Next Generation, Please : l’expo qui secoue l’Europe

Article publié le 19 mai 2016
Article publié le 19 mai 2016

BOZAR inaugurait le mardi 17 mai la foisonnante exposition Next Generation, Please à découvrir du 18 au 29 mai.

CaféBabel n’aurait pour rien au monde raté l’occasion de voir de près comment des jeunes d’aujourd’hui questionnent, rêvent et réinventent l’Europe en 12 œuvres éclectiques, électriques et touchantes de maturité autour de la problématique des frontières et de l’identité.

Une cinquantaine de lycéens et étudiants, âgés de 15 à 25 ans ont passé ces six derniers mois à débattre d’Europe. Next generation, Please se présente comme la version « jeune » du projet New Narratives qui rassemble intellectuels, architectes et artistes autour d’une réflexion sur les crises que traverse aujourd’hui le Vieux Continent.

En partenariat avec leurs écoles et sous le patronage d’Herman Van Rompuy, les jeunes ont rencontré artistes, politiciens et professeurs d’arts pour les aider à monter des projets qui leur permettent de (se) représenter l’Europe. Le résultat est nécessairement amer, parfois violent et presque désabusé face à la difficile problématique de l’immigration et de l’identité, et pourtant, le palais des Beaux-Arts abrite ce soir-là, et encore pour deux semaines, un joyeux bordel, bouillonnant de vie.

En voici un petit avant-goût.

Hood law - Les Lois de la Rue

Le vernissage commence à l’extérieur du palais avec une performance des collectifs Studio Urbanization et Mestizo Arts Festival.

Un slam, la performance muette d’un comédien sorti d’un tas de poubelles et pointant l’assistance avec le pistolet de ses doigts précèdent l’inscription des mots « Next Generation Please » sur un mur de tôle. Trois grapheurs masqués de noir taggent minutieusement la plaque brune.

Perché sur son pickup jaune, le rappeur Spitler lâche des rimes nerveuses sur fond sonore anxiogène. Rencontré après performance, il a décrypté pour cafébabel le sens de son texte, composé en flamand. Entre son expérience du délit de faciès et le rejet de ses professeurs qui le traitaient en voyou bon à rien, il y décrit les dures Lois de la rue et de la société. L'installation se poursuit plus loin, dans un jardinet du palais où un pêle-mêle d’objets à même le sol forment un cabinet des curiosités d'objets de la rue.

Plural Individual - Unie dans la diversité

Deuxième live de la soirée, Plural Individual est une performance de danse moderne qui force le respect.

Encadrés par deux chorégraphes, onze jeunes de 11 à 19 ans ont eu cinq mois pour mettre sur pied un spectacle d’une demi-heure et d’une intensité rare, mêlant performance théâtrale et pas empruntés au modern jazz, au lindy hop, au break dance, à la danse classique.

Trois des danseurs, Noortje (19), Makar (16) et Kasra (17), nous racontent encore un peu essoufflés comment cette chorégraphie montre des compositions de tableaux collectifs, éclatés puis recomposés à l’infini. Inutile d’expliciter plus encore la référence faite à l’Europe et les forces à la fois centrifuges et centripètes qui la construisent et la déconstruisent.

Quant au processus créatif, les trois interrogés nous confirment que les chorégraphes sont partis d’une injonction simple « faites votre truc, vos pas de danse, montrez-moi votre animal préféré ». Et toutes ces individualités ont servi à construire un groupe soudé, impressionnant d’énergie et de présence.

Les Kits de Survie

Les arrière-salles de BOZAR livrent le reste de l’exposition. Dans un registre différent, plus léger, plus drôle et parfois même onirique, se trouve l’installation dite des Kits de Survie.

Réalisés par les élèves de l’Institut de Saint-Gilles, on retrouve, accrochés à une structure métallique ou posés sur ce qui représente la coque d’un bateau, des objets composant une trentaine de kits de survie. Il y a celui de Morphée contenant un coussin, des boules Quiès et une couverture, celui du Créatif, celui de la Mémoire et de l’Intime et même celui de l’Evadé fiscal qui prend la forme d’une mallette métallique, remplie de billets, d’une Rolex et d’une flopée de smartphones.

Le professeur Mangeat nous explique qu’elle a donné à ses élèves deux contraintes : celle de pouvoir justifier le choix du kit ainsi que les objets le composant et celle de travailler avec un artisan (soudeur, céramiste, ébéniste…) pour réaliser un projet unique et fait-main.

Bien-sûr, d’autres œuvres surprenantes vous attendent à l’expo Next Generation, Please comme les reportages détournés de la « FOK » News, un schéma heuristique de l’identité à même le mur ainsi que d'autres petites pépites.