Mon expérience de stagiaire italienne à Limerick

Article publié le 11 mars 2015
Article publié le 11 mars 2015

Je viens tout juste d’achever mon stage de six mois dans une petite agence de voyages de Limerick, ville à la fois insulaire et campagnarde. Ce dont je me souviendrai : rugby, petits-déjeuners irlandais et sens de l’hospitalité.

Voilà mon dernier dimanche à Limerick. Drôle de journée. Je suis assise seule dans un café, en train de savourer ce qui sera probablement mon ultime petit-déjeuner irlandais avant un long moment. Je ne vois pas pour quelle occasion je pourrais manger saucisses, haricots et œufs brouillés en Italie, le tout accompagné d’une immense tasse de café.

Si les pubs fourmillent de gens qui attendent le coup d’envoi du match Angleterre-Irlande pour le tournoi des Six Nations, les rues, elles, semblent calmes et désertes. Limerick est la patrie du Munster, l’équipe légendaire qui, en 1978, a battu les All Blacks 12-0. Ici le rugby, ce n’est pas simplement une passion, c’est presque une religion.

Après cinq mois passés ici, je connais bien la ville : à la fois insulaire et campagnarde, un centre bordé par le fleuve Shannon, des banlieues qui s’étendent jusqu’à la campagne, des bâtiments bizarres construits pendant le boom immobilier du début des années 2000.

L’Irlande : périphérie européenne, terre d’émigration, proie aux vents océaniques et aux changements historiques. Je me suis installée ici par pur hasard. Dans le cadre du stage professionnel Erasmus, mon premier choix s’était porté sur Londres. Mais, après avoir réfléchi (pas trop longtemps), j’ai décidé de suivre mon incorrigible penchant pour les provinces, les régions plus isolées. Après tout, peut-être que je ne me serais jamais habituée à la vie dans une capitale, qui à la fois me fascine et m’effraie. Je débarque donc un dimanche d’octobre dans la tristement célèbre stab city, soit la ville réputée pour ses agressions au couteau, après avoir traversé le pays en train et vu trois ou quatre arcs-en-ciel. 

Nouvelle ville, nouvelles habitudes

J’habite dans une maison située près du centre-ville, que je partage avec des colocataires « adultes ». Je suis toujours surprise de voir à quel point le fait de vivre dans une maison divisée entre plusieurs adultes et travailleurs – donc pas seulement des étudiants – constitue un style de vie répandu. Mon propriétaire est un homme approchant la soixantaine, gentil et aimable. Ancien marin, il est rentré en Irlande au début des années 1990, a perdu son travail dans les années les plus sombres de la crise et vit aujourd'hui grâce à une petite retraite. Le prix d’une chambre s'avère être un peu plus élevé qu’en Italie, comme le coût de la vie en général. Je fais quelques économies sur les transports, une collègue me prend pour aller au travail, qui se trouve presque à l’autre bout de la ville. Je m’en sors pour un peu moins de 600 euros par mois, dont 350 euros de loyer et de charges. Je ne gagne pas tant que ça sur les transports, un billet de bus coûtant 2 € et un abonnement hebdomadaire 20 €.

Je travaille dans une petite agence qui s’occupe de voyages d’études et de séjours linguistiques – une formation non rémunérée. Les premières semaines, le rythme m’épuisait, je n’étais pas habituée à être hors de chez moi huit heures d’affilée ou à rester concentrée aussi longtemps. Je rentrais tous les soirs, fatiguée, et à 20 heures j’étais déjà sous ma couette. Je n'émergeais pas avant le lendemain matin. Mais, avec le temps, les choses ont bien changé et, en fin de compte, je peux même dire que la routine 9h-17h me manquera. De même que cette nouvelle habitude que j’avais prise de boire de la bière entre 17h30 et 19h pour me détendre.

J’ai beaucoup appris sur ce qu’impliquait une vie d’adulte : se retrouver à des kilomètres de chez soi, sans aucune connaissance, sans ses amis de toujours, à devoir aller de l’avant et tout reconstruire de zéro, dépourvue de temps libre mais avec une bonne dose de responsabilités. Cinq mois ne suffisent pas à dire que j’ai tout réussi, mais me prouvent que ce n’est pas impossible.

L’accueil chaleureux des Irlandais, qui doit être inscrit dans leur ADN, m’a bien aidée : dans une petite ville comme Limerick, où l’on ne respire guère l’air métropolitain de Dublin, un étranger est perçu comme quelque chose de précieux et d’exotique, dont tout le monde prend soin pour qu’il se sente comme à la maison. Au cours de ces derniers jours, avant de quitter la ville, je me retrouve, émue, à dire au revoir aux caissiers du supermarché, aux cuisiniers de la cantine, aux commerçants, aux agents de propreté, aux coiffeurs, aux conducteurs de bus – toutes ces personnes qui ont fait preuve d’une gentillesse inattendue qui a marqué cet épisode de ma vie.

Farewell, Ireland

Je rentre à la maison en emportant une biographie de Joyce (romancier et poète irlandais, ndt) en bande dessinée, un drapeau du Munster, une nouvelle passion pour le whisky et un certain ennui pour l’accent british. Je rentre également avec une expérience supplémentaire, pas forcément facile ni paisible, mais certainement formatrice et enrichissante.

Je suis désormais prête à reprendre ma vie d’étudiante, les idées plus claires quant à mon avenir et à mes capacités. Avant cela, je vais m’octroyer deux semaines de vacances pour voyager encore un peu dans ce pays accueillant. Mars, la saison des pluies, n’est-ce pas le moment idéal ?

Ils viennent d’horizons divers. Leurs vies pourraient prendre n’importe quelle tournure et prendre racine n’importe où. Face à l’imprévu, une chose semble pourtant inéluctable : à un moment ou à un autre, ils feront tous un stage. Portrait des stagiaires européens de 2015.