Musa : la crise sur le ghetto

Article publié le 28 octobre 2013
Article publié le 28 octobre 2013

Bastian Musa Gerner est un rappeur émergent originaire de Würzburg en Allemagne, qui définit sa musique comme du « rap conscient classique avec des beats massifs axés sur les samples ». Ce converti à l’Islam parle d’inspiration et de sa colère contre la culture ghetto.

Bastian Musa Gerner aka Musa, était un adolescent de l’ère hip-hop au moment où ce genre est devenu mainstream au début des années 90. Sa passion pour « cette musique américaine » l’a poussé à devenir lui-même un rappeur. Son premier album Balsam (« guérison ») sorti en 2008, a remporté le Lindenberg PanikPreis #2 award. Son second album Ghetto in Dir (« Ghetto en toi ») est quant à lui sorti le 19 avril, et présente son travail avec le producteur Quendolin Fender, qui a déjà fait la première partie d'un certain nombre d'artistes renommés, notamment Yasiin Bey alias Mos Def. Musa a plus récemment été invité à organiser et à animer un projet social à Berlin : un laboratoire de rap pour les jeunes. Interview.

cafebabel : Musa, comment et pourquoi as-tu commencé à faire de la musique ?

Musa : J’ai commencé en 1999 dans ma ville natale, Würzburg, en Allemagne de l’ouest. Après mes premiers pas dans le freestyle je ne pensais à plus rien d’autre qu’aux rimes. Le rap m’offre la possibilité de dire ce que je veux dire, ce que j’ai à dire sous une forme que j’aime, simplement.

cafebabel : Tu as mentionné le fait que la « culture ghetto » te rendait malade. Pour quelle raison ?

Musa : Trop de rappeurs propagent l’image du ghetto. La plupart des gosses qui y vivent croient en ces histoires et construisent leur identité sur cette illusion. C’est comme ça que le ghetto devient une réalité. Le ghetto en toi finit par devenir le ghetto autour de toi … ça me rend malade de voir nos gosses admirer des criminels dans leurs énormes voitures de luxe et les respecter en tant qu’autorité. La musique qu’ils écoutent leur explique qu'être un criminel est la seule manière de réussir. Ça me met vraiment en colère.

cafebabel : Comment vous êtes-vous rencontrés avec Quendolin Fender ?

Musa : On s’est rencontrés pour la première fois à Würzburg alors que je vivais déjà à Berlin. Quendolin a ensuite déménagé à Berlin et m’a demandé si on pouvait faire un morceau ensemble. On a finalement produit un album entier tous les deux.

cafebabel : Quelle est la phase que tu préfères lorsque tu écris ta musique ?

Musa : D’une part, l’expérience de vie qui donne l’impulsion du morceau. D’autre part le résultat, c’est-à-dire le moment où je pose par écrit ce qui a mûri dans ma tête, parfois pendant des mois voire des années. Mes chansons sont le reflet de ce que je vois. Intérieurement et extérieurement. Je parle de problèmes sociaux, de politique, du système financier, son pouvoir et ses dangers, de réflexion sur soi, d’objectifs à atteindre, des moyens d'atteindre un but et ainsi de suite.

cafebabel : Quels messages penses-tu que tes chansons transmettent ?

Musa : Sois toi-même, découvre qui tu es, ne sois pas crédule, cherche la vérité. Sois actif, sensible, prudent, courageux, sois ce que tu dois être et fais-en quelque chose de positif !

cafebabel : Ton morceau « Freiheit » (« liberté ») a suscité beaucoup d'intérêt. De quoi tu t’es inspiré pour l’écrire ?  

Musa : J’ai un très bon ami qui me donne parfois des pistes pour des nouveaux morceaux. Une fois je l’ai appelé et il m’a juste dit de faire une chanson sur la liberté. Ma première réaction a été : « ça me paraît difficile ». Ça m’a pris du temps de formuler ce que j’avais à dire sur ce sujet.

cafebabel : Comment as-tu réussi à écrire tes morceaux et produire ta musique avec un travail à temps plein et des obligations quotidiennes ?

Musa : Le fait de travailler comme concepteur sonore m'aide beaucoup ! On peut utiliser les studios de la société pour laquelle je travaille pour enregistrer les voix, pour mixer et masteriser les pistes. Tout ça on le fait après le travail, les weekends ou quand il n’y a rien d’autre à faire au boulot …

cafebabel : Quelle image ta musique transmet, selon toi ?

Musa : Celle d'un aigle perché sur un arbre énorme ! Les gens essayent toujours de comparer les artistes entre eux. Peut-être que je suis plus ou moins le seul artiste allemand musulman (converti) qui engage ouvertement son appartenance religieuse dans ces textes sans rapper uniquement pour un public musulman.

cafebabel : Quelles sont tes influences musicales ?

Musa : La musique noire en général. Soul, funk, reggae, jazz et blues. J’apprécie aussi des rappeurs (The Roots, Jurassic Five, Common, Talib Kweli, Masta Ace ...)

cafebabel : Comment te sens-tu lorsque tu es sur scène ?

Musa : On me dit parfois que j'ai l'air d'une personne complètement différente sur scène. Lorsque je joue je ne suis pas du tout timide. Au quotidien c'est plutôt le contraire. Sur scène je fais simplement mon truc, quoi qu’il arrive. Je me sens comme faisant partie de l’instant, comme libre. Pas de pression, pas de stress.