Nicolas Hulot et Al Gore : une éthiquette bien verte

Article publié le 29 décembre 2006
Article publié le 29 décembre 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’écologie ne deviendrait-elle pas qu'une stratégie marketing pour politiciens en mal de slogans accrocheurs ?

Il y a une trentaine d’années, seuls quelques politiques, généralement membres des Verts, s’intéressaient aux inquiétudes soulevées par le réchauffement de la planète. Aujourd’hui, ce danger est reconnu comme « la menace la plus sérieuse au futur bien-être du monde », selon un sondage d’opinion britannique réalisé par ‘Ipsos Mori’ en septembre 2006.

L’ancien vice-président américain Al Gore –réalisateur du documentaire ‘Une vérité qui dérange’- et l’icône française de l’environnement Nicolas Hulot –auteur du ‘Pacte Ecologique’- sont les figures de proue de la scène écologique, qui contribuent à animer et populariser le débat.

La publication du rapport Stern en octobre dernier [dans lequel Sir Nicholas Stern, un ancien expert britannique de la Banque Mondiale évoque le coût économique du changement climatique] a déclenché une nouvelle vague de sensibilisation. Le réchauffement de la planète figure depuis au cœur de l’arène politique.

Un débat insensibilisé

Or, les politiques de l’environnement ne sont pas faciles à promouvoir. Mais l’opinion publique change et les problématiques écologiques sont dorénavant incluses dans les débats, retransmis à la télévision aux heures de grande écoute.

Exemple parlant de ce changement d’attitude : durant l’actuelle campagne présidentielle française de 2007, le ‘Pacte écologique’ de Nicolas Hulot entend attirer l’attention des médias et des candidats sur les problèmes d’environnement. En poussant les candidats potentiels aux élections à soutenir l’imposition d’une taxe sur les émissions carboniques et en exigeant la création d’un ‘Premier ministre pour le développement durable’, Hulot veut resserrer le lien entre les écologistes et les politiques.

Un sondage de l’Ifop pour le quotidien Le Journal du Dimanche a ainsi révélé que 66% des Français pensent que Nicolas Hulot est le meilleur porte-parole de l’environnement, et que 43% espèrent qu’il se présentera en tant que candidat à l’élection 2007. Ségolène Royal, la candidate socialiste et le probable candidat conservateur Nicolas Sarkozy se sont déjà ralliés à sa cause. « Notre programme environnemental a été proposé bien avant le pacte écologique de Mr Hulot,  » se félicite néanmoins Jean-Louis Bianco, le directeur de la communication de l’équipe Royal. Les deux principaux rivaux de la course aux présidentielles, conscients de l’impact écologique sur les électeurs, se disputent dès lors la primauté des mesures de protection de Mère Nature.

En Grande-Bretagne, les problèmes d’environnement ont été écartés du débat lors des élections générales de 2005. Ils occupent maintenant une place centrale du discours du candidat conservateur David Cameron, dans sa course à la succession de Tony Blair au 10, Downing Street. En Allemagne, un pays pourtant réputé pour sa sensibilité écolo, la chancelière Angela Merkel elle, privilégie la lutte pour relancer l’économie nationale stagnante. Quant aux démocraties de l’Europe de l’est, leurs dirigeants ne considèrent pas encore les problèmes d’environnement comme une priorité politique. « Les gens doivent faire face à un fort taux de chômage. Les gouvernements sont trop occupés à rattraper les économies de l’Ouest,  » raconte Petya Hristova, étudiante bulgare à l’IEP de Paris.

Un réchauffement, source d’hypocrisie politique ?

Il y a 18 ans, Jonathon Porritt, président de la Commission du développement durable du gouvernement britannique, écrivait que « c’est seulement lorsqu’une catastrophe majeure apparaît que la coopération internationale nécessaire, la conscience, et la solidarité se mettent en place.  » « Pour autant, les scientifiques le crient pratiquement sur tous les toits, » est le mantra répété dans le documentaire d’Al Gore ‘Une vérité qui dérange’. « Les systèmes politiques dans le monde ont tenu cette vérité à distance, parce qu’elle les dérange. Ils n’acceptent pas que le changement des comportements relève d’un impératif moral,  » soulignait encore Poritt. Si les politiques sont désormais sous pression pour procéder au changement, Hulot lui, est convaincu qu’il y a eu une amélioration des stratégies nationales européennes en la matière.

Les critiques outre-Atlantique, comme l’éditorialiste Robert Samuelson, accusent souvent les hommes politiques européens de faire semblant de sauver la planète. Alors qu’en réalité, ils se bornent à critiquer le refus du gouvernement des États-Unis de signer le protocole de Kyoto. De nombreux Etats des Vingt Cinq n’ont pas respecté les objectifs du texte pour la période 2008-2012. C’est pourquoi la Commission européenne a réduit les autorisations plafond de découvert de neuf pays sur dix, dont les plans pour la réduction des émissions de CO2 ont été évalués en novembre dernier.

L’équipe se mobilise

« C’est seulement grâce à la science et à la technologie qu’il sera possible de trouver une réponse au changement climatique,  » avance le sociologue britannique Anthony Giddens, en accord avec l’économiste français Jacques Attali. « Mais il est tout aussi important de créer une motivation,  » insiste Jonas Gahr Store, le ministre norvégien des Affaires étrangères. Car seule l’attitude du public peut changer la situation de façon définitive. « Tant que les risques du réchauffement de la planète ne seront pas clairs à gauche comme à droite, le public aura des doutes, » argue de son côté Hulot.

C’est donc aux hommes politiques de tous horizons de mobiliser la volonté publique. Nombre d’entre eux s’accordent avec Jonathon Porritt sur le fait que « l’environnement ne peut pas passer 30 ans de plus en alternant entre popularité et désuétude.  »

« En laissant de côté les stratégies marketing, si des gens comme Nicolas Hulot peuvent aider à mobiliser les hommes politiques et l’opinion publique, c’est une bonne chose, » soutient lui Serge Latouche, économiste français et défenseur de la décroissance soutenable. Al Gore aura probablement le dernier mot quand il affirme que « dans une démocratie, la volonté politique aussi est une ressource renouvelable.  »