Mort de Kadhafi et réactions : quand l'Europe suivait le Guide

Article publié le 21 octobre 2011
Article publié le 21 octobre 2011
Le 20 octobre, le monde a pu voir défiler en continu les images et vidéos du corps inerte de Mouammar Kadhafi, tué à 69 ans dans sa résidence de Syrte. Alors que les responsables politiques européens s’en émeuvent, cafebabel.com rappelle les relations tumultueuses que le « Guide de la Révolution » a entretenues avec eux.

Allemagne : Angela Merkel, « L’Allemagne est soulagée et très contente »

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« C’est la marque de la fin d’une guerre sanglante que Kadhafi a menée contre son propre peuple. Le passage est désormais suffisamment clair pour démarrer un renouveau politique, en paix. » Fidèle à son habitude, la chancelière allemande a montré qu’au sujet de la Libye, l’Allemagne fait toujours la girouette. Avant le Royaume-Uni, l’Allemagne a goûté au plaisir des attaques libyennes pendant les années 1980, notamment lors de l’attentat contre la discothèque La Belle en 1986. Depuis que l’ancien chancelier Gérard Schröder a laissé à Kadhafi le soin de signer une déclaration en guise de compensation pour les victimes, en 2004, les partenariats économiques sont repartis de plus belle. La Libye nous a offert le pétrole, nos entreprises y ont investi des milliards. Apparemment, l’Allemagne était supposée en être « très contente ».

Royaume-Uni : David Cameron, « fier de ce que le pays a fait »

Le vent souffle fort alors que David Cameron, le Premier ministre conservateur du Royaume-Uni, explique que ce jour est une victoire pour les Britanniques. Vous souvenez-vous de l’attentat de Lockerbie, le 21 décembre 1988 sur un Boeing qui causa le décès de 270 personnes en Écosse ? De l’agent de police, Yvonne Fletcher, abattue aux abords de l’ambassade libyenne en 1984 ? La Libye fut responsable. Vous vous souvenez de l’IRA ? La Libye a vendu aux factions terroristes de l’Irlande du Nord des armes pour leur opération. Souvenez-vous : c’était un jour heureux pour les Britanniques mais aussi pour les Libyens. 

Italie : Silvio Berlusconi, « Sic transit gloria mundi »

La mort de Kadhafi a inspiré ses mots latins au Premier ministre italien : « Ainsi passe la gloire du monde ». Le colonel (appelé « Ghedaffi » en italien) était un véritable ami, aussi proche que Poutine. La Libye a toujours été le plus grand partenaire commercial de l’Italie, même avant Berlusconi. En 2008, ce dernier a signé avec Kadhafi un traité d’amitié, de partenariat et de coopération entre Rome et Tripoli. Le passé colonial n’est pas étranger à la conclusion de ces accords puisque l’Italie s’est engagée à verser 5 milliards de dollars sur 20 ans pour développer des projets et des infrastructures sur le territoire libyen. Le dictateur était toujours le bienvenu à Rome : en juin 2009, Kadhafi a même pu planter sa tente en plein milieu d’un parc public romain, le Villa Doria Pamphili. Et il y a juste 14 mois, il expliquait, devant un parterre de 500 hôtesses rémunérées, que l’Europe devait se convertir à l’Islam

Pologne : site du ministère des Affaires étrangères, « Félicitations »

« Nous félicitons le peuple libyen d’avoir mis un terme à une dictature qui sévissait depuis de nombreuses années », a déclaré le ministre des Affaire étrangères. En 1978 le colonel Kadhafi (comme l’appelle les Polonais) discute de l’idéologie que partagent la République de Polonaise et la Jamahiriya arabe libyenne (la République arabe libyenne, ndlr) avec le général communiste WojciechJaruzelski, avant de conclure des accords financiers. Kadhafi avait l’argent et les moyens de construire sur du sable tandis que la Pologne disposait des ingénieurs capables de réaliser ses plans. 16 ans après la fin du communisme en Pologne, le Premier ministre polonais, Marek Belka s’est rendu à Tripoli pour négocier la levée des prétendues dettes du pays. Il y a quelque chose qui cloche : ce ne sont pas les ouvriers polonais qui ont travaillé dur pour construire la Grande Libye de Kadhafi ?

Espagne : ministre des Affaires étrangères, « Appeler à la réconciliation et à l’unité des Libyens »

Les relations entre l’Espagne et « Gadafi », durant la dernière décennie, ont été, selon les mots de José Maria Aznar, plutôt « extravagante ». En 2011, l’ancien Premier ministre conservateur l’a traité d’ « homme excentrique, mais pas stupide » ajoutant « Kadhafi est certes un ami extravagant mais c'est un ami ». L’actuel Premier ministre, José Luis Rodríguez Zapatero a toujours été considéré comme un bon diplomate quant aux relations avec l’Afrique du nord. Il est allé jusqu’à marcher main dans la main avec Kadhafi en novembre 2010. A l’occasion de la dernière visite d’État officielle en Espagne en 2007, le « Guide de la Révolution » a disposé sa tente au Pardo Palace, autrement dit, la résidence de la famille royale. « La confirmation de la mort de Kadhafi et de ses proches collaborateurs constitue le terme d’une période très très néfaste pour le peuple libyen mais aussi le début d’une nouvelle ère dont le futur réside entre les mains de la population » a indiqué Soledad Jiménez, la ministre des Affaires étrangères, suite à l’annonce de la mort du dictateur. La couverture médiatique de l’évènement fut ensuite éclipsée par la déclaration du groupe terroriste ETA qui rend définitivement les armes après 43 ans de lutte armée.

France : Nicolas Sarkozy, « une étape majeure »

« La disparition de Mouammar Kadhafi est une étape majeure dans la lutte menée depuis plus de huit mois par le peuple libyen pour se libérer du régime dictatorial et violent qui lui a été imposé pendant plus de quarante ans (…) Comme depuis les premiers jours du soulèvement du peuple libyen contre l'oppression, la France est à ses côtés pour le soutenir dans cette démarche. Une nouvelle page s'ouvre pour le peuple libyen, celle de la réconciliation dans l'unité et la liberté. » Nicolas Sarkozy, dans un communiqué publié par l’Élysée, le 20 octobre 2011, suite à la mort du dictateur libyen, Mouammar Kadhafi, tué le même jour. Les relations entre Kadhafi et le président français sont pourtant celles d’une amitié gênante. Mais ce qui devait rester caché éclate au grand jour lorsqu’en juillet 2007, le « Guide de la Révolution » livre à Cécilia Sarjozy (ancienne femme du chef de l’État) des infirmières bulgares contre la promesse d’une visite d’État en France. C’est ainsi qu’en décembre 2007, Mouammar Kadhafi put fêter avec faste sa première visite officielle dans un pays occidental en disposant sa tente sur la pelouse de l’hôtel Marigny (qui sert depuis 1972 de résidence aux hôtes étrangers du président de la République, ndlr).

Photo: Une - Atmosphère à Tripoli le 8 septembre (cc) par Ammar Abd Rabbo/et le crop par (cc) mshamma/ courtoisie de flickr