Mutilations sexuelles et ordre moral (problématique et concepts de base de la lutte contre les mutilations sexuelles)

Article publié le 9 août 2013
Publié par la communauté
Article publié le 9 août 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Mutilations sexuelles, parlons-en !

"Ce n'est pas la peine de dire                               "Ce postulat : parents, savoir, pouvoir,

"Que les enfants nous ressemblent,                    "Et cette dictature sournoise

"Qu'ils ont les mêmes cicatrices                           "Qui les éloigne de leur beauté initiale… "

"Et qu'ils naissent avec la violence.

"Ca nous arrange bien de dire ça,                        "Quand tu étais petit, souviens-toi de ces marques,

"Ca nous aide à les éduquer                                 "On t'apprenait déjà que jouir, c'était le diable."

"A notre image,…"                                                                                                            Morice Bénin

I - Qui et pourquoi ?

(l'agent des mutilations sexuelles : l'ordre moral – l'initiation, c'est la sujétion)

"Ce commandement n'a pas été institué pour corriger une déficience "congénitale mais une déficience morale." Maïmonide

"Le sexe de (l'enfant) apparaît bien comme un enjeu de possession, un "symbole de soumission." d'après Simone Veil

            Le philosophe juif Maïmonide a attribué la circoncision à un ordre moral qui, sous couvert de religion ou tradition, prétend fabriquer des surhommes. Il s'agit très précisément d'un eugénisme moral qui décrète immorale non seulement l'autosexualité mais aussi son organe spécifique. Nous sommes en pleine aberration puisque, à supposer l'autosexualité immorale, seul l'usage de l'organe mais pas l'organe lui-même serait immoral. En réalité, en instaurant au sein de la famille la torture barbare d'une mutilation qui menace de castration, vécue par l'enfant comme une trahison, cet ordre tyrannique tente de dominer l'enfant, comme l'adulte, au nom du "Tais-toi, c'est pour ton bien." Semblablement, à la fin du 19ème siècle, l'excision et la circoncision furent introduites dans le monde anglo-saxon pour prévenir l'autosexualité. Mais en 1950, à la suite d'un article alarmant du Dr Gairdner, la médecine anglaise abandonna la circoncision du jour au lendemain. En 2010, l'Association médicale royale néerlandaise a pris une position catégorique contre la circoncision non-thérapeutique au motif que, sans nécessité et au prix de complications physiques et psychologiques parfois sérieuses, elle viole le droit de l'enfant à l'intégrité physique. En 2006 un tribunal finlandais, puis en 2012 un tribunal allemand, ont jugé la circoncision illégale. Mais dès 1985, Marilyn MiIos et les participants au premier symposium de NOCIRC, suivis par Alice Miller[1] en 1990, ont dénoncé les mutilations sexuelles des deux sexes comme l'un des plus grands crimes contre l'humanité.

La répression verbale s'ajoute à ces atroces tortures. Assimilant le plaisir au vice, elle interdit la sexualité dite, bien à la légère, infantile et la sexualité avant le mariage. Cela opère une mutilation mentale seule présente dans le reste du monde. Cette mutilation psycho-sexuelle asservit semblablement l'individu au puritanisme hypocrite. Peut-être moins irréversible, la mutilation des esprits par la parole est aussi redoutable que les excisions physiques ; elle a le même but de rendre l'individu docile en le traumatisant par mise sous terreur inconsciente. Sous menace de perte de l'amour, et donc d'exclusion, un décret stupide fait de l’autosexualité le péché originel. Il est féroce et dangereux parce que c'est un mensonge à la fois parental et sociétal. Opérant par imprégnation dès le plus jeune âge, c'est un véritable tabou, difficile à extirper des consciences.

II – Comment ?

(les mutilations sexuelles : comble de la répression de la sexualité infantile)

"Le soir, avant de se coucher, elles devaient toutes se mas…..r, pour bien savoir ce qu’elles al-"laient perdre,… " Gérard Zwang. Préface de "Le drame de l'excision" (Dore-Miloch L.)

