Monica Frassoni : « Il faut lancer une campagne ‘Stop Barroso’ »

Article publié le 2 juin 2009
Article publié le 2 juin 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Que Durão Barroso se montre libéral un jour et étatiste le lendemain… Le leader des Verts en Europe en a assez. Selon elle, l’heure est venue qu’une femme préside la Commission européenne.

Pour ses collègues, elle aurait pu être une grande présidente de la Commission européenne. Cependant, l’Italienne Monica Frassoni, co-présidente des Verts européens, ne pourra même pas se représenter en tant qu’europarlementaire aux élections européennes de juin 2009. Bien qu'elle présente sa candidature sur un liste des Verts en Italie, la nouvelle loi électorale votée il y a six semaines tire un trait sur la présence de petits partis au sein de l’hémicycle européen : en Italie, il faut désormais atteindre le seuil de 4 % pour y accéder.

Et si les Verts remportent les élections européennes de juin ?

Trois choses changeraient très rapidement : la question environnementale, celle des énergies, et celle des droits individuels. Ce sont les sujets pour lesquels nous nous sommes battus ces cinq dernières années, surtout contre la droite.

Cependant, vous ne contesterez pas que le Parlement et la Commission, tous deux de droites, se soient plutôt montrés sensibles à votre discours écologiste…

Vous vous trompez, ce Parlement et cette Commission sont composés d’êtres humains doués de raison qui n’ont pas pu nier les faits, les évidences et les rapports scientifiques, de telle sorte qu'ils ont du accepter le fait qu'il fallait agir. Mais ils n’ont pas fait beaucoup plus : on se rend encore faiblement compte de l’urgence de ce problème climatique. 

Entre qui et qui ?

Entre la majorité de ceux qui décident au niveau européen (entendez par là les gouvernements du Conseil européen). Une chose, ce sont les objectifs déclarés, et une autre, très distincte, ce sont les normes appliquées. Par exemple, nous avons approuvé une stratégie sur les énergies mais avec des éléments très ambigus qui peuvent nous mener dans une mauvaise voie. Elle consiste à définir comme urgent l’investissement d’argent public dans le fameux système de stockage du carbone. C’est-à-dire, un gaspillage inimaginable pour l’Europe, puisque la technologie ne sera pas prête avant au moins 2050. Il implique un matériau fossile et nous serions en train de détourner des ressources indispensables à la recherche et au développement d’énergies renouvelables et de campagnes d’efficacité énergétiques.

Quant à la victoire des lobbys de l’industrie automobile, l’exemple est encore plus clair : si nous avions une majorité au Parlement, le Conseil de l'Europe n'aurait pas approuvé si facilement les aides en échanges du peu qu’ils ont donné à l’industrie automobile.

Ne croyez-vous pas que l’industrie automobile mérite ces aides ?

L’idée de Sarkozy en France est la même que celle de Brown en Grande-Bretagne : « British works for british workers » (travail britannique pour travailleurs britanniques). C’est vraiment ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Moi, au lieu de donner de l’argent à l’industrie automobile à fonds perdu, je penserais plus à recycler ses travailleurs.

Selon vous, est-il nécessaire de « communautariser » l’énergie ?

Je pense qu’il faut créer plus de compétitivité en Europe pour décider des lignes fondamentales de la politique énergétique et que cette politique doit être gérée au niveau européen. Et non comme c’est le cas aujourd’hui. Il faut constituer des réserves communes de gaz et de pétrole pour faire face à des situations comme celle de l’hiver dernier pendant laquelle on a observé un manque de solidarité entre les pays touchés par la coupure de gaz russe. Par contre, si un Etat ne veut pas fournir l’énergie nucléaire, il ne faudrait pas l’en obliger. En tous les cas, je suis contre le fait que l'Union finance le développement de ce type d’énergie.

Avez-vous l’impression qu’avec la crise climatique, la population trouve les Verts plus crédibles ?

Pas du tout ! Il y a toujours des pays, comme l’Allemagne, où 50 % de la population trouve nécessaire d'écouter les Verts pour affronter le changement climatique. D’autres, comme l’Espagne ou l’Italie, où il n’y a aucune sensibilisation, ou en tout cas de moins en moins. Enfin, il reste d’autres pays comme la France, où il y a eu une propagation des idées écologistes au sein des grands partis.

Selon des sondages, dans plusieurs pays, on a l’impression que les deux groupes européens qui peuvent sortir vainqueurs des élections sont les Verts et Union pour l’Europe des nations (UEN). Cette perspective vous effraie-t-elle ?

Je n’ai pas cette impression. Le nombre de représentants de partis antisémites et eurosceptiques comme l’UEN augmente s’il y a un faible taux de participation aux élections. Quoi qu’il en soit, l’idée de tout renationaliser m’inquiète. Je n’aime pas entendre Sarkozy dire : « Achetez français ».

Pensez-vous que Durão Barroso mérite un autre mandat à la tête de la Commission européenne ?

Pas du tout. Il faut lancer au plus vite une campagne « Stop Barroso ». Il faudrait réfléchir à une autre candidate, et j'utilise le féminin car il est temps qu'une femme préside la Commission. Cependant, il est sûr que ce qui me préoccupe, c'est que la gauche, et en particulier les socialistes, ne présagent pas la bataille : Zapatero a donné son soutien à Barroso, et cela, c’est très grave.