Nicolas Sarkozy et Angela Merkel : Paris-Berloin (II)

Article publié le 23 juin 2008
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Article publié le 23 juin 2008
Les relations tendues entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel semblent s'être apaisées suite au compromis sur l'« Union pour la méditerranée ». Toutefois les deux dirigeants continuent de donner l'impression de se livrer bataille et semblent incapables de revivifier l'axe franco-allemand.

Une vision un peu trop gauloise du Mare nostrum

Les incompatibilités d'humeur ne font pas tout et elles ne parviennent pas à masquer les divergences de fond, notamment sur le projet d'Union méditerranéenne, lancé tambour battant à l'initiative du conseiller spécial du président français, le souverainiste Henri Guaino, mais que les Allemands considèrent comme une friponnerie géopolitique. S'ils partagent le diagnostic d'échec du processus de Barcelone (lancé en 1995 pour donner un cadre aux relations entre l'Europe communautaire et les pays de la Méditerranée), ils refusent de valider la proposition d'une Union qui le remplacerait et serait réservée aux seuls pays riverains. Ils y décèlent un risque de division de l'UE et une stratégie de contournement, puisque cette nouvelle structure, tout en donnant un rôle moteur à la France, exclurait de facto l'Allemagne et les pays d'Europe du Nord. Or, il faut bien comprendre que l'Allemagne réunifiée dans l'Europe élargie a, d'une certaine manière, retrouvé de la puissance et connaît un rééquilibrage stratégique peu favorable à la France. Cela d'autant plus qu'elle est mieux insérée dans l'économie globalisée, grâce à son tissu industriel de PME de qualité qui exportent bien (il suffit de comparer les balances du commerce extérieur des deux pays).

Cet état de fait n'est sans doute pas étranger à la « victoire » d'Angela Merkel, appuyée par la commission européenne, et au revers qu'elle a infligé à Nicolas Sarkozy sur le dossier méditerranéen lors du sommet européen de Bruxelles des 15 et 16 mars derniers. Le chantier de ce qu'il est désormais convenu d'appeler « Union pour la méditerranée » (UPM) sera donc un cadre renouvelé pour le processus de Barcelone, un « Barcelone + » comme résume crûment le Premier ministre luxembourgeois J.-C. Juncker, auquel tous les pays de l'UE auront vocation à participer activement.

Entre-temps, c'est avec une certaine grossièreté géostratégique que, dans la foulée de sa mésentente avec Berlin, Nicolas Sarkozy s'est tourné vers le Royaume-Uni pour y célébrer une convergence de points de vue politiques. L'échec relatif de cette manœuvre de circonstance, face à un pays qui reste farouchement insulaire, a souligné une nouvelle fois que le président français se trompait en voulant faire mine de tourner le dos à la concertation franco-allemande et en cherchant ailleurs un rééquilibrage.

L'imagination au pouvoir!

Au-delà des rapports entre les deux personnalités, on peut tout de même se réconforter en constatant que la continuité est assurée au niveau des structures (gouvernement, ministères, administration) par les échanges et réunions régulières déjà institués, dont le sommet franco-allemand du 9 juin dernier en est l'illustration ; au niveau de la société civile aussi, les partenariats se poursuivent. Mais il y a ici aussi un malaise, une difficulté à situer la relation franco-allemande, à l'envisager de manière dynamique dans une Europe élargie et au sein d'une économie mondialisée. Il demeure également le reproche lancinant adressé par certains en Europe au couple franco-allemand d'être en panne de propositions, mais d'être toujours là pour rappeler les autres à l'ordre et faire valoir ses droits particuliers de tandem fondateur.

Sur ce terrain instable, il incombe donc à deux personnalités allergiques l'une à l'autre de trouver rapidement leurs marques, afin de permettre la mise en place des conditions qui puissent renouveler les perspectives communes. Les deux dirigeants devraient pouvoir être capables de pragmatisme sur ce dossier : il suffit pour cela d'observer (avec une pointe d'amusement) combien il a été facile à Nicolas Sarkozy de passer l'éponge médiatique grâce à la remise en grande pompe, le 1er mai dernier à Aix-la-Chapelle, du prix Charlemagne à Angela Merkel pour son engagement européen. Très à l'aise, le président français a fait l'éloge quasi amoureux de la chancelière, qui, en retour, a su se montrer radieuse et s'est mise à tutoyer à qui mieux mieux son laudateur.

Toutefois, le pragmatisme seul ne suffira pas à revivifier l'axe franco-allemand. Il lui faut un soupçon d'idéalisme, un zeste de désir sincère, il a besoin de la force et de l'enthousiasme de l'imagination. C'est bien cela qui risque de manquer à ces deux personnalités plus ou moins traversées par une rivalité de leadership en Europe et sans chaleur l'une pour l'autre. C'est par conséquent sur ce terrain-ci que la « société civile éclairée » a un devoir décisif d'influence.

JCL