"Ne jetez pas votre semence parmi les épines. Tâchez de vous circoncire." (Jérémie, 4 : 3-4)

Freud s'est élevé contre ce tabou universel. La découverte de l'autosexualité du fœtus par l'échographie lui apporte un puissant soutien mais on continue à mépriser l'autosexualité. Imaginez un être qui l'a librement pratiquée dans le ventre de sa mère : vous-même. Voici qu'à la sortie de cet éden, alors que vous prenez votre bain, on vous fait soudainement les gros yeux en disant sévèrement : "Pourquoi est-ce que c'est comme ça ? Tu y as touché ?", comme si cela avait été préalablement interdit. Supposer connu et normal un interdit jamais encore proféré n'est-il pas un comble de répression ? Par-dessus le marché, tout le monde autour de vous condamne la nudité et déprécie votre acte d'amour de vous-même en le désignant par des termes réprobateurs. La racine stupratio du plus courant, désigne le trouble (cf. per-turbation) et renvoie à "stupre" et "turpitude". "Autosexualité" doit remplacer le terme odieux inventé par des célibataires religieux, culpabilisés et prétendument chastes mais se révélant bien souvent pédophiles. Il est illusoire de vouloir lutter contre les crimes sexuels sans reconnaître que l’autosexualité n'est pas de la débauche mais une activité naturelle.

Les découvertes de la psychanalyse – d'une part la sexualité infantile et l'inconscient, d'autre part les traumatismes infantiles et leurs ravages (cf. Freud et Alice Miller) – s'élèvent contre ces abus. La violence dans l'éducation, plutôt que les soins tendres, a un résultat catastrophique : elle génère névrose, psychose et perversion, violence, dépression et addictions. L'enfant perçoit en effet la répression de la sexualité infantile comme une menace de mort par perte de l'amour et donc abandon. Mettant le plaisir hors la loi, cette menace s'oppose à la résolution du complexe d'Œdipe : l'adhésion à la loi. Aussi est-elle susceptible de bloquer son développement. Les perversions, notamment la pédophilie, sœur jumelle de l'homophilie (Bergeret parle d’homoérotisme - Psychologie pathologique. Paris : Masson ; 2008), et le viol, sont la conséquence directe de l'hypocrite réprobation publique de ce que chacun fait allègrement en privé. Seuls les séducteurs, les violeurs et les pédophiles se "masturbent", dans leurs victimes, leur accordant le même mépris que celui qu'ils ont subi dans leur sexualité d'enfants. Ils n'auront plus ce besoin lorsque l’autosexualité sera socialement acceptée. Des études transculturelles de l'anthropologie américaine (cf. James Prescott – violence.de) ont, avec une corrélation statistique absolue, vérifié sur des populations entières les observations des psychanalystes. Elles constatent que la douleur est inhibée par le plaisir, et réciproquement, et que la violence est conséquence de la carence de tendresse dans l'enfance et de l'interdiction de la sexualité prémaritale.

Blessant la dignité humaine d'une façon typique de l'ordre moral (violation de l'intimité), les rituels obsessionnels sexuels perpétrés sur les enfants : mutilations sexuelles, perçage des oreilles (une défloration symbolique), etc., sont un comble de cette répression. Dénuder quelqu'un pour lui mutiler le sexe est une humiliation révoltante.

Et voici que toute une frange de la jeunesse s'insurge inconsciemment contre la répression de l’autosexualité en réalisant volontairement sur elle-même une caricature de ces marquages : tatouages, perçages, etc. L'ornement symbolisant l'organe sexuel, ces automutilations provocatrices sont une rébellion inconsciente contre un interdit de l’autosexualité particulièrement sévère dans certaines familles.

III – Quoi ? (une définition)

La préservation du clitoris et du prépuce se fonde sur six faits qui illustrent leur caractère essentiel à la vie.

Premier fait : les mineurs. Les mutilations sexuelles visent le plus souvent les mineurs. Mais à lutter contre les seules mutilations féminines, les féministes occidentales, à l'avant-garde du combat, en font une affaire de genre et une joute entre les deux sexes. Elles reprochent aux hommes d'imposer l'excision aux femmes, qui la réalisent pourtant, et accusent les non sexistes d'amalgamer excision et circoncision. Ce faisant, elles oublient que les papas qui, certes, financent l'excision, ont eux-mêmes été circoncis avec la complicité de leur propre maman, si bien que l’excision n’est que la partie la plus scandaleuse de l’iceberg des mutilations sexuelles. Au lieu d'aborder ces dernières dans une optique dynamique, transgénérationnelle, plutôt que statique, elles amalgament violence contre les adultes et violence contre les mineurs. Mais la guerre des sexes est une guerre d' "adultes ignorant l'enfant en eux-mêmes" (Maud Mannoni), et la guerre des générations, c'est la guerre aux enfants ; pour éviter toute résistance, on pratique maintenant l'excision à la naissance, et à l'hôpital malgré l'interdit de l'OMS. Avec Mme Albagly (directrice de la DDASS du Rhône – Colloque MSF du 26.02.07 à Lyon), nous affirmons : "Le droit au respect de l'intégrité physique de tous les enfants n'est pas négociable."

