Mon expérience de stagiaire française à Bologne

Article publié le 13 mars 2015
Article publié le 13 mars 2015

Procès, balades, recours en justice, sorties... Dit comme ça, on pourrait me prendre pour une prisonnière. Mais ne vous méprenez pas ! Je suis étudiante en droit international et européen et ce que je décris c'est ce qui a rythmé ma vie de stagiaire en Italie, à Bologne.

Bienvenue à Bologne, ville réputée pour sa sauce bolognaise, sa mortadelle, et pour héberger la plus ancienne université d’Europe. Nous sommes en septembre 2014, c’est l'heure du grand départ. L’histoire commence, comme les autres, avec l’incontournable recherche de logement. Soit on le cherche depuis chez soi via des annonces sur internet soit, si l'on est un peu plus fou, on tente de le trouver sur place grâce aux petites annonces de colocations affichées dans la rue Zamboni, rue de l’université de droit, de littérature, d'études européennes, d'économie et j'en passe. Pas folle, j'ai choisi la première option.

La prise de marques

Jouer les touristes permet dans un premier temps de mieux connaître la ville dans laquelle on s'apprête à vivre. Lors de mes premières balades dans la ville, j’ai tout de suite été frappée par son architecture et par les arcades qui recouvrent les trottoirs. Sur mon chemin j'ai pu découvrir le Due Torri soit l’un des monuments les plus emblématiques de la ville, ou la non moins célèbre Piazza Maggiore, située au pied de la Basilique de Saint Pétrone (l'une des plus grandes du monde). Et si l'on se sent d'humeur baroudeuse, d'ici à Florence, Venise, Vérone, ou Modène, il n'y a qu'un pas, avec le train. Après l'adaptation à la ville, l'acclimatation à la fac. Dès les premiers cours, une chose m’a frappée : alors qu’en France 95% des étudiants en droit prennent les cours à l’ordinateur, en Italie c’est l’inverse, ils prennent tous leurs notes à la main. Concernant la langue au quotidien, aucun problème car je l’étudie avec passion depuis le lycée. C'est d'ailleurs lors d'un voyage scolaire en Toscane que j'ai eu un véritable coup de foudre pour la langue et la culture du pays de Dante.

Qui dit vie étudiante dit aussi sorties ! Et pour les nombreux étudiants Erasmus de Bologne – soit près d’un quart de la population – des associations comme l’ESN et l’AEGEE organisent de nombreuses activités et proposent des ristournes sur les voyages ou l’entrée en discothèque. En début de soirée, vers 18h, les bars de la ville organisent une formule « aperitivo » avec un petit buffet entre 6 et 9 €… qui fait généralement du bien au compte en banque des étudiants.

Décembre arrive, les premiers exams aussi. Alors on bosse comme, peut-être, on n’a jamais bossé : il faut assimiler tout ce nouveau vocabulaire spécifique, ficher plusieurs livres en un temps record, comprendre, apprendre. Jusqu'à la veille des examens, sous forme d'oraux la plupart du temps. Au programme : stress, insomnies, puis résultats positifs, récompense et satisfaction !

De l'autre côté de la force

Après des vacances de Noël en famille bien méritées, me voilà de retour en Italie. Le mois de février commence, c’est le début de mon stage d’un mois auprès d'un avocat au barreau de Bologne. Bonnes surprises sur bonnes surprises : je n’ai pas été reléguée aux photocopies, mais ai véritablement été immergée dans le quotidien et les affaires de mon tuteur. J’ai assisté à des audiences au tribunal, à une médiation. J’ai aussi appris comment former des recours auprès de la Cour Européenne des droits de l’Homme et de la Cour de Justice de l’Union Européenne. D'ailleurs, j’ai pu constater que la langue de Shakespeare était indispensable : l’avocat s'occupait, entre autres, d'un procès situé en Roumanie, l’anglais était donc de rigueur pour communiquer avec la partie adverse.

Si le droit italien ressemble beaucoup au droit français – car les italiens se sont beaucoup inspirés de notre système – les tribunaux des deux pays n'ont rien à voir. Par exemple, j'ai été frappée par l'étroitesse des couloirs dans les tribunaux italiens. Pas facile de circuler. On trouve aussi très peu d’indications dans les locaux, un stagiaire qui ne connaît pas les lieux a beaucoup de difficultés à s’orienter. Une autre dissimilitude est qu'en France les salles d’audiences sont réparties autour d’un grand hall, tandis qu’en Italie elles sont au milieu des couloirs où se trouvent les bureaux des juges et ceux de l’administration.

J’ai ainsi pu découvrir toutes les facettes du métier, aussi bien du point de vue professionnel qu’humain, comme, par exemple, les rapports que l’avocat entretient avec ses clients et ses confrères. Contrairement à ce que les films et séries télévisées suggèrent, il n’est pas du tout question de « guerre » entre eux. Cependant, malgré tous les aspects positifs que je retiens de ce stage, je sais que le métier d'avocat n'est pas fait pour moi. Ce qui m'intéresse vraiment serait de travailler au sein d’une institution européenne ou d’un consulat.

Cliché or not cliché ?

Durant mon séjour j’ai apprécié le côté accueillant des Italiens et les ai trouvés très avenants. Par exemple si l’on se perd, ils n’hésitent pas à faire un bout de chemin avec nous pour nous montrer le trajet. En Italie les pâtes sont évidemment sacrées, il faut une dose quotidienne au moins à l’un des deux repas. Et pour rester dans les stéréotypes, je pensais que l'image des Italiens qui parlent fort avec beaucoup de gestes était un mythe mais il n’en n’est rien, c’est bel et bien vrai !

Cara Italia, è certo, ci rivedremo !

Ils viennent d’horizons divers. Leurs vies pourraient prendre n’importe quelle tournure et prendre racine n’importe où. Face à l’imprévu, une chose semble pourtant inéluctable : à un moment ou à un autre, ils feront tous un stage. Portrait des stagiaires européens de 2015.