« Il reste des obstacles majeurs à la tenue d'élections libres et justes »

Article publié le 7 novembre 2005
Article publié le 7 novembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Ali Kerimli est le très médiatique chef de file du Parti du front populaire d'Azerbaïdjan (PFPA), l’aile réformatrice de l’opposition azérie. A quelques heures des élections législatives, il affirme que malgré les difficultés, il est encore permis de croire à un changement.

Ali Kerimli mène campagne pour une réforme politique de l’Azerbaïdjan depuis qu'il est étudiant. A l’époque, il avait lancé le mouvement Yurd (terre natale), qui se retrouva vite membre actif du Front populaire d’Azerbaïdjan. Quelques années plus tard, Kerimli, par ailleurs député de la République d'Azerbaïdjan, prend la tête de cette même coalition qui accuse aujourd'hui le gouvernement en place de fraudes électorales lors des législatives du 6 novembre dernier.

Quel est le problème principal de ces élections du 6 novembre ?

La composition du bureau central des élections reste un obstacle significatif à la tenue d’élections libres et justes. En effet, les présidents des cinq principaux comités du pays sont tous membres du parti actuellement au pouvoir. Une raison pour laquelle les élections présidentielles de 2003 ainsi que les élections locales de 2004 n’étaient ni justes, ni démocratiques. L’accès aux listes électorales est restreint et nous n’avons aucun moyen de contrôler les doubles ou multiples inscriptions. Dans le passé, des électeurs connus pour appartenir à l’opposition n’apparaissaient même pas sur les listes. La mission d’observation électorale de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a émis un rapport particulièrement alarmant sur la manière dont se déroulent les élections et a recommandé de nombreuses mesures pour que la situation s'améliore. Toutefois, les autorités n'étant pas d'accord avec la plupart de ces conclusions, elles n'ont mis en œuvre que peu de recommandations.

Comment l'opposition réagit-elle face à l'impossibilité de réformer le pays ?

Les partis d'opposition sont très actifs. Ils organisent de nombreux meetings et utilisent le porte-à-porte pour expliquer notre programme politique. Le fait que l'opposition soit unie est un grand pas en avant. A présent, nous formons une coalition et nous aurons un candidat par circonscription. Toutefois, Ali Hasanov, vice-Premier ministre, a décidé que l'opposition pouvait uniquement organiser des manifestations aux endroits spécifiquement attribués par la mairie. En réalité, nous sommes systématiquement envoyés vers les coins les plus reculés de la ville, ce qui diminue nos chances de rencontrer des électeurs potentiels. Durant nos meetings d'octobre, le gouvernement a essayé d'intimider les participants et a même utilisé la force contre nos supporters : près de 200 personnes ont été arrêtées et blessées. Ces dernières semaines, les autorités ont menacé d'utiliser la force pour empêcher les groupes d'opposition d'organiser ce qu'elles appellent « des actes de provocation » contre le pouvoir en place pendant les dernières semaines des élections. Ce n'est pas une interdiction illégale qui arrêtera notre combat en faveur d'une campagne démocratique.

Comment l'Union européenne peut-elle influer sur cette dynamique de réforme ?

L'adhésion de l'Azerbaïdjan à la Politique européenne de Voisinage (PEV) conduite par la Commission représente un moteur important dans la mise en place de réformes. Je suis convaincu que l'avenir de l'Azerbaïdjan repose sur l'Europe. On m'a souvent accusé de représenter les intérêts de l'Occident au détriment de ceux de mon pays, mais je suis persuadé que notre avenir n'existe qu'en tant que nation européenne. Les 25 doivent continuer à intervenir autant que nécessaire auprès de notre gouvernement pour que soient mises en œuvre des réformes juridiques et institutionnelles, particulièrement dans le domaine des droits de l'homme et de la liberté de réunion.

Quel rôle jouent les jeunes dans la politique du pays ?

Ils participent activement à la politique nationale. Toutefois, suite au rôle décisif joué par les jeunes pendant les événements d'Ukraine et de Géorgie [notamment lors des révolutions tranquilles], le gouvernement se méfie. Récemment, Ruslan Bashirli, chef de file d'une organisation de jeunes, New Ida, a été arrêté pour avoir comploté le renversement des dirigeants de l'Azerbaïdjan, à l’instigation d'agents secrets arméniens. Un autre membre de ce groupe, Sarvan Sarhanov, a été convoqué à un interrogatoire où il a reçu des coups sur le visage pour avoir refusé de livrer un faux témoignage. Ces arrestations s'inscrivent dans le cadre d'un plan gouvernemental destiné à intimider les opposants. Le but est d'attirer artificiellement notre attention sur d'autres sujets, afin de nous écarter de la lutte en faveur d'élections libres et justes. Mais ces provocations, ces attaques, ces campagnes psychologiques et ces tentatives de chantage ne réussiront pas à nous détourner du combat.

Quelle est la situation des médias en Azerbaïdjan ?

Toutes les chaînes de télévision sont contrôlées par le gouvernement. Seule une chaîne a suivi la voie de l'impartialité. Maintenant, elle est soumise à une pression énorme et la station de radio qu'elle possédait a été forcée d'arrêter son activité. Il existe une chaîne à l'étranger qui soutient l'opposition, mais le gouvernement a pris soin d'éviter toute transmission à l'intérieur du pays. Une forte intimidation de la part du gouvernement dissuade les journalistes d’émettre toute critique. Ils font l'objet de nombreux mauvais traitements, menaces et attaques et la situation devient inquiétante. Un journaliste [Elmar Huseynov] a été tué il y a 7 mois. Il était rédacteur en chef d'un magazine hebdomadaire [Monitor]. Tout le monde rejette la responsabilité sur le gouvernement mais aucune enquête n'a été effectuée. De plus, deux autres journalistes ont été gravement blessés le 9 octobre. Nous attendons de la communauté internationale qu'elle fasse pression sur le gouvernement pour qu'il cesse d'utiliser la force contre son propre peuple. L'évolution observée en Géorgie et en Ukraine a redonné courage et espoir aux citoyens pour un avenir meilleur.