« Imaginer le journal intime de hauts dirigeants, il ne faut pas rêver ! »

Article publié le 12 juin 2006
Article publié le 12 juin 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Blogs et démocratie font-ils bon ménage ? Pour Eric Legale, spécialiste des nouvelles technologies, l'administration en ligne ou la réduction de la fracture numérique sont les défis de demain.

Eric Legale est directeur de la société Issy Média qui gère la communication de la ville d’Issy-les-Moulineaux en région parisienne. Le site web de la ville, pionnière en matière de nouvelles technologies, a été distingué en février 2006 comme l’un meilleurs portails mondiaux de e-gouvernement par les Nations unies. Issy accueille également chaque année le Forum mondial de la démocratie électronique -ou 'e-democratie'-.

Entre 6 et 7 millions de Français auraient créé leur blog ces derniers mois et la blogosphère hexagonale est en tête des pays européens. Comment expliquer cet engouement ?

Ces chiffres sont à relativiser : la majorité de ces blogs sont des journaux intimes d’adolescents. Toutefois, il est vrai que la blogosphère politique a décollé à la suite de la campagne sur le référendum constitutionnel européen. Les dirigeants sont confrontés à une véritable crise de confiance. D’un côté, les citoyens demandent à être plus écoutés, de l’autre, les élus ont perdu de leur représentativité. Face au développement de ces blogs, on assiste à la création d’une démocratie réellement participative, entre dialogue et débats. Au risque de voir apparaître une démocratie d’opinion.

Blogs, débats on-line ou podcasts sont-ils un remède à la technocratie, notamment bruxelloise ?

On peut l’espérer. Aujourd’hui les gens sont mieux informés mais ont besoin d’entretenir un vrai contact avec leurs élus. Le fait que des personnalités européennes comme Margot Wallström tiennent un blog, acceptent de faire part de leurs sentiments et de répondre aux commentaires des internautes est déjà un point positif. De là à imaginer le journal intime de hauts dirigeants, il ne faut pas rêver ! Simplifier la relation entre le citoyen, désormais consommateur, et les institutions est devenu une nécessité vitale.

Qu’est-ce que la e-démocratie ?

Tous les outils d’une démocratie participative, modernisés par la technologie [comme le vote en ligne ou l’administration électronique]. La e-démocratie répond à trois objectifs : plus de transparence, une consultation accrue des citoyens et la lutte contre la fracture numérique. La Suisse et l’Estonie sont des pays très avancés en la matière. Les Estoniens disposent tous d’une carte d’identité électronique et ont testé le cyber-vote en novembre dernier pour leurs élections municipales. Si cette première expérimentation n’a pas eu le succès escompté, il témoigne d’une vraie volonté politique. Dans ce pays balte, les Conseil des ministres sont numériques. Mais les choses en France sont longues à mettre en place et nous manquons encore des garanties sécuritaires. En outre, il existe un problème de génération : peu d’hommes politiques sont convaincus par les nouvelles technologies. Toutefois, en 2007, les ressortissants français à l’étranger pourront voter par Internet pour les présidentielles : une première !

La e-démocratie peut-elle vaincre la désaffection politique ? Certains parlent de « techno-utopie »…

Il n’y a pas de recette miracle : le vote par Internet ne va pas régler le problème du désintérêt politique. Si l’on peut adresser aux jeunes un message de modernité et aider à recréer un climat de confiance, alors c’est un pas en avant. Se contenter de dire que les gens se fichent de la politique, signifie que la démocratie est sérieusement en crise. Les hommes politiques doivent anticiper l’avenir. A ce titre, Internet est un outil comme a pu l’être la télévision dans les années 60.

Une étude Eurostat de novembre 2005 pointe une réelle fracture numérique en Europe : entre jeunes et vieux, entre diplômés et non diplômés…

Il est indéniable que ces nouvelles technologies laissent de côté une frange de la population, de plus en plus minoritaire cela dit. Toutefois, on ne peut pas attendre que tout le monde soit connecté pour avancer. Comme en Belgique, il faut généraliser les initiatives qui proposent des réductions d’impôts pour l’achat d’un ordinateur avec connection Internet, voire aider financièrement les familles à s’équiper. Pour accompagner les personnes âgées dans l'informatique nous avons par exemple lancé des cyber-salons de thé à Issy.

Que pensez-vous du projet « i-2010 » qui devrait être voté à l’été 2006 par le Parlement européen ?

On y trouve beaucoup de bonnes intentions et les objectifs semblent ambitieux : moderniser les administrations des Etats membres. Outre la e-démocratie, deux mesures principales sont envisagées : la généralisation de la facturation électronique et des marchés publics en ligne qui devraient permettre d’économiser 300 milliards d’euros par an. Mais comment Bruxelles va t-elle réussir à inciter les 25 ? Je crois que les pays de l’Est ont un rôle de locomotive à jouer parce qu’ils sont moins englués dans les traditions administratives : cette nouvelle Europe a une capacité d’innovation et une volonté de progression très fortes.