Ne dites plus l'UE, dites plutôt l'€U€

Article publié le 13 octobre 2011
Article publié le 13 octobre 2011
Par Bouzid Abider Vous avez aimé l'Union européenne et sa capitale, peut-être allez-vous adorer dans quelques années les Etats-Unis d'Europe parés de toutes leurs étoiles. Révolu est le temps où il était encore possible d'offrir à l'Europe un lifting à chaque crise passagère.
Les coups portés à l'Europe dans sa mécanique actuelle durant les trois années de crise ont montré les limites de cette belle machine qui a désappris à rouler et à voler au secours de ses membres affaiblis.

Cette période difficile par laquelle passe l'Union a remis sur le devant de la scène les promoteurs et défenseurs de l'idée de sa profonde transformation pour donner naissance à un ensemble politique et économique sur le modèle fédéral américain. La section française de l'Union des fédéralistes européens (UFE) a repris son bâton de pèlerin, pas pour prendre le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, mais celui de Bruxelles. Dans un communiqué datant du 15 septembre dont ont été destinataires les députés français au Parlement européen, l’UFE presse les dirigeants européens à prendre des décisions courageuses allant dans le sens d’une intégration plus poussée entre les vingt-sept pays de l’Union européenne. Elle veut que l’Europe soit transformée de fond en comble et à tous les niveaux.

Rétour à une Europe d'il y a 60 ans?

Les fédéralistes européens estiment que la situation est grave et que « le risque est fort d’un retour à une Europe des nations en conflit les unes contre les autres. » Ce qui briserait selon eux, les acquis arrachés depuis 60 ans, à l’image du marché commun, la libre circulation des personnes, la politique agricole commune, la paix, le progrès et la stabilité. L’UFE met le doigt sur les insuffisances du traité de Lisbonne qui a montré au grand jour « les défauts d’un compromis intergouvernemental, qui sont apparus encore plus évidents après la crise financière internationale. » Elle en veut pour preuve que quelque temps à peine après sa ratification, les gouvernements ont été obligés d’engager une procédure de modification limitée du traité afin de rendre pérenne le mécanisme de soutien aux pays européens submergés par leurs problèmes de dettes, et qui n’était pas prévu à l’origine dans ses textes. Ces modifications ne sont aux yeux de l’organisation paneuropéenne « ni en mesure de résoudre la question du gouvernement économique de l’Union européenne, ni appropriées pour répondre à la crise économique et sociale que traversent déjà plusieurs pays. » Ce ne sont pas les réunions périodiques des chefs d’Etat et de gouvernement avancées par le couple franco-allemand en août dernier, qui changeront les choses. Le communiqué de l’UFE revient sur les révoltes du printemps arabes pour mettre à nu l’incapacité de l’Europe à parler d’une seule voix sur la scène politique internationale. D’où la nécessité d’un saut qualitatif dans la conception de l’UE, vers un Etat fédéral : les Etas-Unis d’Europe. Ce qui ne serait d’ailleurs que retour à la source, puisque le fédéralisme est inscrit sur le marbre des textes fondateurs de l’UE et était l’idéal qui habitait ses pionniers historiques, Robert Schuman et Jean Monnet à leur tête.

Proposition d'une transition européenne en deux étapes

Au chapitre des propositions, les fédéralistes européens suggèrent une transition vers le fédéralisme en deux temps. Ils plaident en premier lieu pour une réforme du budget européen de manière à ce qu’il soit « fondé exclusivement sur les ressources propres auxquels il faudra ajouter les euro-obligations. » Il s’agira de donner à l’Europe fédérale les moyens de sa politique, de façon à pouvoir assurer à la fois les fonctions d’allocation des ressources dans les domaines clés de l’innovation, la recherche, l’énergie et l’environnement, et les fonctions de redistribution de nature à assurer la cohésion sociale. Il importe aussi de faire de l’aide au développement et les aides alimentaires une compétence exclusivement fédérale. Il y va de même tout comme la politique d’immigration qui exige une vraie politique commune. L’épisode de la partie de ping-pong entre les gouvernements italien et français au sujet des migrants tunisiens arrivés sur le sol européen suite à la chute du régime dictatorial de Ben Ali n’aurait pu avoir lieu si l’Europe disposait d’une politique claire en la matière. La seconde étape, toujours selon le schéma de l’UFE, sera de réunir sous une même chapelle les peuples et pays qui accepteraient le principe de supranationalité, sur la base d’une convention constituante où le rôle du parlement européen sera central. Les fédéralistes estiment le projet réalisable à l’horizon 2014.

photo: Alibaba0