Deuxième fait : sexuelles. Les organes spécifiques de l’autosexualité (clitoris et prépuce) ne sont pas des organes génitaux mais des organes de pur plaisir sexuel, sans aucune autre fonction pour le clitoris et l'excision n'empêche pas la reproduction.

Troisième fait : la mutilation physique. Pour 80% de la population mondiale qui jouissent de ces organes, le plaisir particulier, éventuellement extrême, qu'ils procurent, est indiscutable. L'excision diminue, supprime ou transforme le plaisir en douleur. La destruction du plaisir clitoridien entraînant souvent celle du plaisir vaginal, les deux tiers des excisées sont frigides. Chez l'homme, la perte est limitée à celle du plaisir préputial, non négligeable. De récentes découvertes anatomiques apportent un fondement scientifique à cette affirmation empirique. En 1996, John Taylor a mis l'accent sur la fonction d'exquise mécanique érogène de l'extrémité de la lèvre préputiale. Cette découverte met fin à la fable selon laquelle la paupière protégeant l'érogénéité du gland, mini-vagin de l'homme dans l’autosexualité, ne serait pas un organe. N'ayant pas reçu le prix Nobel qu'elle mérite, elle reste ignorée bien qu'expérimentalement confirmée par l'enquête de sensibilité de Sorrells. Enfin, la troisième fonction sexuelle du prépuce, celle de coussinet mobile réducteur de friction dans le coït, a aussi été mise en lumière. Elle explique pourquoi les africaines aux partenaires circoncis sont beaucoup plus touchées par le SIDA. Plusieurs enquêtes ont montré que la circoncision est sans influence significative sur la transmission des IST, sauf, mais à moyen terme seulement, le SIDA. La bioéthique interdisant la mutilation préventive, la circoncision ne peut être pratiquée sans motif médical sérieux, sur les mineurs comme sur les adultes.

Quatrième fait : le traumatisme psychique. Mis en lumière par Freud, les traumatismes portant sur la sexualité infantile provoquent la formation de l'inconscient et sont la cause profonde des maladies mentales. Portant atteinte à l'image du corps, la castration des organes de l’autosexualité a de fortes répercussions émotionnelles et crée un grave traumatisme, le plus souvent inconscient. L’autosexualité, la toute première sexualité, la plus naturelle, inoffensive et innocente, est lourdement culpabilisée. La circoncision menace en effet le garçon de castration totale. Mais, et même dans les cultures non exciseuses, les filles aussi souffrent inconsciemment de la menace associée à la circoncision. En effet, si l'on détruit le fourreau du gland, que va-t-il alors arriver au clitoris, un si petit organe ? Il suffit d'ailleurs d'une menace symbolique et l'on substitue parfois à l'excision le passage d'un couteau au-dessus du corps de l'enfant. Cette sinistre mise en scène signe la présence de la menace de mort dans toutes mutilations sexuelles.

Cinquième fait : la prise de possession de l'individu par le groupe au moyen d'une violence terroriste. Le sacrifice humain d'une partie du corps met en œuvre un puissant mécanisme psychologique d'asservissement. Car pour l'inconscient comme pour la pensée fétichiste, primitive ou infantile, la partie vaut pour le tout (cf. les abus du vaudou qui, après l'interdiction des mutilations sexuelles par les esclavagistes, "possède" ses victimes jusqu'à les forcer à la prostitution au moyen d'une simple mèche de cheveux coupée). Fondés sur un illusoire savoir adulte, ces abus de pouvoir impliquent une inacceptable possessivité : "Je sais, donc j'ai le droit de disposer de ton corps."

Sixième fait : discrimination et ségrégation. Effectuées pour garantir une prétendue supériorité morale, les mutilations sexuelles isolent l'ethnie par un racisme artificiel, le plus souvent dans le but de favoriser l'endogamie et la possession des femmes. Elles sont aussi une mesure d'asservissement par exclusion des opposants.

