Ni Zapatero, ni Rajoy ! Une indignation cyberique !

Article publié le 29 mars 2011
Article publié le 29 mars 2011
Le 22 mai prochain, les espagnols vont décider par les urnes du futur politique de la majorité des mairies et communautés autonomes ; un examen qui s'annonce difficile pour le gouvernement et l'opposition, et dont le résultat donnera peut-être les clés des élections nationales de 2012.
La gestion de la crise et l'approbation de la loi Sinde le 19 mars ont mobilisé rebelles et mécontents, qui commencent à s'organiser sur la toile.

Dans la plupart des conversations entre Espagnols, résignation et indigestion font figure de maître-mots. Toutefois, à la différence de leurs voisins français et italiens, cette indignation verbale ne les pousse pas pour autant à descendre dans la rue en vue d'extérioriser leur désarroi. Néanmoins, d'après les dernières données du C.I.S (Centre de recherches sociologiques), parmi tous les problèmes rencontrés par les habitants de la Péninsule, 80% des personnes interrogées considèrent que le chômage reste la préoccupation majeure. En février, battant ainsi un nouveau record en la matière, le pays a enregistré l'un des taux les plus hauts de l'Union européenne avec 4,3 millions de demandeurs d'emploi. L'inactivité touche 40% des jeunes de la génération des 20-30 ans. Les jeunes chômeurs se raccrochent donc à l'espoir de rejoindre au plus vite la légion d'Espagnols que la chancelière Angela Merkel a promis d'accueillir dans son pays pour y trouver du travail. Et en attendant, ils se résignent à dépenser le moins d'argent possible en canettes de bière dans le but de le consacrer à l'apprentissage ou au perfectionnement de la langue de Goethe. Dans certaines salles de classe, on en vient même à ne plus parler d'opportunité d'emploi, mais de ce qu'a dit LA Merkel.

A bas l'immobilier et les corrompus !

Mais, derrière le chômage et l'économie en générale, le troisième sujet d'inquiétude des Espagnols, c'est... La classe politique ! Nombreux sont ceux qui pensent qu'elle a besoin d'être renouvelée. Si les causes d'une telle désaffection sont multiples, la corruption constitue de loin la plus pressante. Une thématique récurrente qui a même ses entrées sur Wikipedia. Cette pratique a tenu un rôle constant dans le fonctionnement d'une démocratie espagnole aussi jeune que trop souvent inexpérimentée. Mais les cas avérés de corruption ont atteint leur paroxysme avec l'explosion de la bulle spéculative immobilière. Toutes les magouilles sont alors sorties au grand jour et les politiciens éclaboussés par les scandales n'ont pas manqués. Depuis, les Espagnols se sont habitués à entendre régulièrement les médias les informer des multiples descentes que la police effectue dans certaines municipalités dans le but de passer au peigne fin leurs comptabilités.

Le traditionnel bipartisme qui oppose le PSOE (Parti socialiste) au Parti Populaire (droite), agité par les scandales et les traumatisants remous qui ont secoué les différents gouvernements qui se sont succédés jusqu'ici ne semble pas, lui non plus, au meilleur de sa forme. Des mouvements sociaux naissent donc sur la toile pour donner de la voix à ce mécontentement politique. C'est le cas de « No les votes » qui appelle à changer la configuration des Cortes (le Parlement et le Sénat) et à sanctionner durablement dans les urnes les partis les plus représentatifs sur l'échiquier politique (PP, PSOE et CiU, confédération qui regroupe plusieurs petits partis catalans de centre-droit) afin d'attribuer le pouvoir à d'autres formations politiques. Une tendance que l'on retrouve dans les derniers sondages d'intention de vote, où le PP, principal parti d'opposition, dépasse de 10 points le PSOE au pouvoir. Par ailleurs, les politiciens nationaux reçoivent toute orientation politique confondue des notes en dessous de 4 de la part de leurs électeurs. Selon Enrique Dans, un des collaborateurs de nolesvotes : « Les gens ne votent plus pour les partis ayant démontré qu'ils légiféraient contre les intérêts des électeurs. »

L'indignation se mobilise

Enrique Dans, blogueur prestigieux et aussi prof à l'IE Business School, soutient que le principal objectif de ce mouvement est « de montrer le malaise ressenti face à une certaine manière de faire de la politique » tout en enseignant « qu'on ne peut pas gouverner contre les électeurs. »

Le document fondateur du groupe est né de l'indignation provoquée par la loi Sinde qui autorise à fermer des sites internet et à interdire les téléchargements de certains contenus culturels considérés comme illégaux, veut encourager la population à réfléchir. Plusieurs Etats de l'Union européenne ont pourtant qualifié cette loi de... molle. Selon Enrique Dans, cette loi « n'est pas molle », elle est tout simplement : « Absurde, et mal faite... La loi Sinde est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. » Il y voit « un appel à réguler et adapter les définitions de la propriété intellectuelle à l'époque qui est la nôtre. » Certaines sociétés américaines comme BayTSP dénoncent la piraterie omniprésente sur la toile espagnole. Ce texte de loi approuvé le 19 mars par le PP, le PSOE et le Ciu (Convergence et Union, centre-droit), est la disposition finale de la loi sur l'économie durable.

Durant sa rédaction initiale, elle déclencha la polémique et de de nombreux débats entre les internautes et les industriels de la culture, conduisant même l'ancien président de l'Académie du cinéma, Alex de la Iglesia, à démissionner de son poste afin de manifester sa désapprobation vis à vis du texte. Cette loi est-elle la cerise sur le gâteau de la crise dans laquelle sombre jour après jour les Espagnols ? Le 22 mai prochain montrera dans quelle mesure l'atmosphère pessimiste qui règne aujourd'hui en Espagne aura des conséquences (et lesquelles ?) sur la crédibilité des partis politiques qui se sont jusqu'à aujourd'hui partagés la part du gâteau.

Photo : Une : (cc)zorenne/courtoisie de Flickr