde.

« Avant nous avions trois armées nationales, maintenant nous avons une armée nationale avec trois composantes »

Dans un second temps, nous avons introduit un Système fiscal d’État unique et nous avons signé l’Accord de stabilisation et d’association avec l’UE en avril 2008. Cet accord a été ratifié par les parlements nationaux des États membres de l’UE, mais il n’est pas entré en vigueur, en l’absence d’un conseil des ministres de la Bosnie-et-Herzégovine, qui devrait être élu ce mois-ci. Enfin, en décembre 2010, nous avons suspendu l’obligation de visa pour entrer dans les États de l’espace Schengen. Cette opération a été très difficile, aussi bien politiquement qu’économiquement, puisque nous avons une liste de 174 conditions à respecter.

cafebabel.com : Les émigrations du pays ont-elles augmenté après la suppression du régime des visas ?

Nikola Djukic : Trois mois après le début du régime sans visa pour les deux partis, la Bosnie-et-Herzégovine et l’Union européenne, seulement quelques centaines de personnes ont émigré vers les pays de l’espace Schengen. Nous avons mené une campagne de communication très forte à travers les médias, expliquant ce qu’est le régime sans visa, et les personnes sont revenues en Bosnie. Ça a été une belle surprise.

cafebabel.com : Sur la route de l’intégration européenne, l’obstacle majeur de la Bosnie est-il de nature économique ou ethnique ?

Nikola Djukic : Il s’agit toujours d’un problème ethnique. Notre loi sur la protection des minorités nationales de 2005, qui reconnaît 17 minorités, est considérée comme une des meilleures par le Conseil de l’Europe. Le seul problème à résoudre est qu’un membre des minorités ethniques ne peut pas être candidat aux élections présidentielles, et ne peut donc pas devenir chef de l’État.

cafebabel.com : Quelles sont vos attentes personnelles quant à l’intégration de la Bosnie-Herzégovine ?

Nikola Djukic : La Bosnie est un cas très différent et spécifique. La communauté internationale est compréhensive car 100 000 personnes sont mortes durant la guerre, un million de réfugiés vivent à l’étranger et un million de personnes sont toujours disparues. La tragédie a touché presque toutes les familles en Bosnie-Herzégovine. Il n’y a pas une génération qui n’ait pas vécu au moins une guerre. Mais 88% de nos citoyens se sont déclarés en faveur de l’entrée dans l’UE et tous les Bosniens se sentent européens.

« Il n’y a pas une génération qui n’ait pas vécu au moins une guerre. »

Tout d’abord, nous devons arriver à un accord à l’intérieur de notre pays, puis construire un nouveau conseil des ministres et satisfaire toutes les requêtes de l’UE. Seulement après nous serons en mesure d’obtenir le statut de candidat et d’entamer à nouveau les négociations. Sauf surprise déplaisante, le processus devrait s’accélérer dès l’année prochaine. L’Europe fait de son mieux pour accélérer l’intégration de la Bosnie-Herzégovine, mais nous devons nous aussi faire notre part de travail.

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Photos : Une (cc) berta devant/bertadp.com/; Texte scoobay/ flickr; Dukic © site du ministère des Affaires étrangères de Bosnie-Herzegovine