Les rituels de mutilation sexuelle visent à soumettre la personne humaine par la terreur. Méthodes barbares d'interdiction de la sexualité infantile, ces marquages possessoires exercent une emprise perverse du groupe sur l'individu encore mineur pour le forcer au travail, à la reproduction et à la guerre. Elles humilient en condamnant le plaisir personnel par la castration de ses organes spécifiques. Elles rendent l’autosexualité douloureuse pour les femmes et l'appauvrissent sévèrement pour les hommes. La douleur atroce, la terreur de l'opération et le rappel permanent des menaces de castration, d'exclusion et de mort associées traumatisent profondément, le plus souvent inconsciemment. Elles sont ainsi l'une des plus odieuses techniques d'asservissement et d'exploitation de l'individu. Prétendant socialiser en garantissant la valeur morale au prix de détruire l'identité humaine dans sa partie la plus intime, leur illusoire supériorité discrimine et ségrégue étrangers et opposants par un racisme artificiel.

IV - Les conséquences : exclusion, ségrégation, discrimination, racisme et violence

      "Un incirconcis n'est pas un homme." (dicton africain)

1) L'exclusion des opposants

Le dicton africain implique le rejet des opposants, considérés comme mineurs, débauchés et lâches, et la sanction systématique de l'absence de mutilation est l'exclusion de la communauté. Ce châtiment révèle les caractères profonds de la pratique : élitisme et sentiment de supériorité (permettant à l'handicapé sexuel de lutter contre la dépression), exclusion, barrière au mariage hors du groupe (grand souci des racistes), et enfin interdiction d'enterrer les intacts dans les cimetières communautaires, voire sur le territoire national (Arabie Saoudite), sauf circoncision posthume (Juifs).

2) L'exclusion des autres groupes ethniques

Un signe particulier ne peut fonder l'identité. C'est une fausse identité, une identité d'aliénation collective par auto-exclusion. Censées procurer une supériorité morale, physique et même sexuelle, ces mutilations sectaires séparent le groupe de l'humanité. Anti-sexuelles, antidémocratiques et culturalo-racistes, elles discriminent les groupes voisins.

Or l'exclusion appelle la haine ; Spinoza et Freud ont dénoncé la circoncision comme source de haine de la part des peuples voisins. En effet, du point de vue de l'inconscient, c'est une menace de castration, et donc une menace de mort et, par addition, une menace d'extermination collective. Gravissime psychose collective (un syndrome de Münchhausen par procuration transgénérationnel et collectif) qui traite l'enfant comme un objet, les mutilations sexuelles génèrent une violence particulièrement élevée. Sur les vingt-deux génocides des temps modernes : musulmans circassiens (1860), congolais (1870), héréros (1904-07), grecs (1914-18), assyriens (1914-25), arméniens (1915), serbes (41-45), juifs (1942-45), tziganes (1942-45), tchéchènes (1944), biafrais (1966-68), guinéens (1968-79), bengalis (1971), hutus (1972), habitants de Bornéo-Est (1975-79), kurdes (1988-89), tutsis (1993), bengalis (1990-2000), bosniens (1991-95), habitants du Darfour (2003), kurdes d'Irak (2005), Rohinghyas (2012), dix-neuf (86%) ont impliqué des peuples circoncis d'un côté au moins et quatre des deux côtés. Les circoncis en ont perpétré douze, dont huit contre des intacts. Force est de constater la grande étroitesse du lien entre circoncision et génocide. A une exception près (Sri Lanka), toutes les guerres entre 1996 et 2002 impliquaient au moins un pays circonciseur et elles furent plus de trois fois plus nombreuses dans les pays circonciseurs. La peine de mort y est deux fois plus répandue. Ils sont les seuls à pratiquer l'excision. En Norvège, entre 2006 et 2010, deux pour cent de circoncis commirent cent pour cent des viols. Le Congo circoncis détient le record du monde du viol : 400 000 sur une période d'un an. Les mutilations sexuelles séparent l'enfant de la mère par la violence à l'âge de l'attachement. C'est monstrueux, le résultat est catastrophique ; la circoncision est le terreau du sexisme, de la paranoïa (réciproque), du fanatisme et du terrorisme de groupe ou d'état, elle fait l'équilibre de la terreur et la fortune des marchands de canon.

