Netflix ne fait pas tout : 5 séries TV made in Europe

Article publié le 7 avril 2016
Article publié le 7 avril 2016

Au cours de ces dernières années, les séries télévisées européennes ont rencontré un succès international inattendu. Un conseil à nos concurrents anglo-saxons : méfiez-vous du Vieux Continent, il a encore des choses à raconter. Play.

1992 (Italie)

Tout a commencé à Milan, au Pio Albergo Trivulzio, l’hospice historique pour anciens de la ville. C’est ici que, le 17 février 1992, Mario Chiesa, président de l’institut et représentant de renom du Parti socialiste italien a empoché une enveloppe de 7 millions de lire de l’entrepreneur Luca Magni, propriétaire d’une entreprise de nettoyage qui voulait obtenir un appel d’offre de 140 millions de lire. À la demande du jeune procureur, Antonio Di Pietro, les carabiniers écoutent toute la scène grâce à un micro espion, puis s’introduisent dans le bâtiment avant d'arrêter Mario Chiesa pour concussion. C’est avec cette scène que s’ouvre 1992, la série TV créée par Stefano Accorsi dans le but de raconter l’enquête judiciaire plus connue sous le nom de Mani Pulite (en français, « mains propres », désigne une série d'enquêtes judiciaires qui se sont déroulées au début des années 90, à l’encontre de personnalités du monde politique et économique italien. Ces enquêtes ont permis de mettre  au jour un système de corruption et de financement illicite des partis politiques dénommé Tangentopoli, pots de vin. Des ministres, des députés, des sénateurs, des entrepreneurs et même des ex-présidents du conseil étaient impliqués, ndlr). Pendant que les pays européens signaient à Maastricht le traité qui donnerait naissance à la monnaie unique, l’Italie découvrait l’affaire Tangentopoli qui a fait tomber en l’espace de quelques mois toute une classe de dirigeants et a mis fin à un système politique. La série repose sur 6 personnages qui retracent cette année cruciale contre vents et marées. En toile de fond, on trouve une Italie aux pantalons taille haute, aux cheveux filandreux, aux bijoux voyants et avec la télé toujours allumée. Vingt ans plus tard, les protagonistes ont (presque tous) changé, mais l’histoire semble être la même. Peut-être parce que comme l’a écrit Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard : « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change ».

Deutschland '83 (Allemagne)

En automne 1983, au cœur de la Guerre Froide, l’OTAN annonce des manœuvres militaires en Europe occidentale. À Moscou, et à Berlin est, on redoute de plus en plus une attaque nucléaire des États-Unis. Dans le bâtiment de la Stasi, le ministère de la sécurité d’État décide d’envoyer un nouvel espion en Allemagne de l’Ouest. Cette mission secrète est confiée à Martin Rauch, un jeune homme de 24 ans qui travaille à Berlin en tant que sergent major des Troupes frontalières de la RDA (République démocratique allemande, ndlr). Après avoir été envoyé à Bonn pour une période de formation, Martin est infiltré sous la fausse identité de Moritz Stamm et commence à travailler en tant que bras droit du général Wolfgang Edel du Bundeswehr (la Force fédérale, le nom donné à l’armée allemande, ndlr). L’objectif de la mission ? Recueillir des informations classées sur les missiles américains Pershing II déployés sur le territoire allemand et révéler des détails sur l’opération secrète Able Archer 83. La série fait référence à un épisode qui s’est vraiment produit, (il s’agissait d’un exercice militaire mené du 7 au au 11novembre 1983 par l'OTAN dans le but d'entraîner ses postes de commandement militaires aux procédures, notamment celles concernant l'utilisation de frappes nucléaires, ndlr). Elle décrit parfaitement la tension (et la paranoïa) des années 80 et offre un aperçu de la vie quotidienne dans une Allemagne encore divisée par le mur de Berlin, notamment grâce à une formidable bande originale. Si vous pensiez que les séries TV allemandes en étaient restées à l’Inspecteur Derrick, ou au Rex, chien flic, préparez-vous à quelque chose de totalement différent.

