Multipropriétaires, optimisation fiscale : la face sombre d’Airbnb

Article publié le 21 août 2017
Article publié le 21 août 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Airbnb, la plateforme qui permet à des particuliers de louer leur logement de manière ponctuelle pour arrondir les fins de mois est devenue un business à part entière pour un nombre croissant d’utilisateurs. Les multipropriétaires sont légion et contredisent les affirmations de la firme américaine qui continue de se présenter comme un champion de l’économie partagée. 

Dans sa communication calibrée, Airbnb essaie d’apparaître sous ses meilleurs traits. Une start-up sympa qui a révolutionné la vie de millions de voyageurs en leur proposant des logements de « vrais gens » à prix intéressant. Une aubaine pour les propriétaires qui peuvent compter sur des rentrées ponctuelles d’argent grâce à la location de tout ou partie de leur habitation. Une belle image de carte postale que vient de réduire en lambeaux une enquête réalisée par Le Monde et plusieurs journaux européens. Le système Airbnb ne touche pas que la France et plusieurs pays ou villes ont déjà pris des mesures afin de limiter les impacts négatifs d’un business hôtelier qui ne dit pas son nom.

Des limitations peu respectées

Le 27 juillet dernier, un bus de touristes était attaqué et vandalisé en plein Barcelone. Il ne s’agissait heureusement pas d’un acte terroriste, mais d’une action spectaculaire orchestrée par le mouvement indépendantiste radical « Arran », lequel dénonce un tourisme de masse qui « détruit le territoire et condamne les travailleurs à la misère ». Si cette action symbolique a été presque unanimement condamnée par les forces politiques locales, elle est symptomatique d’un ras-le-bol général des Barcelonais vis-à-vis d’un modèle économique qui relègue peu à peu les habitants en périphérie de la ville. Les propriétaires qui louent leurs biens immobiliers à l’année sont toujours plus nombreux et des logements qui devraient se retrouver dans le parc locatif sont accaparés par les vacanciers.

Le danger de voir les villes se muséifier est réel et pousse les municipalités à réagir. À Barcelone une amende de 600 000 euros a été infligée à Airbnb et Homeaway et il a été décidé de lourdement punir les propriétaires et locataires qui ne respectent pas les règles dont, en premier lieu, l’obtention d’un permis d’exploitation touristique. À Paris, un bien immobilier ne peut pas être loué plus de 120 jours par an sur Airbnb sous peine d’une sanction pouvant atteindre jusqu’à 25 000 euros. Une mesure qui ne fait absolument pas peur à des bailleurs qui se sont spécialisés dans la location de leurs différents logements dans la capitale française.

Des multipropriétaires discrets mais omniprésents

Une annonce sur cinq publiée sur le site provient d’un multipropriétaire. Ce chiffre balaye à lui seul l’idée reçue (qui n’est autre qu’un axe de communication d’Airbnb) selon laquelle la plateforme permet la mise en relation des particuliers sous le signe du partage amateur. Les multipropriétaires ont pris le pouvoir et ne comptent pas le rendre, car l’exercice — bien qu’illégal — est très profitable financièrement. Les hébergeurs qui louent plus de 80 % de l’année obtiennent ainsi plus que le revenu mensuel médian, soit plus de 2000 euros par mois. Proposer des appartements sur Air Bnb est devenu un business à part entière pour certains.

L’économie du partage a pris un sacré coup dans l’aile et les affirmations positives d’Emmanuel Marill, directeur général d’Airbnb en France et en Belgique ne peuvent plus camoufler une réalité déjà ressentie par les habitants des grands centres touristiques. Ce dernier a réagi à l’enquête du Monde par un « Halte au fantasme de la professionnalisation ». Un mode impératif qui met sous le tapis la vérité des chiffres. 87 % des logements loués à l’année sont des studios ou des T1 alors qu’ils ne représentent que 12 % du parc immobilier français. Mais la hausse des prix des loyers et le déséquilibre du marché que cela entraîne pour les résidents ne sont pas une préoccupation d’Airbnb.

La firme s’échine d’ailleurs à payer le moins d’impôts possible en France. À chacun ses soucis ! Et avec seulement 92 944 euros de prélèvement fiscaux en France en 2016 malgré les 400 000 annonces en ligne, il est peu de dire qu’Airbnb sait gérer les problèmes qui lui importent. Des pratiques tout ce qu’il y a de plus légales, mais dont l’esprit est plus proche d’une redoutable multinationale qu’une plateforme « cool » destinée à rendre service aux touristes.

En absence de réponse forte des pouvoirs publics, la situation ne va qu’empirer, avec en point d’orgue les Jeux olympiques à Paris en 2024. La capitale recense déjà 60 000 logements disponibles à la location et cet événement international pourrait être le coup de grâce. Les Parisiens seront priés d’évacuer la ville pour laisser place aux touristes et les multipropriétaires vont encore se multiplier et accroître le nombre de biens qu’ils possèdent. Aujourd’hui, seuls 16 % de ceux qui louent six appartements ou plus assument le statut de professionnel. Une goutte d’eau dans un océan de cash qui ne profite ni au fisc ni aux Français.