monarchie : quand un pays-bas pour son roi

Article publié le 5 août 2013
Article publié le 5 août 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans l’un des pays les plus libéraux au monde, les gens font de l’anniversaire de la reine et de son abdication en faveur de son fils après 33 ans de règne le 30 avril, le plus grand événement concernant la monarchie en Europe en 2013. Cette année la compétition est ouverte avec le voisin britannique pour savoir qui de la reine des Pays-Bas ou du royal baby est le plus en vogue. 

D’après un récent sondage mené par le centre d’études sociologiques (CES) en Espagne, le sort de la famille royale est devenu l’une des premières préoccupations des Espagnols, notamment en raison de leur implication dans les problèmes de chômage et de fraude qui gangrènent le pays. Le scandale de corruption dans lequel ont trempé la princesse Cristina et son mari, ainsi que l’accident du roi Juan Carlos pendant une chasse à l’éléphant, ont sérieusement écorné l’image d’Épinal de la couronne. 

La famille royale britannique, quant à elle, se porte bien. Elle est à nouveau dans les bonnes grâces de son peuple grâce notamment à la naissance du royal baby qui a redonné un souffle nouveau à la monarchie

En Allemagne, cela fait un siècle que la monarchie a été abolie. Depuis la deuxième guerre mondiale, toute forme de fierté nationale est mal vue. On comprend leur étonnement devant les festivités du 30 avril, où les Hollandais célèbrent « Queensday », le jour de la naissance de la reine mère Juliana (qui fait partie des six membres fondateurs qui ont signé le Traité de Rome). Même des jours avant le coup d’envoi des festivités le pays entier est atteint de la fièvre orange. La couleur nationale est partout : des produits à l'effigie de cette journée spéciale, des drapeaux, des photos de la famille royale... Cette année, les Hollandais ont deux fois plus de raisons de faire la fête puisque la reine Beatrix a abdiqué au profit de son fils, Willem-Alexander.   

la fierté nationale

Exposé dans un magasin de jeux de société, l’édition limitée d’un puzzle sur les festivités de Queensday.

L’assistant explique que la famille royale est un symbole inébranlable des Pays-Bas. « Ils sont comme une marque déposée qui sait très bien se vendre, poursuit-il. Les Hollandais ne sont pas tous monarchistes, mais ils voient tous Queensday comme une occasion de faire la fête, et bien sûr de célébrer la fierté d’être hollandais. » Mais le 23 avril est aussi connu pour rapidement se transformer en beuverie à ciel ouvert, ce qui explique pourquoi il est interdit de servir des boissons alcoolisées avant 11h30 le matin. 

Juste à l’angle, nous rencontrons un groupe de boy-scouts âgés de 10 ans. Ils croulent sous les babioles orange. « Comment ça se fait que vous ayez tout ça avec vous ? » voulons-nous savoir. « C’est une compétition, expliquent-ils. C’est à celui qui rassemblera le plus d’objets orange. » Ça ne devrait pas être trop difficile, toute la ville est aux couleurs nationales. Pour ce qui est de leur programme, les garçons attendent avec impatience de pouvoir prendre part au rommelmarkt : « c’est un genre de marché aux puces, où tu peux vendre tes trucs. C’est vraiment sympa, et en plus c’est un bon moyen de gagner un peu d’argent ». Les scouts ne sont pas les seuls à vouloir faire chauffer la carte bleue : dans toutes les boutiques, on trouve des babioles à l’effigie de Willem-Alexander et Maxima Zorrigueta (originaire d’Argentine). Les supérettes vendent du shampooing spécial Queensday, à l’odeur d’orange douce et de cèdre… Tandis que les boulangeries proposent des pâtisseries à l’orange. Si tu es une jeune fashion victim, tu peux prendre part aux festivités sans rien perdre de ton style. « Habille-toi comme une princesse, deviens une reine », hurle la devanture criarde d’une boutique de vêtements pour adolescents. Dans de nombreux magasins, vous pouvez vous faire servir un verre de jus d’orange. Ailleurs, on trouve des petites poupées à l’effigie de Beatrix, saluant d’une main. Les vitrines sont abondamment décorées avec des photos de Beatrix, Willem-Alexander ou Maxima. Et si votre partenaire est à la fois un amant passionné doublé d’un royaliste, vous pouvez toujours acheter de la lingerie Queensday. 

Le patriotisme européen

En Allemagne, le patriotisme est limité au football — n’importe quel autre objet de fierté serait susceptible d’être associé au nazisme. Les produits noir-rouge-or, aux couleurs du drapeau allemand, sont peut-être vendus lors de grandes occasions comme la Coupe du monde, mais les Allemands n’ont pas cette propension qu’ont les Hollandais à décliner leurs couleurs nationales à toutes les sauces. Le jour de la réunification allemande en octobre, ce qui se rapproche le plus d’une fête nationale, une poignée d’hommes politiques se rassemblent le temps d’une cérémonie, tandis que le reste du pays ignore sciemment l’événement. 

En Espagne, le défilé de l'armée qui se tient à Madrid chaque 12 octobre – jour de la fête nationale pour commémorer la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb – fait grincer quelques dents. Le dictateur Francisco Franco est arrivé au pouvoir grâce à un coup d’État militaire. La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, comme certains Espagnols s’en souviennent encore, a mené au massacre de milliers d’Amérindiens. De nos jours, le sport, l’art et la cuisine sont quelques-uns des rares symboles qui rendent les Espagnols fiers. 

Un autre exemple d’un magasin qui vend des verres de différentes formes, tailles et couleurs, avec des mots de remerciements pour la reine Beatrix, ou souhaitant bonne chance au futur roi. 

Les propriétaires nous montrent la couverture d’un journal local, AD Utrecht, qui affiche en première page une photo de leur magasin paré de ses plus beaux atours orange. Ils en sont très fiers. Le 27 avril 2014, ils feront de leur mieux pour faire à nouveau partie des plus belles boutiques. Même si Queensday n’existe plus, les festivités reprendront l’année prochaine sous le nom de Kingsday, en l’honneur de Willem-Alexander.

Cet article fait partie d’une édition spéciale reproduite avec l’aimable autorisation du forum des journalistes européens (FEJS). 

Photographies : ©Dominik Speck