            Plus fascistes que le fascisme, les mutilations sexuelles sont insupportables aux fascistes. Mais les démocrates ne peuvent les tolérer. Prenant pour alibi les festivités du folklore, ces ordalies imposées par l'élite militaire et religieuse n'accueillent pas l'enfant dans une société régulée par la différence des sexes ; elles socialisent ou affilient par le  traumatisme d'une initiation militaire barbare qui enrôle pour la guerre. Elles sont ainsi encouragées par les régimes tyranniques qui s'en servent d'initiation à la violence et de signe de ralliement. Le signe communautaire est toujours un appel au nationalisme, un signe de guerre, de possession de l'individu et d'exclusion des étrangers. Echarpe, voile, burka, kippah, tatouages, repassage des seins, obésité forcée, lèvres buccales ou vulvaires étirées, scarifications, dents cassées, pieds bandés, clitoris, prépuces, luettes et freins de langue coupés, peine de mort, aux armes et cetera…, l'escalade des techniques de manipulation des esprits par la mutilation et le marquage des corps, les pires instruments de la guerre des générations – canalise les besoins humains au service des intérêts des classes dominantes.

3) L'atteinte à l'espèce humaine et la discrimination des autres ethnies

"Mais une personne privée ne peut pratiquer une telle ablation (mutilation d'un membre), même "avec le consentement du patient ; ce serait commettre une injustice envers la société, à la-"quelle l'homme appartient avec tous ses membres." Saint Thomas d'Aquin

La motivation du père de l'Eglise est similaire à celle du dixième principe de la Déclaration universelle des droits de l'enfant des Nations Unies :

"L'enfant doit être protégé contre les pratiques qui peuvent pousser à la discrimination raciale, à "la discrimination religieuse ou à toute autre forme de discrimination."

Les mutilations sexuelles ne sont pas à proprement parler racistes mais elles visent à fabriquer des surhommes par une modification de l'espèce humaine. Les peuples qui se taillent une identité au couteau sur le corps de leurs enfants offensent le reste de l'humanité. Car fonder une identité collective sur une atteinte à celle de l'espèce n'est pas seulement dégradant en soi, c'est aussi discriminatoire. Ainsi, les trois superstitions ou rumeurs liées à la circoncision : supériorité morale (vertu, chasteté, fidélité, pureté, spiritualité), supériorité hygiénique et supériorité sexuelle, visent particulièrement à convaincre les jeunes femmes pour favoriser l'endogamie. La chose est encore plus évidente pour l'excision. Une prétendue supériorité par différenciation artificielle est discriminatoire. C'est du racisme à la puissance deux, plus raciste que le racisme ordinaire : du néo-Gobineau mis en acte par Mengele. Un comble est atteint dans le chapitre 17 de la Genèse où ce racisme prend la dimension d'un droit divin qui, sous condition d'acceptation de la circoncision, promet à Abraham l'hégémonie :

"… tu seras le père d'une multitude de nations… " (Genèse : 17 : 4)

Comme les mutilations sexuelles reposent sur d'antiques coutumes et sont commises en amour et sans intention de nuire, le seul moyen de les pénaliser est de dénoncer la volonté de discrimination et ségrégation, sous menace d'exclusion des opposants, de ce crime contre l'humanité.

Conclusion

L'absence de signe biologique de passage à l'âge adulte ne permet pas d'en instaurer comme témoin la destruction des organes spécifiques de l’autosexualité. Tout au contraire, la seule initiation, c'est l'autosexualité (auto-initiation) et certainement pas son interdit. La grande fonction des mutilations sexuelles est de donner droit au mariage en certifiant un passage à l'âge adulte accompli dans la soumission à l'ordre établi. C'est un faux certificat. On peut craindre au contraire que nombre de mutilés ne parviennent pas à la véritable maturité, caractérisée par la reconnaissance profonde de la différence des sexes et un désir vrai de l'autre sexe, acquisition permettant seule l'accès des peuples à une démocratie réelle par la reconnaissance du pouvoir des femmes. Tant que prévaudront la répression de l'autosexualité et le sexisme qui dresse un genre contre l'autre au lieu de les rassembler dans la défense des tout petits, elles ne pourront être éradiquées.

