Miro Cerar : bouffée d'air frais ou même rengaine ?

Article publié le 17 juillet 2014
Article publié le 17 juillet 2014

Avo­cat et ex­pert ju­ri­dique, pro­fes­seur à l'uni­ver­sité et au­teur, mu­si­cien, conseiller pour le gou­ver­ne­ment, ath­lète, fils, mari et père. Voilà tout ce qui peut dé­crire le Dr. Miro Cerar. Mais de­puis peu, il est aussi le futur pre­mier mi­nistre slo­vène. Alors com­ment en est-il ar­rivé là ?

Miro Cerar est un can­di­dat im­pro­bable à l’élec­tion de Pre­mier mi­nistre de Slo­vé­nie. Le sport, le droit et la po­li­tique ont fait par­tie de son en­fance, comme la cé­lé­brité, à cause de ses pa­rents. Né le 25 août 1963 à Lju­bl­jana, d’un père, Mi­ro­slav Cerar, un des meilleurs gym­nastes du pays, et de Zdenka Cerar, sa mère pro­cu­reur de l'État et pre­mière femme slo­vène à de­ve­nir mi­nistre de la Jus­tice. Son père était aussi avo­cat, mais il est d’avan­tage connu pour ses per­for­mances en ath­lé­tisme: il a rem­porté trois mé­dailles olym­piques, sept cham­pion­nats du monde et neuf mé­dailles aux cham­pion­nats d’Eu­rope. Il a aussi été un des fon­da­teurs du Co­mité Olym­pique de Slo­vé­nie. Sa mère était vice-pré­si­dente du parti po­li­tique Li­be­ral De­mo­crats, mais elle a aussi rem­porté deux fois les cham­pion­nats na­tio­naux de gym­nas­tique. En­fant, Miro n’était pas aussi ta­len­tueux en gym­nas­tique que ses pa­rents. Aussi, il jouait au bas­ket, et il aime tou­jours y jouer avec ses en­fants. Mais il ne pra­ti­quait pas seule­ment le sport. Il est allé à l’école de mu­sique, où il a ap­pris à jouer de l’ac­cor­déon et plus tard de la gui­tare pour im­pres­sion­ner les filles. À l’uni­ver­sité, il avait un groupe ap­pelé Alan Ford. Di­manche 13 juillet 2014, son parti a ré­colté plus de 36 % des voix aux élec­tions lé­gis­la­tives de Slo­vé­nie.

Miro Cerar a étu­dié le droit à l’Uni­ver­sité de Lju­bl­jana, et à la fin de ses études, il de­vient pro­fes­seur as­sis­tant. En 1990, il a eu l’op­por­tu­nité d’ai­der à écrire la Consti­tu­tion de la Ré­pu­blique de Slo­vé­nie, et plus tard d’autres lois im­por­tantes. Au­jour­d’hui, il est pro­fes­seur à plein temps à la fa­culté de Droit et un au­teur cé­lèbre et éru­dit. En 2008, il a fait un pas­sage à la Gol­den Gate Uni­ver­sity de San Fran­cisco en tant que pro­fes­seur in­vité. Pour son tra­vail, il a reçu de nom­breux prix, dont celui de meilleur pro­fes­seur à la fa­culté de Droit, trois fois celui de l’ex­pert ju­ri­dique slo­vène le plus qua­li­fié et il a été douze fois nommé l’un des ju­ristes les plus in­fluents de Slo­vé­nie.

