Netflix : ma télé va craquer

Article publié le 20 septembre 2014
Article publié le 20 septembre 2014

Avec l'arrivée de Netflix en France, l'influence des superproductions américaines devrait s'intensifier. Depuis les accords Blum Byrnes de 1946, les producteurs français tentent de résister à l'impact de l'American way of life. Aujourd'hui, nos écrans vont accueillir les dernières créations de la doctrine hollywoodienne. Faut-il s'en inquiéter ?

Pour sa 40ème édition, le festival du cinéma américan de Deauville, organisé cette année du 5 au 14 septembre, « s'était doté d'un jury exceptionnel ». Plusieurs invités français comme Claude Lelouch, Jean-Pierre Jeunet, et le président du festival de Cannes Pierre Lescure, sont venus faire la promotion du ciné made in USA de manière plus traditionnelle. En effet, depuis longtemps les productions américaines ont leur relais de diffusion un peu partout en Europe mais désormais l'objectif s'est affiné : les jeunes sont la nouvelle cible de marché.

Les nouveaux procédés créatifs

Entre art et entertainment, de nombreux critiques font désormais l’apologie des créations américaines. Sur le marché outre-Atlantique, ce sont d’abord les chaînes de télévision payantes, comme HBO (Home Box Office, producteur entre autres de Les Sopranos, Sur Écoute, Game of Thrones, True Detective..., ndlr) qui ont innové dans la création en produisant des séries plus originales que les formula show, des séries dont chaque épisode est construit selon le même schéma narratif (type Cold Case ou Les Experts). Désormais Netflix et Amazon tentent de rivaliser sans prendre vraiment de risques, mais surtout en cassant les prix - un abonnement mensuel à Netflix coûte la modique somme de 7,99 euros… Bruno Nahonreste, producteur de la série Ainsi soient-ils (Arte), exprimait récemment au magazine français Les Inrocks ses inquiétudes au sujet de Netflix : « Avec ce genre de grand groupe, on ne parle souvent que de chiffres et de marketing. Vont-ils soutenir les auteurs, défendre des projets singuliers ? Rien n’est sûr. » Le leader mondial du streaming, qui compte pas moins de 50 millions d'abonnés a fait son apparition en France ce lundi 15 septembre, après avoir fait grincer des dents ses concurrents et fait redouter un effondrement de l'exception culturelle française, rien de moins. Déjà bien implanté en Europe, Netflix continue cette année son assaut et s'apprête à débarquer en Belgique, en Allemagne, au Luxembourg et en Autriche.

Générique de la série diffusée sur HBO, True Detective.

Netflic : un premier fichage culturel

« Plus vous notez et regardez nos vidéos, plus nous pouvons vous aider à trouver des choses qui pourront vous plaire. » Derrière cette promesse, l’entreprise peut désormais savoir quelles sont vos consommations culturelles en association avec votre numéro de carte bleue. Ainsi, de nombreux paramètres vont passer au crible pour qu'on vous ait à l'oeil : contenu des visionnages, temps passé devant un film, type de recherche effectué etc. Un fichage original qui se fait presque à votre insu, pour ceux qui se font déjà appeler les « over-the-top ». Le quotidien Le Monde rapporte que chaque semaine, 300 millions d’heures de visionnage seraient examinées par des ingénieurs de Netflix afin de mettre sur pied un système de recommandation des plus perfectionnés. Et d’ajouter qu’à force de visionner des contenus « recommandés », on pourrait en venir à lâcher notre propre recherche personnelle pour nous diriger exclusivement vers des suggestions. Les recommandations représentent-elles réellement ce que l'on souhaite voir ? Ou plutôt ce que Netflix veut que l'on visionne ? En bref, les recommandations seraient davantage une occasion loupée d’exercer notre libre-arbitre et présenteraient à terme danger d’uniformisation des visionnages. 

Le dernier rapport du Centre National du cinéma et de l'image animée (CNC) montre que les exportations de la fiction française ont atteint des records cette année. Comme quoi l’éducation aux goûts américains ne doit pas nous empêcher de poursuivre la création made in France. Dans la mondialisation, la France doit aussi jouer la carte du softpower. Pour cela encore faut-il encore qu’on laisse plus de liberté aux producteurs et aux scénaristes…  À suivre !