Natalia de Molina : étoile filante du cinéma européen

Article publié le 18 février 2015
Article publié le 18 février 2015

Dans Vivir es fácil con los ojos cerrados (2013), la relève du cinéma espagnol Natalia de Molina incarne une jeune femme enceinte à l'époque du régime de Franco. Avec ce premier film, elle a aussitôt remporté de nombreux prix cinématographiques - parmi lesquels le Goya 2014. Excusez du peu.

Espagne, 1966 : Franco est au pouvoir. La pensée impériale prédomine, on vénère l'Église catholique, la valeur de la famille joue un rôle conséquent et l'égalité des sexes a encore du chemin à parcourir. Belén, incarnée par la jeune actrice Natalia de Molina, est jeune, enceinte et célibataire. Par son comportement et sa situation, elle est en évidente contradiction avec la société espagnole.

Le film de David Trueba, Vivir es fácil con los ojos cerrados (Vivre est facile avec les yeux fermés, ndt) raconte l'histoire du professeur Antonio, grand fan des Beatles. En apprenant que son idole John Lennon tourne un film à Almería, il décide d'aller là-bas. Sur sa route, il rencontre Juanjo, qui fuit un père autoritaire, et Belén, enceinte. Le trio va faire un bout de chemin ensemble. Natalia de Molina a été cette année élue European Shooting Star (récompense décernée à de jeunes acteurs/actrices au cours dela Berlinale) pour son excellente interprétation de Belén. Nous l'avons rencontrée en marge du festival.

Cafébabel : Tu as déjà remporté le Goya espagnol pour Vivir es fácil con los ojos cerrados. Comment se sent-on quand on obtient également le Prix berlinois de European Shooting Star ? 

Natalia de Molina : C'est un peu déconcertant, mais merveilleux - quelque chose dont je n'aurais jamais rêvé pour mon premier film. Je ne sais pas ce qu'il va se passer après les Shooting Stars. Je profite simplement de l'instant présent et j'espère que j'aurai ensuite la chance de faire des films dans d'autres pays - pas seulement en Espagne.

Cafébabel : Quels défis as-tu eu à relever pour ton rôle de Belén ?

Natalia de Molina : C'était d'abord mon tout premier film. D'autre part, son caractère a quelque chose de très particulier : Belén est une fille qui vit dans les années soixante, célibataire et enceinte par-dessus le marché. Parallèlement à cela, elle se développe et la fille devient une femme. Elle est en quelque sorte fragile, mais ensuite incroyablement forte.

Bande-annonce : Vivir es fácil con los ojos cerrados (2013)

Cafébabel : Comment t'es-tu préparée pour ton rôle ?

Natalia de Molina : J'ai fait des recherches sur Internet et regardé beaucoup de documentaires sur la société espagnole des années soixante sous la dictature de Franco. Évidemment, la société d'autrefois n'est pas la même qu'aujourd'hui. J'ai alors dû trouver comment c'était, être une fille de son temps - surtout en tant que célibataire enceinte. J'en ai beaucoup parlé avec ma mère, car elle était jeune à cette époque. Mais aussi avec le réalisateur David Trueba. Il m'a dit que je devais regarder le film Loves of a blond. Le personnage principal ressemble beaucoup à Belén de par sa personnalité. Elle est elle aussi une fille qui devient adulte. Je suis aussi allée à la Puerta del Sol à Madrid (une place centrale de la ville, ndt) pour y observer les gens dans la rue. Et j'ai effectivement vu une fille qui avait une démarche particulière. J'ai adopté son style pour Belén. Dès que je l'ai vue, j'ai su que Belén marcherait de la même façon. Je tiens aussi une sorte de journal, dans lequel j'écris ce genre de choses. Par exemple la manière dont l'homme boit là-bas. Je regarde les détails et les couche sur le papier. Et peut-être que je pourrai les utiliser un jour pour un rôle.

Cafébabel : As-tu un modèle pour ta carrière d'actrice ?

Natalia de Molina : Mon actrice préférée est Gena Rowland. Elle a part ailleurs tourné la plupart du temps avec son mari John Cassavetes. À chaque fois que je vois un de ses films, j'apprends quelque chose de nouveau. J'aimerais tellement être une actrice comme Gena Rowland. C'est vraiment mon actrice préférée et la meilleure du monde. Et puis il y a évidemment Marilyn Monroe. C'était une femme fragile, souvent sous-estimée, mais elle avait tout simplement le X Factor (le petit truc en plus, ndlr).

Cafébabel : Avec quel réalisateur aimerais-tu travailler ?

Natalia de Molina : Luc Besson – parce que ses personnages féminins sont toujours très forts. Ce serait un challenge. Un jour, j'aurai un rôle chez Luc Besson - c'est un vrai défi. Quand je lis un script et que je vois qu'un des personnages est fort, j'en aime aussi sa part délicate. Je cherche toujours à voir ce que l'on ne voit pas au premier coup d'oeil, ce qu'il y a à l'intérieur. J'aime les conflits internes.

Cafébabel : À quoi ressemblent tes projets d'avenir ?

Natalia de Molina : J'aimerais travailler avec un réalisateur inconnu parce que je pense qu'il y a beaucoup de gens très talentueux - des réalisateurs, des acteurs, des scénaristes. Ils sont pour le moment inconnus mais feront un jour partie des meilleurs artistes du monde. En Espagne, j'aime par exemple Carlos Vermut. C'est un nouveau réalisateur et j'aime la manière dont il fait son job et ses films. Ah, il y a tant de réalisateurs talentueux avec qui j'aimerais travailler. Je sais que c'est impossible mais j'essaierai.

Cafébabel à la 65ème Berlinale

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