Si la lutte contre la circoncision est en bonne voie aux Etats-Unis où le taux de circoncision est tombé de 90 à 54%, celle contre l'excision meurtrière (5 à 15% de décès immédiats, 20% à l'accouchement) ne progresse qu'au compte-gouttes et dans un paradoxe scandaleux, sa médicalisation au sud de la Méditerranée est suivie de sa restauration au nord. Cela parce qu'on s'attaque aux symptômes sans prendre le mal à la racine : la culpabilité et la culpabilisation de l’autosexualité, si bien qu'on ne s'en prend pas à la circoncision, ce qui apporterait au combat un réel efficace. La recommandation d' "abstinence" dans la prévention du SIDA montre que l’autosexualité est considérée comme une conduite infantile ou débauchée. On semble ignorer que tout être humain est un enfant qui prend de l'âge et que celui qui est incapable de régresser ne peut pas non plus progresser. Les mutilations sexuelles ruinent le droit fondamental de 830 millions de personnes. Ne s'attaquer qu'à l'excision, c'est négliger 85% des victimes.

Vu leur âge, les mutilations sexuelles sont le seul crime contre l'humanité dont personne ne se plaint. Irréversibles, elles nuisent à toute la population, en particulier aux enfants, aux adolescents, aux couples momentanément séparés, divorcés ou à besoins sexuels différents, aux célibataires et aux veufs (25% de la population). Perpétrées sous divers alibis : tradition, religion, hygiène, folklore, elles imposent à l'enfant le mode de vie des adultes par une odieuse torture. L'une des causes du fanatisme, du terrorisme suicidaire et de redoutables tyrannies, elles sont incompatibles avec la démocratie. Fondées sur une perversion de l'éthique détournée en moralité moralisante, créant la névrose au sein du peuple pour donner une base sociale à celle des dominants, elles prétendent donner des leçons au peuple. C'est au profit de ceux qui l'exploitent. Leur abolition est une étape dans la lutte contre la répression de la sexualité et pour le droit de la personne humaine à la libre disposition de son corps et au respect de son intégrité, son autonomie et sa dignité physiques, sentimentales et mentales. La médecine ne peut servir de prétexte à la barbarie. En l'absence de "motif médical très sérieux" selon l'article 41 du code de déontologie, mutiler est contraire à la bioéthique. Les sociétés ou régimes qui le tolèrent ne méritent pas le nom de civilisation ou démocratie. Le droit au corps doit figurer dans l'article 1 de la Déclaration universelle des droits de la personne humaine :

"Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits, en premier lieu le droit au corps, "dans ses trois dimensions d'intégrité, dignité et autonomie."

Donné en conférence à l'Université de Keele (R-U) au 10ème symposium de NOCIRC le 4 septembre 2008, ce texte été approuvé par Madame Najaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement français, et cité par Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny et membre du Bureau international des droits de l'enfant, dans son article du 7 septembre 2012.

[1] Miller A. Introduction aux considérations sur les mutilations sexuelles, in La connaissance interdite : affronter les blessures de l'enfance dans la thérapie. Paris : Aubier ; 1990. p. 164.

GÉNOCIDE, GUERRE, PEINE DE MORT, VIOL, EXCISION,

ET CIRCONCISION

I - Pays pratiquant majoritairement la circoncision

                                                 PEINE DE          GUERRES          TORTURE      EXCISION

                                                     MORT             1996-2002                                  (Fréquence)

                                           (de principe)                                                                      (en %)

AFGHANISTAN                            X                     X                        X

AFRIQUE DU SUD                                                                        X

ALBANIE                                      X

ALGÉRIE                                      X                     X                        X

ANGOLA                                                              X                        X                   X

ARABIE SAOUDITE                     X                     X                        X

AUT. PALESTINIENNE                 X                     X                        X

AZERBAIDJAN                                                                              X

BAHREIN                                     X                                                                     X

BANGLADESH                             X                                               X

BÉNIN                                          X                                                                     13

BOSNIE HERZEGOVINE              X                     X

BRUNEI                                       X                                               X

BURKINA FASO                           X                                               X                   76

CAMEROUN                                           X                                                                       1

COMORES                                   X

CORÉE DU SUD                          X

COTE D'IVOIRE                                                   X                        X                   36

DJIBOUTI                                                                                                           93

ÉGYPTE                                       X                     X                        X                   91

ÉMIRATS ARABES UNIS             X                                               X                   X

ÉRYTHRÉE                                  X                     X                                             89

ÉTATS-UNIS                                X                     X                        X

ÉTHIOPIE                                    X                     X                        X                   74

FIDJI                                            X                                               X

GABON                                                                X

GAMBIE                                       X                                                                     80

GHANA                                                                                    X                                                      4

