Ministre des Affaires étrangères : enfin une réalité !

Article publié le 1 février 2005
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Article publié le 1 février 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La Constitution le propose et l'Histoire l'exige : une seule personnalité veillera à coordonner la diplomatie européenne. Analyse.

Que diraient aujourd'hui les pères fondateurs de l'Europe au sujet de la création de la figure du Ministre des Affaires étrangères européennes? Seraient-ils fiers de notre Constitution ?

Ce qui aujourd'hui encore semble tenir de la fiction politique avait pourtant déjà été théorisé il y a plus de 50 ans. En 1954, en raison d'un rejet français, l’Institution de la Communauté européenne de défense, un organisme fédéral qui prévoyait la création d'une armée européenne, fut soudainement balayée. Le Traité de Maastricht, les tribulations géopolitiques consécutives à la chute du communisme et les premiers foyers de guerre en ex-Yougoslavie ont rendu manifeste, au début des années 1990, l'impératif d'un effort commun en matière de politique extérieure. Ainsi l'objectif d'une politique extérieure et de défense commune (PESC) entrait de plein droit dans le Traité de Maastricht, subissant des modifications significatives dans les Traités successifs d'Amsterdam et Nice. Des paroles, on est passé aux actes, avec la création en 1999 de la figure de Haut Représentant à la politique extérieure et de divers Comités de soutien à son activité diplomatique. Le Traité de Nice a de surcroît introduit la possibilité pour les Etats membres d'instaurer une coopération renforcée, y compris en matière de politique extérieure et de sécurité commune.

L'introduction de l'euro, qui a contribué à unir les consciences européennes, ainsi que l'avènement de la menace terroriste en Europe après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, ont rendu plus actuelle la discussion, jusqu'à sa consécration définitive apparue avec la crise irakienne. La réalisation d'une politique européenne commune est devenue un thème de débat dans tout le continent et même au-delà.

Qui est le nouveau Ministre des Affaires étrangères ?

Les sondages le confirment : les citoyens européens approuvent pleinement la PESC et souhaitent un développement de celle-ci. Mais la nouvelle constitution européenne a-t-elle satisfait leurs attentes ? L'institution du Ministre des Affaires étrangères est unanimement considérée comme un des progrès majeurs de la nouvelle donne constitutionnelle. Techniquement parlant, il s'agit d'un sorte de fusion entre les fonctions de Haut Représentant à la PESC et de Commissaire des Relations extérieures. Mais le Ministre disposera de nouveaux pouvoirs, comme le droit très important d'initiative, précédemment aux mains de la Commission. Il serait également vice-président de la Commission européenne, ce qui augmentera son prestige. Ses fonctions seront essentiellement au nombre de trois : représenter l'Union européenne dans les questions de politique extérieure, conduire un dialogue politique au nom de l'Union ainsi qu’exprimer les positions européennes dans les organisations et conférences internationales. Il pourra donc, sur la demande des Etats européens qui en font partie, être appelé à exprimer la position de l'Union devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Cela présuppose, pour qu'il puisse accomplir son rôle, que l'Union ait effectivement une position unitaire sur une série de thèmes. Mais qui décidera la ligne commune de la PESC? Le Ministre a avant tout une fonction de représentation et de coordination, mais les décisions continueront d'être prises par le Conseil des ministres, organe qui représente les intérêts des Etats. Le critère de l'unanimité se maintiendra et les Etats membres disposeront toujours d'un droit de veto, deux grands obstacles à la naissance d'une Europe politique.

A quand les ambassades de l'Union Européenne ?

Mais alors quels effets auront les reformes relatives à la PESC dans les relations internationales? L'institution du Ministre des Affaires étrangères, bien que vivement attendue, reste pour le moment plus une réforme formelle que substantielle. Son attribution à une grande personnalité pourrait lui apporter une importante valeur ajoutée. Le succès d'une charge "ad personam" avec une telle visibilité dépendra en définitive du charisme et des capacités du nouveau Ministre et de la manière dont il réussira à exploiter les marges de manœuvre que lui laisse la Constitution. Ce sera également une occasion pour rapprocher les citoyens européens de la politique de l'Union, et chasser le mythe de la bureaucratie bruxelloise. Un service diplomatique constitué de délégations présentes dans 125 pays aideront le Ministre dans ses démarches. Celles-ci seront-elles nos futures ambassades ?