MONDIALISATION ET DEMOCRATIE : AMIES OU ENNEMIES ?

Article publié le 17 octobre 2013
Article publié le 17 octobre 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La « mon­dia­li­sa­tion » est de­ve­nue un mot si gal­vaudé et mal in­ter­prété dans notre lexique mo­derne et nous en avons abusé. Pour­tant, l'am­pleur de ses ef­fets sur la so­ciété et la com­mu­nauté po­li­tique in­ter­na­tio­nale, n'a pas été dans son en­semble en­core réa­li­sée. 

David Held, un cé­lèbre po­li­to­logue bri­tan­nique, a ex­ploré la re­la­tion entre mon­dia­li­sa­tion et dé­mo­cra­tie.D'après son étude, la « mon­dia­li­sa­tion » peut-être dé­bal­lée et com­prise selon une pers­pec­tive cultu­relle et po­li­tique comme un phé­no­mène res­pon­sable d' « une in­ten­si­fi­ca­tion des ni­veaux d'in­ter­ac­tion et d'in­ter­dé­pen­dance à l'in­té­rieur et entre les pays et les so­cié­tés, créant une so­ciété in­ter­na­tio­nale. »

La « dé­mo­cra­tie » est un mo­dèle po­li­tique dont nous sommes hyper conscients. Ve­nant du mot grec, si­gni­fiant l'au­to­rité et la force du peuple, la dé­mo­cra­tie a his­to­ri­que­ment créé le concept de l' Etat-na­tion. Et alors que la créa­tion de l'ordre de notre monde in­ter­na­tio­nal a re­tissé selon un mo­dèle qui ré­duit le rôle de l'Etat-na­tion, la dé­mo­cra­tie n'a pas perdu son éclat . En réa­lité, dans notre monde de plus en plus «  mon­dia­lisé », on di­rait même qu'il y a un désir plus fort de dé­mo­cra­tie. Mais qu'ar­rive-t-il quand on as­so­cie ces deux puis­santes forces ? Est-ce-que la mon­dia­li­sa­tion est une me­nace ou un ca­ta­ly­seur pour la dé­mo­cra­tie ?

L'ar­gu­ment en fa­veur de la me­nace de la mon­dia­li­sa­tion est fon­dée sur la no­tion selon la­quelle la dé­mo­cra­tie fait par­tie in­té­grante de l'au­to­no­mie de l'état. Néan­moins , comme Held le sug­gère, on a be­soin de dé­mê­ler ces deux concepts dans notre monde se mo­der­ni­sant ra­pi­de­ment. Le fait que la sou­ve­rai­neté de l'état n'est plus ce qu'elle était n'in­va­lide pas le rôle ou l'im­por­tance de la dé­mo­cra­tie d'au­jourd'­hui.Au contraire, cela im­plique que la dé­mo­cra­tie évo­lue d'elle même et de­vient plus trans­pa­rente dans notre monde ac­tuel.

Jens Bar­tel­son , un autre émi­nent po­li­to­logue, af­firme que le moyen le plus sûr pour « sau­ver » la dé­mo­cra­tie  est d'étendre sa dé­fi­ni­tion au- delà de son at­ta­che­ment à l' Etat-na­tion. Dans ce sens, mon­dia­li­sa­tion et dé­mo­cra­tie doivent for­mer une re­la­tion en sym­biose, pour pou­voir se dé­ve­lop­per en­semble sinon elles évo­lue­ront sé­pa­ré­ment . L'im­pact de cette sy­ner­gie est la nais­sance d'une com­mu­nauté po­li­tique qui trans­cende les fron­tières na­tio­nales et ras­semble les per­sonnes in­dé­pen­dam­ment de la na­tio­na­lité pour en­glo­ber un monde mon­dia­lisé.

Ainsi la mon­dia­li­sa­tion me­nace notre concep­tion désuète de la dé­mo­cra­tie, mais le ré­sul­tat est évi­dem­ment po­si­tif. Alors que l'avan­cée de la dé­mo­cra­tie dans le monde est en gé­né­ral per­çue comme une chose po­si­tive, la vi­gi­lance est re­quise pour évi­ter un « em­bal­lage et une vente » de formes fixes de dé­mo­cra­tie qui en ap­pa­rence sou­tiennent des pou­voirs hé­gé­mo­niques. Bien que la dé­mo­cra­tie soit sé­dui­sante, c'est clair qu'il n'y a pas qu'un mo­dèle «  taille unique ». La dé­mo­cra­tie doit être ré­cep­tive aux dif­fé­rences cultu­relles et à leurs li­mites.

Au contraire, Held pro­pose une sorte de dé­mo­cra­tie qui est par na­ture cos­mo­po­lite.

En consi­dé­rant les chan­ge­ments dans le ca­rac­tère in­trin­sèque de l'état causé par la mon­dia­li­sa­tion, les ques­tions les plus graves tendent à être de por­tée mon­diale. Es­sayer de les ré­soudre de­mande la créa­tion d'un ré­seau pour prendre les dé­ci­sions po­li­tiques et la gou­ver­nance. Aussi la par­ti­ci­pa­tion po­li­tique ré­gio­nale est pro­blé­ma­tique dans un monde de plus en plus in­ter­con­necté.

Quelles sont les voix qui ont le droit d'être en­ten­dues sur les su­jets comme le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, l'éner­gie nu­cléaire, le ter­ro­risme ou le sida ? Les fron­tières ne re­lient pas ces pro­blèmes. Ainsi, elles ne de­vraient pas être les bases pour dé­ter­mi­ner qui est in­clus ou ex­clus du débat sur des ques­tions qui nous concernent tous. L'iso­la­tion­nisme est im­pos­sible au­jour­d'hui, Des pro­blèmes entre deux pays peuvent avoir des ré­per­cus­sions dra­ma­tiques dans les ré­gions avoi­si­nantes et dans le monde en­tier. In­dé­nia­ble­ment, de nos jours la dé­mo­cra­tie im­plique la mise en œuvre de nos droits ci­vils dans un contexte in­ter­gou­ver­ne­men­tal. Donc, Held sou­ligne que la dé­mo­cra­tie doit être sou­te­nue par des struc­tures de pou­voir trans­na­tio­naux ainsi que par des agences et des or­ga­ni­sa­tions.

Gar­dons à l'es­prit que nous de­vons res­pec­ter que la dé­mo­cra­tie soit dif­fé­rente d'un pays à l'autre, je pense que c'est l'es­sen­tiel du rai­son­ne­ment de Held. La mon­dia­li­sa­tion a pro­ba­ble­ment fait une fa­veur à la dé­mo­cra­tie en la re­vi­ta­li­sant pour pros­pé­rer dans un monde plus uni.

Au­thor: Kiyoye Ma­ran­gos

Want to share your thoughts? Let’s de­bate!

Meet us on theWi­ki­Ren­dum.​org