GUINÉE                                       X                     X                        X                   96

GUINÉE BISSAU                                                 X                                             50

GUINÉE EQUATORIALE              X                                               X

INDONÉSIE                                 X                                                                     90

IRAK                                            X                     X                        X                     8

IRAN                                            X                                               X                   X

ISRAËL                                                                X                        X                   X

JORDANIE                                   X                                               X                   X

KAZAKHSTAN                              X                                               X

KENYA                                         X                                               X                   27

KIRGHIZISTAN                            X

KOWEIT                                       X                     X                        X

LESOTHO                                    X                                               X                   X

LIBAN                                          X                     X                        X

LIBÉRIA                                       X                     X                        X                   66

LIBYE                                           X                                               X

MADAGASCAR                                     X

MALAISIE                                     X                                               X                   X

MALDIVES                                   X

MALI                                            X                                                                     89

MAROC                                        X

MAURITANIE                               X                                                                     69

NIGER                                         X                                                                       2

NIGÉRIA                                      X                                               X                   27

OMAN                                          X                                                                     X

OUZBEKISTAN                            X                                               X

PAKISTAN                                   X                                               X                   X

PAPOUASIE-NLLE. GUINÉE        X                                                                     X

PHILIPPINES                                         X                     X                        X                   X

QATAR                                                      X                                               X

RÉP. CENTREAFRICAINE           X                     X                        X                   15

RÉP. DÉM. DU CONGO (ZAIRE)  X                     X                        X                     5

RUANDA                                      X                     X                        X

SAHARA OCCIDENTAL               X                                                                     X

SALOMON                                                           X                        X

SAMOA                                                                X

SÉNÉGAL                                    X                     X                                             26

SIERRA LEONE                           X                     X                        X                   88

SOMALIE                                     X                     X                        X                   98

SOUDAN                                      X                     X                        X                   88

SWAZILAND                                 X                                               X

SYRIE                                          X                     X                        X                   X

TADJIKISTAN                              X                     X                        X

TANZANIE                                   X                                               X                   24

TCHAD                                                                X                        X                   X    44

TIMOR ORIENTAL                                                                                                X

TOGO                                           X                                               X                     4

TONGA

TUNISIE                                       X                                               X

TURKMÉNISTAN                                                                           X

TURQUIE                                     X                                               X

VANUATU

YÉMEN                                                                X                                             X    23

81 pays                                       70 pays               30 pays              52 pays            43 pays

POPULATION TOTALE : 2,027 milliards

II - Pays où la circoncision est minoritaire

                                PEINE DE MORT            GUERRES           TORTURE            EXCISION

                                     (de principe)               1996-2002

ALLEMAGNE

ARGENTINE                                                                                X

ARMÉNIE                           X                                                       X

ASSAM

AUSTRALIE                                                       (X)                                                  X

AUTRICHE

BAHAMAS                          X

BELGIQUE

BÉLIZE                               X                                                       X

BHOUTAN

BIÉLORUSSIE                    X                                                       X

BOLIVIE                              X                                                       X

BOTSWANA                        X                                                                                   X

BRÉSIL                               X                                                       X                          X

BULGARIE                                                                                  X

BURUNDI                           X                             (X)                      X

CAMBODGE

CANADA

CHILI                                  X

CHINE                                X                                                       X

COLOMBIE                                                                                  X                          X

CORÉE DU NORD              X

COSTA RICA

CROATIE

CUBA                                 X

DANEMARK

DOMINIQUE                       X

ÉQUATEUR                                                                                 X

ESPAGNE                                                                                   X

ESTONIE

FINLANDE

FRANCE                                                           (X)

GÉORGIE                           X                             (X)                      X

GRÈCE                              X

GUATEMALA                      X                                                       X

GUYANA                            X                                                       X

HAITI

HONDURAS                                                                                X

HONGRIE

INDE                                  X                                                       X                          X

IRLANDE

ISLANDE

ITALIE                                                                                         X

JAMAIQUE                         X                                                       X

JAPON                               X

LAOS                                  X                                                       X

LETTONIE                          X                                                       X

LITUANIE                                                                                    X

LUXEMBOURG

MACÉDOINE                                                     (X)                      X

MALAWI                              X                                                                                   X

