Nicolas Sarkozy, le changement c'est 5 ans (deuxième volet)

Article publié le 3 avril 2012
Article publié le 3 avril 2012
En 2007, le futur président-élu a fait une campagne centrée sur la valeur travail avec le fameux slogan « travailler plus pour gagner plus » et sur l’idée de véritable rupture. Les descriptifs utilisés pour le décrire l’indiquent clairement : Sarkozy est alors perçu comme quelqu’un de libéral, pragmatique et pro-américain, des valeurs d’ordinaires peu françaises.
Cinq ans plus tard, personne n’a plus vraiment l’impression que ces valeurs s’appliquent encore à lui. Récit d’un changement en 12 points dont voici les six derniers.

7/ La valeur travail

De retour en France, la logique derrière la défiscalisation des heures supplémentaires est compréhensible : plus la France travaille et produit, plus elle va s’enrichir : il faut donc donner des motivations économiques au travail. Si la logique est louable, force est de constater que les effets ont été limités : ce dispositif aura été coûteux et on estime que le gain moyen pour un salarié n’est qu’à la hauteur de 10€ par mois. Plutôt que de critiquer la création de niches fiscales alors que la France avait déjà un déficit considérable, peut-être faudrait-il plutôt reprocher à Nicolas Sarkozy de n’être pas allé assez loin dans sa volonté de récompenser la valeur travail. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’il aurait dû créer davantage de niches fiscales, mais plutôt que ses actions pour mettre la France au travail étaient trop timides pour avoir un véritable impact, durable et effectif.

8/ La fiscalité

Toujours en matière de niches fiscales, l’allègement du bouclier fiscal et l’allègement des droits de succession n’auraient pas dû être autant décriés qu’ils ne l’ont été. Tous deux sont moralement justes : pourquoi verser plus de la moitié de ce que l’on gagne à l’État ? Pourquoi l’État empêcherait-il de manière si obstructive aux Français de faire profiter leurs prochains de leurs économies ? Il est vrai que ces mesures favorisaient tout particulièrement les ménages aisés mais les Français ont toujours eu du mal à comprendre qu’un pays a besoin de ces personnes au revenu plus élevé. La France gagne à en avoir chez elle et il vaut mieux qu’ils payent moins d’impôts que d’en faire des exilés fiscaux. De plus, s’ils sont en France, ces gens-là peuvent soutenir la consommation. Le problème de ce fameux paquet fiscal est souvent mal identifié. Pareil, la logique était bonne, mais il aurait dû aller plus loin et, surtout, être accompagné de mesures pour soutenir l’offre, le résultat aurait alors sans doute alors été bien plus intéressant.

9/ Les retraites

Concernant la politique sociale, on se souvient de Nicolas Sarkozy mettant fin aux régimes spéciaux de retraite en 2007, une anomalie que personne n’avait réussi jusqu’alors à supprimer. Il a été tenace et n’a pas souhaité reculer pour ce qui aura constitué le premier grand mouvement de grèves pendant son quinquennat. Le contraste avec le passage de la retraite à 62 ans est saisissant : Sarkozy a trop reculé face à la pression de la rue, accordé trop d’exceptions et de concessions si bien que cette réforme indispensable aura un impact finalement bien moindre que celui escompté.

10 / La politique étrangère

A l’étranger Sarkozy se sera montré très actif tout au long de son quinquennat : son implication lors de l’affaire des infirmières bulgares, la crise politique en Côte d’Ivoire, la guerre en Géorgie et celle en Libye démontrent cet activisme. D’autres grands projets sont restés sans suite, tel que l’Union pour la Méditerranée. Une fois de plus, l’idée s’avérait prometteuse : créer un véritable pôle économique et politique dans une zone avec autant de potentiel aurait pu être l’un des faits marquants du quinquennat. Le printemps arabe est cependant passé par là, et c’est finalement le « timing » malheureux du président qui est le véritable problème : gageons que cette Union pour la Méditerranée aura une raison d’exister lorsque la zone aura retrouvé de la stabilité et sera composée de véritables démocraties.

11/ L’écologie

On est bien loin de l’espoir nourri tout autour du fameux Grenelle de l’environnement. Il y a eu l’abandon de la fameuse taxe-carbone mais aussi l’autorisation donnée pour augmenter le réseau d’autoroutes en France de quelques 1 000 kilomètres et le report de la taxe poids lourds à 2013. Ces signes laissant présager un renoncement aux engagements pris alors. Nicolas Sarkozy a montré ses limites dans le domaine écologique.

12/ Le style

Le style de Nicolas Sarkozy a été profondément décrié tout au long de son mandat. On se souvient aisément de sa présence sur tous les fronts il y a cinq ans de cela, la situation a maintenant bien changé au profit du Premier ministre, François Fillon : c’est ce dernier qui fait maintenant les grandes annonces alors que les sorties médiatiques se font rares. De manière similaire, la médiatisation de son mariage avec Carla Bruni a été très critiquée tandis que la naissance de la petite Giulia fin 2011 se sera faite dans la grande discrétion. Ce ne sont pas les effets de style sur lequel il faut accorder de l’importance. Le mandat de Sarkozy doit être analysé sur le fond plutôt que par le style de présidence. Il faut néanmoins saluer l’écoute aux Français dont a fait preuve le président français. On ose espérer qu’il a appris la leçon suite à certains incidents tels que le « casse toi pauvre con » ou les accueils avec tapis rouge faits aux dictateurs arabes. Le côté « bling-bling » fait lui aussi désormais partie du passé.

Le Sarkozy version 2007 n’a rien à voir avec le Sarkozy de 2012. L’impression qui se dégage mais que personne n’exprime vraiment est celle d’un président qui a bien commencé, fidèle à ses principes et mettant véritablement en œuvre une politique de rupture, qui a finalement trop changé à cause de la crise mais aussi paradoxalement en écoutant les français. En 2012, c’est un Sarkozy qui n’incarne plus la rupture et qui s’est conformé au système et à la France pour perdre les qualités qui en faisaient un président. La schizophrénie française, appelant au changement sans vouloir bouger semble avoir effectivement déteint sur ce président aux deux visages.

Cet article est la seconde partie d'une analyse publiée recemment sur cafebabel.com. Cliquez ici pour lire les six premiers points du changement de politique de Nicolas Sarkozy.

Photos : Une (cc) robinhoodtax/flickr ; Texte Sarkozy affiche (cc) iandavidmuir/flickr ; Vidéos : "casse toi pauvre con" nicowar/YouTube