Musta Barbaari : le « Barbare noir » de Finlande

Article publié le 4 octobre 2013
Article publié le 4 octobre 2013

Le premier rappeur gangsta noir de Finlande s'appelle James Nikander, alias Musta Barbaari (le barbare noir, en finnois). Succès immédiat, son seul et unique morceau sorti fin août promet une chose : il va y avoir du sport dans la société finlandaise. Récit d'une vie musclée en 7 clichés.

23 ans, noir et rappeur. Au premier abord, il remplit toutes les caractéristiques du stéréotype de la scène rap. Pourtant, James Nikander est bien finlandais : il est né et rappe en finnois. La première et (pour l'instant) unique chanson de Musta Barbaari, « Salil eka, salil vika » (premier dans la salle de muscu, dernier dans la salle de muscu) est sortie fin août 2013 et bouscule le pays avec son texte :

« Je vais à Pôle Emploi, j'me casse pas le cul au travail, vu que j'ai déjà le taff le plus dur de toute la Finlande. Je suis un homme noir. »

« Mouais, je ne me sens pas vraiment Finnois en Finlande, mais quand je suis en Tanzanie et que les gens me demandent d'où je viens, je réponds : de Finlande », affirme Nikander. Si le rap en français et en allemand est depuis longtemps devenu une institution, la Finlande semble encore être une terre vierge.

James a grandi a Vuosaari, un quartier-ouest d'Helsinki. Son père est finlandais et sa mère est née en Tanzanie. Alors qu'il est encore jeune, le père de James quitte sa famille, et laisse la maman élever seule son fils. Il insiste sur le mot « élever » . « Elle m'a éduqué à la dure, et quand je dis ça, je le pense ». La zone résidentielle où il a grandi a depuis bien changé. Mais sa maison est toujours là, bien qu'elle soit vide. « Ca n'était pas le pire endroit pour un enfant », remarque-t-il en pointant son ancienne chambre du doigt. « Quand les riverains et les voisins m'abordaient en finnois et que je leur répondais de manière fluide, ils étaient déconcertés. Ils ne s'y attendaient pas. Et quand je leur disais que mon père était né ici, ils me répondaient seulement : "alors tu es l'un d'entre nous".» 

James est allé à l'école primaire locale. Quand il était petit, il se faisait souvent appeler « étranger » par les autres finnois. James est pourtant né en Finlande et parle couramment et sans accent la langue nationale, comme ses camarades.  « Ma mère tenait absolument à ce que mon frère et moi soyons dans la même classe que les autres enfants. » Pour James, l'école était une période importante et intéressante. Il était un camarade de classe estimé et tout le monde le traitait bien. C'était juste lors des pauses que les clichés réapparaissaient : les noirs restaient avec les noirs, les blancs avec les blancs.

« Le foot était mon lien social » dit James. « C'est comme ça que je suis entré en contact avec mes camarades de classe. Il n'y avait rien à dire, il n'y avait que le sport. On jouait aussi l'hiver, toute la journée, tous les jours. » Pendant plus de 12 ans, James a joué dans différentes fédérations comme attaquant. Après une violente blessure, il a dû renoncer aux entraînements. « Après je suis allé à la salle de muscu, pour rester en forme. »   

« Depuis 2008 j'y vais juste pour faire des pompes. C'est comme une deuxième maison. » James s'entraîne depuis son enfance et ne peut pas imaginer une semaine, pas même quelques jours, sans aller à la salle de fitness. Un des messages qu'il veut faire partager à son public et ses proches, et de rester en forme et de faire du sport. James a tout juste 23 ans. Pourtant, il est déjà un exemple pour les jeunes, et a pour intention de le rester. 

En seulement 3 semaines, sa chanson a généré près de 800 000 clics, soit près de 15% d'internautes sur une population de 5,4 millions d'habitants en Finlande. James n'a pas encore sorti d'album.. Avec seulement un titre et un show improvisé, James arrive déjà à gagner sa vie. « Ce succès était totalement inattendu. Surtout qu'en deux semaines, je'ai été invité par toutes les télévisions et les journaux du pays » 

« Le futur ? Je ne peux encore rien en dire, je vais continuer à faire de la musique et à raconter ma vie. Comme je suis et comme c'était. » James est sûr que la société finlandaise va évoluer dans les années qui viennent. Les hommes deviennent plus ouverts, plus tolérants. « Amsterdam est pour moi un exemple d'intégration et d'ouverture, et je ne parle pas de drogues. La Finlande peut devenir aussi ouverte et tolérante. » 

Cet article fait partie de la série de reportages “EUtopia on the ground”, projet de Cafebabel.com soutenu par la Commission Européenne, en collaboration avec le Ministère des Affaires Etrangères français, la Fondation Hippocrène et la Fondation Charles Léopold Mayer.