Un politicien sans expérience

Il est l’un des nom­breux po­li­ti­ciens non-pro­fes­sion­nels de la po­li­tique, un phé­no­mène crois­sant dans les pays eu­ro­péens ces der­nières an­nées. Leur po­pu­la­rité vient sur­tout du fait qu’ils n’ont pas de passé po­li­tique, donc ne sont pas liés aux af­faires de cor­rup­tion, ou à des lois in­justes, ou à une mau­vaise gou­ver­nance, ou en­core à une aug­men­ta­tion de la dette du pays et des im­pôts. Ces nou­veaux hommes po­li­tiques ne vont pas être as­so­ciés à l’ag­gra­va­tion de la crise, ils re­pré­sentent une nou­veauté et un es­poir pour le pays. Miro Cerar est of­fi­ciel­le­ment entré dans la sphère po­li­tique slo­vène le 2 juin quand son parti po­li­tique, le Miro Ce­rar’s Party (SMC), fut créé. De­puis le début, les son­dages pré­disent qu’il ob­tien­dra plus de 30% des votes aux élec­tions lé­gis­la­tives. En tant que pro­chain Pre­mier mi­nistre, il devra for­mer une nou­velle coa­li­tion. Qui nom­mera-t-il ? C'est la ques­tion la plus po­pu­laire au­jour­d’hui dans le pays

Miro Cerar pense que son sou­tien parmi les ci­toyens ­vient du fait qu’il re­pré­sente un nou­veau vi­sage avec un nou­veau parti po­li­tique. Les gens sentent qu’il peut être la der­nière chance pour la Slo­vé­nie. Comme son parti existe de­puis seule­ment un mois et demi, il n’a pas un passé de pro­messes non te­nues, et les ci­toyens le voient, lui et des autres membres du SMC, comme des com­men­ta­teurs cré­dibles des évé­ne­ments po­li­tiques. Il est in­té­res­sant de noter que 41 % des membres du SMC sur la liste élec­to­rale ont une maî­trise ou un doc­to­rat en sciences, un pour­cen­tage beau­coup plus élevé que dans les autres par­tis po­li­tiques slo­vènes.

Il y a beau­coup de sup­po­si­tions sur le nou­veau gou­ver­ne­ment, mais Cedar ne veut ré­vé­ler aucun nom. Comme parti cen­triste, le SMC ne sou­haite pas dif­fé­ren­cier des par­tis de droite et de gauche et di­vi­ser le pays idéo­lo­gi­que­ment. Alors, plu­sieurs al­liances sont pos­sibles. Les di­ri­geants du parti pensent nom­mer des élé­ments des par­tis de gauche et de droite, mais leur pre­mière prio­rité est de sor­tir la Slo­vé­nie de la crise et d’éta­blir une culture po­li­tique et ju­ri­dique plus forte.

Choisir son moment

Alors pour­quoi Cerar a-t-il dé­cidé de ren­trer en po­li­tique ? En tant que conseiller à l’As­sem­blée na­tio­nale, il a tou­jours été lié à cet uni­vers. Mais de­puis un an, il a com­mencé à re­ce­voir de nom­breuses offres : quatre par­tis po­li­tiques dif­fé­rents l’ont in­vité à les re­joindre. Il a aussi reçu une offre pour un poste dans un po­ten­tiel « pro­jet de gou­ver­ne­ment » après la chute de Janez Jansa du gou­ver­ne­ment en 2013. Mais pour lui, l’an­née der­nière n’était pas le bon mo­ment pour en­trer en po­li­tique. Il a ce­pen­dant ob­servé de très près ce que le nou­veau gou­ver­ne­ment fai­sait pour sor­tir la Slo­vé­nie de la crise. Pen­dant ce temps, il a ras­sem­blé un groupe de per­sonnes avec les­quelles il par­ta­geait les mêmes vues pour l’ave­nir du pays. Après la dé­mis­sion du gou­ver­ne­ment au mois de mai, il a pris la dé­ci­sion d’in­ter­ve­nir. La Slo­vé­nie avait be­soin d’un parti po­li­tique al­ter­na­tif pour sor­tir le pays de cette crise, puisque les par­tis po­li­tiques ac­tuels sem­blaient im­puis­sants et trop oc­cu­pés à dis­cu­ter entre eux. Comme Cerar l’a tweeté pen­dant sa cam­pagne élec­to­rale, « l’ap­pa­rence est vide s’il n’y a pas de contenu der­rière. » Dans les pro­chaines se­maines, nous ver­rons si der­rière la fa­çade de Cerar, il y a un vrai pro­jet qui sera po­si­tif pour le pays.