MALTE

MAURICE                                                                                    X

MEXIQUE                           X                                                       X                          X

MOLDAVIE                                                                                  X

MOZAMBIQUE                                                                             X                          X

MYANMAR                         X

NAMIBIE                                                                                     X

NÉPAL                                                                                        X

NICARAGUA

NORVÈGE

NOUVELLE ZELANDE

OUGANDA                          X                             X                        X                          1

PANAMA                            X

PARAGUAY                                                                                 X

PAYS-BAS

PÉROU                               X                                                       X                          X

POLOGNE

PORTO RICO

PORTUGAL                                                                                 X

RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

ROUMANIE                                                                                 X

ROYAUME-UNI                                                 (X)

RUSSIE                              X                             (X)                      X

SALVADOR                        X                                                       X

SINGAPOUR                      X                                                       X                          X

SLOVAQUIE                                                                                X

SLOVÉNIE

SRI-LANKA                         X                             X                        X                          X

SUÈDE

SUISSE

SURINAM                                    X

TAIWAN                                       X                                                       X

THAILANDE                        X                                                       X

TRINITÉ ET TOBAGO         X                                                       X

UKRAINE                                                                                    X

URUGUAY

VENÉZUELA                                                                               X

VIÊT-NAM                           X

YOUGOSLAVIE                   X                             (X)

ZAMBIE                              X                                                       X

ZIMBABWE                         X                                                       X

92 pays                               40                           10                       46

                                                               (43%)                    (11%)                    (50%)

POPULATION TOTALE : 4,116 milliards

(X) : guerres impliquant au moins un pays circonciseur

                           NOMBRE         PEINE         GUERRES       TORTURE        EXCISION

                           DE PAYS       DE MORT     1996-2002

                                                 (de principe)

Pays                           81                   70                   30                   52                      43

circonciseurs       (2,027 M.)          (86%)             (37%)             (64%)                (53%)

Pays non                   92                    40                   10                   46                       1

circonciseurs       (4,116 M.)          (43%)             (11%)             (50%)

Il ne faudrait pas inférer de ces chiffres que la circoncision concernerait 1/3 de la planète. Elle n'en frappe qu'1/5ème. Les pays la pratiquant sont moins peuplés (26 millions en moyenne) que les pays qui laissent leurs enfants intacts (45 millions en moyenne).

Pratiquée dans un peu plus de la moitié des pays circonciseurs, existe surtout chez eux.

Sur les vingt et un génocides des temps modernes : musulmans circassiens (1860), congolais (1870), héréros (1904-07), grecs (1914-18), assyriens (1914-25), arméniens (1915), serbes (41-45), juifs (1942-45), tziganes (1942-45), tchéchènes (1944), biafrais (1966-68), guinéens (1968-79), bengalis (1971), hutus (1972), habitants de Bornéo-Est (1975-79), kurdes (1988-89), tutsis (1993), bosniens (1991-95), habitants du Darfour (2003), kurdes d'Irak (2005), Rohinghyas (2012), dix-huit ont impliqué des peuples circoncis d'un côté au moins et quatre des deux côtés. Les circoncis en ont perpétré onze, dont sept contre des intacts. Force est de constater la grande étroitesse du lien entre circoncision et génocide.

Entre 1996 et 2002, à l'exception d'une guerre civile (Sri Lanka), toutes les guerres ont impliqué au moins un pays circonciseur et elles furent plus de trois fois plus nombreuses dans les pays circonciseurs.

La circoncision fait l'équilibre de la terreur et la fortune des marchands de canons.

La peine de mort y est plus de deux fois plus répandue.

La torture y est plus courante.

Ils sont les seuls à pratiquer l'excision.

Le féminicide dans l'est du Congo est l'œuvre de pillards circoncis Hutus qui détruisent après usage celles qui leur ont fait fonction de prépuce.

Le Congo circoncis détient le record du monde du viol.

En Norvège, entre 2006 et 2010, deux pour cent de circoncis commirent cent pour cent des viols.

Sources :

– Amnesty international. Rapport 2002.

– Amnesty international. "Abolir la peine de mort" 2002 ; (41).

– pour la mutilation génitale féminine : DHS : http://www.measuredhs.com/ et OMS:

http://www.who.int/reproductive-health/publications/fgm/fgm_programmes_review.pdf

UNICEF: rapport 2013 sur les MGF

UNICEF : http://www.unicef.org/french/pon96/womfgm.htm

pour l'Indonésie : http://www.cirp.org/news/smh01-13-04/

– http://sicsociety.org : Planisphères de l'excision et de la circoncision

– encyclopédie Encarta (MSN – hotmail.com), pour les statistiques de population.