« Imposer son veto radicalise les partenaires européens »

Article publié le 27 novembre 2006
Article publié le 27 novembre 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La Pologne va t-elle maintenir son veto au lancement des négociations sur un nouvel accord de partenariat et de coopération (APC) entre l'UE et la Russie ?

Piotr Maciej Kaczynksi, 27 ans, est chercheur au sein de l’Institut des Affaires publiques de Varsovie. Familier des affaires européennes, Kaczynksi juge que le sommet EU-Russie d'Helsinki est le moment choisi par Varsovie pour une nouvelle confrontation diplomatique avec la Russie. La Pologne refuse ainsi que l'UE entame les négociations vers un nouvel accord de coopération avec la Russie tant que cette dernière ne ratifie pas la charte européenne de l’énergie. La Russie devra aussi mettre fin à son embargo qui, depuis 2005, paralyse l’importation de certains biens alimentaires polonais.

Un sentiment anti-Russie existe-t-il en Pologne ?

Non. La Pologne a un point de vue réaliste sur la Russie et est très sensible à son intérêt propre. La Russie a tendance à traiter souvent l'Europe centrale et de l'Est comme sa cour de récréation, une attitude que la plupart des Occidentaux tolèrent. Moscou veut avoir accès au marché européen de l'énergie mais refuse d'ouvrir son propre marché énergétique aux entreprises européennes. Comme on l'a vu l'année passée [la crise du gaz avec la Géorgie], la Russie utilise son énergie à des fins politiques. Sa stratégie a en outre consisté à décider d’un embargo sur certains produits agricoles au printemps dernier.

Moscou a en outre refusé de signer des accords sur ses frontières avec la Lettonie et la Lituanie, appelant la communauté internationale à décider de mesures contre ces deux Etats –au sein des Nations unies ou du Conseil de l’Europe- que Poutine accuse de discriminer les minorités russophones. De plus, la Pologne dépend totalement de la Russie concernant son approvisionnement en pétrole et en gaz naturel. La seule garantie de recevoir une alimentation constante vient de la Russie et des intérêts qu'elle a à alimenter l'Allemagne via la Pologne. De là naît la forte opposition polonaise à la construction du gazoduc russo-allemand en mer Baltique.

Le pays a-t-il essayé de trouver d'autres sources d'énergie qu’en Russie ?

Oui. Pour le moment, la seule option envisageable est l’importation de gaz depuis la Norvège. Un terminal censé accueillir du gaz naturel liquéfié (LNG) est en cours de construction sur la côte polonaise. Concernant l'approvisionnement en pétrole, les politiques ont commencé à développer des projets avec l’Azerbaïdjan et l'Asie centrale. Le pétrole serait acheminé par le biais d'un nouvel oléoduc depuis Odessa en Ukraine et ce, jusqu'à Plock et Gdansk, en Pologne. La Pologne est à la recherche permanente de nouvelles sources de pétroles et de gaz naturel existants sur son propre territoire. De récentes découvertes en mer Baltique laissent espérer que des ressources énergétiques utilisables n'ont pas encore été découvertes.

La Pologne a refusé l'offre de la Russie de construire une bifurcation du pipeline Baltique. Est-ce un bon choix lorsque l’on connait la nature pragmatique de l'initiative ?

Construire ce gazoduc était une décision politique qui va sévèrement nuire aux intérêt nationaux de la Pologne. Il y a trois manières pour la Pologne de s'assurer un approvisionnement en énergie. D'abord : les ressources alternatives. Le problème, c'est qu'à court ou à moyen terme, elles ne sont pas utilisables. Deuxièmement, la situation actuelle montre que tout le gaz naturel qui va de la Russie à l'Allemagne passe par la Pologne. Donc, en nuisant à l'approvisionnement de la Pologne, les Russes perturbent leurs relations avec l'Allemagne. Or c’est une attitude que le Kremlin veut à tous prix éviter. La troisième solution consiste à devenir le plus gros client de Gazprom. De cette manière, la Pologne sera aussi dépendante de la compagnie pétrolière nationale que celle-ci l’est de la Russie.

La Russie ne veut pas que l’OTAN construise des bases anti-missiles [dans le cadre du déploiement de son bouclier anti-missiles] en Pologne. Que se passerait-il si le gouvernement polonais l’acceptait ?

Le gouvernement polonais encourage cette possibilité, non parce qu’elle va à l’encontre des intérêts russes mais parce qu’il veut consolider son alliance avec les Etats-Unis. Les Russes n’ont aucune raison de redouter de telles installations dans la mesure où elles ne sont pas pensées contre eux. Néanmoins, les négociations avec les Américains sont difficiles et les Polonais rechignent à certaines de leurs propositions (comme les statuts des anciens territoires). Ce qui importe pour l’instant est que les Polonais évoquent ce projet de base militaire avec les Américains mais aussi les Européens et les Russes. Côté polonais, il reste du travail à faire.

Pensez-vous que l’Union européenne ne comprend pas la Pologne ?

La Pologne n’est pas russophobe mais réaliste à propos de Moscou. Les partenaires actuels ne se font pas confiance. Aujourd’hui, Bruxelles, Washington, Varsovie et Moscou se regardent tous les uns les autres avec suspicion. Le véritable problème de la Pologne, c'est la conduite de sa politique extérieure. Il était justifié de demander le support européen à propos de l’embargo imposé par Moscou sur les produits alimentaires polonais il y a quelques mois. Mais imposer aujourd'hui son veto radicalise les partenaires européens. Le problème aurait dû être porté devant la Commission bien avant, d’autant plus que cette possibilité est part intégrante du mandat imparti à la Commission.