Occupied (Norvège)

Nous sommes en Norvège, dans un avenir proche. Un ouragan a dévasté le pays et a provoqué le réchauffement climatique mondial. Le pays, lui, a élu un gouvernement écologiste. Le jour de son investiture, le premier ministre Jasper Berg annonce que la Norvège va dès à présent cesser de produire du pétrole et du gaz pour se consacrer à la production d’une forme d’énergie nucléaire révolutionnaire alimentée par du thorium, un métal naturel radioactif. Cette décision alarme l’Union européenne dont la Norvège ne fait pas partie. Les conflits au Moyen-Orient ont depuis longtemps compromis la production de pétrole dans la région, et les États-Unis sont désormais énergétiquement indépendants, ils se sont retirés de l’OTAN et ne semblent pas vraiment s’intéresser aux problèmes européens. Bruxelles n’a plus qu’une seule possibilité : secrètement s’allier avec Moscou. Si Oslo ne reprend pas l’extraction de fossiles, l’Europe ne stoppera l’invasion russe de la Norvège. Berg, le premier ministre norvégien, est contraint d’accepter les menaces avec réticence, mais pour cacher l’occupation, il promet à son peuple que l’insertion de travailleurs russes sur les plateformes de la mer du Nord sera juste temporaire. Jo Nesbø, le créateur de la série a raconté s’être inspiré de l’occupation de La Crimée et de la tension entre Moscou et l’Europe pendant les mois qui ont suivi. Une chose de la sorte s’était déjà produite en Norvège, lorsque suite à l’invasion nazie un gouvernement fantoche dirigé par Vidkun Quisling avait été institué. Un souvenir à la fois lointain et un peu dérangeant, mais comme l’explique Nesbø : « Le problème de la Scandinavie, c'est qu’on prend pour acquis des choses qui peuvent toutefois changer très rapidement ».

This Is England '86 (Royaume-Uni)

Nous sommes en 1986, à Sheffield, dans les Midlands. Tout le monde est devant la télé pour suivre le match Argentine-Angleterre. Dans la ville que George Orwell  décrit comme « la plus laide de l’ancien continent » - avec ses HLM construits pendant l’après-guerre et ses usines d’acier presque toutes fermées - un groupe d’amis skinhead se réunit pour célébrer un mariage. Shane Meadows, le réalisateur de This Is England, a décidé de débuter ainsi la séquence du film qui l’a rendu célèbre en 2006. Trois ans se sont écoulés, ses personnages ont grandi et doivent se préparer à leur entrée dans le monde des adultes. Loin de la City, la vie n’est pas simple : nous sommes au cœur de l’ère Thatcher, l'économie est en récession et le pays compte plus de 3 millions de chômeurs. Pendant que la Dame de fer combat pour le Falkland et que les cassettes vidéos font leur entrée dans les magasins, Shaun, Lol, Woody, Milky, Smell, Gadget, Kelly, Trev, Harvey, Meggy et Banjo ont la vingtaine et ont la sensation que le monde connaît un tournant décisif. Les skinhead de l’époque ne sont bien évidemment pas les originaux de 1969, mais ils conservent encore l’orgueil de la classe ouvrière, avec leurs bottes de travail, les jeans retroussés, les tee-shirts blancs et les bretelles. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire politique. C’est avant tout une question culturelle, le conflit entre Mods & Rockers, des années '80 étant terminé, beaucoup de de styles et de musiques ont été déclinés à l’infini. Les goth, les mods, les skinhead, les new romantic, les casual et les metal heads, ils sont presque tous repris par les personnages de la série. Cette année-là, en 1986, l’attaquant Gary Lineker de la sélection angalise est sacré « soulier d’or » pour avoir fini meilleur buteur de la coupe du monde, toutefois remportée par... l’Argentine.

The Last Panthers (Royaume-Uni /France)

À Marseille, trois hommes déguisés en peintres en bâtiment font irruption dans une bijouterie de la ville et dérobent des diamants d’une valeur de 50 millions d’euros. Tout est calculé dans le moindre détail : pas un mot, juste un message écrit en anglais pour obtenir le code de sécurité du coffre-fort, quelques minutes dans la salle puis la fuite. Cela ressemble au braquage parfait, seulement pendant la poursuite avec la police, une petite fille meurt accidentellement touchée par une balle perdue de l’un des braqueurs.  Les diamants sont devenus invendables, à présent plus personne n’en veut. Les Pink Panthers, le nom du gang, n’ont pas d’autre choix que de fuir en Serbie et tenter de placer le butin. C’est ainsi que débute la série anglo-française créée par le journaliste et criminologue Jerome Pierrat. Inspirée d’une histoire vraie, elle raconte le cœur noir de l’Europe fait de trafiquants de diamants, de fonctionnaires européens corrompus, de criminels de guerre et de banquiers sans scrupules de Londres à Belgrade, en passant par Marseille et Podgorica. Les protagonistes sont un duo d’enquêteurs : une détective privée au passé obscur qui compte retrouver les diamants coûte que coûte, et un policier français que rien ne peut arrêter tant qu’il n’aura pas capturé « la dernière panthère ». Pour couronner le tout, la chanson Blackstar, écrite et interprété par David Bowie a été choisie pour le générique. Surpris ? C’est pourtant l’Europe dans toute sa splendeur.

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Cet article a été publié par la rédaction locale de cafébabel Milano. Toute appellation d'origine contrôlée.