Mina Tindle : les jolies choses

Article publié le 18 avril 2013
Article publié le 18 avril 2013
Jeudi 21 mars, à l’hôtel W Paris-Opéra, en plein centre de la capitale. Taranta, l’album qui a marqué les débuts de la chanteuse française Mina Tindle, vient de fêter son premier anniversaire. Pauline, vrai prénom de l’artiste, reçoit tant bien que mal entre la foule, les photographes agités et les très nombreux verres de champagne.

« Je chante pour me soigner de quelque chose », a affirmé Mina Tindle dans beaucoup de ses interviews. Cette musicothérapie a eu pour résultat la publication, l’année dernière, de son premier album. Taranta, nom du LP, est le résultat d’un long parcours personnel et professionnel qui l’a menée de la France à l’Espagne, jusqu’aux États-Unis pour ensuite retourner dans sa terre natale afin de concrétiser et donner une forme à son travail.

Racines et des Pouilles

Taranta, un mot que l’on ne s’attend pas à entendre de la part d’une Parisienne qui n’a rien à voir avec l’Italie. Mais, après avoir découvert un peu plus la vie de Pauline, qui, comme toute artiste qui se respecte, est un peu nomade dans l’âme, ce lien avec l’Italie du Sud ne nous surprend plus. « Le titre se réfère vraiment aux traditions de la région des Pouilles », nous a-t-elle révélé. « Je vais souvent dans les Pouilles, j’ai une amie passionnée de folklore qui habite là-bas et elle m’a fait découvrir beaucoup de choses. L’approche artistique de cette danse est intéressante et ironique même si je ne m’y suis jamais essayée, du moins pour le moment. »

Pour fêter la première année du disque, Seen by… arrive. Plus qu’un second album, c’est un cadeau d’anniversaire pour ses débuts, contenant les succès de la chanteuse remixés par divers artistes. Ils ne sont que trois à jouer en l’honneur de Taranta : percussions, basse et Mina qui se divise entre guitare sèche et clavier. Trop peu ? Non, ils sont assez pour animer au mieux la soirée. La parfaite syntonie du trio se perçoit même en les regardant de loin et la chanteuse semble ne pas faire trop attention aux photographes qui désormais sont arrivés sur scène a vingt centimètres d’elle.

Mina Tindle fait son entrée sur scène avec un air assuré, enveloppée dans une robe à paillettes bleues qui capture parfaitement la lumière des projecteurs braqués sur elle. « Merci d’être venus », quelques paroles et le concert s’ouvre avec « To carry all the small things », chanson dont le public connaît les paroles par cœur. La chanteuse agite légèrement ses cheveux châtains et ondulés mais ne se hasarde jamais trop à faire des mouvements brusques : la scène est petite et il faut faire de la place aux photographes envahissants, en plus des instruments. Elle dispense cinq ou six chansons, pas plus. Après tout cette fête est aussi pour elle. En dehors de la scène, Pauline ne perd pas le sourire et raconte son parcours avec le même enthousiasme qui la caractérise quand elle a une guitare dans les mains et non un enregistreur : « je me suis sentie très libre pendant la réalisation du disque. Ils m’ont laissée essayer tout ce qui me passait par la tête pour trouver les sons que je voulais ».

« Des histoires d’amour et de rencontres, du temps qui passe »

« Tous les endroits où j’ai vécu m’ont permis de grandir, les couleurs de l’Andalousie et la violence de New York sont dans mes textes »

« Je chante en anglais car la culture musicale dont je m’inspire est surtout anglo-saxonne. Plus qu’un choix, cette inclination s’est imposée d’elle-même. Ensuite, l’anglais reste une langue qui se prête bien à la musique, sans compter qu’au début de la conception du disque je vivais aux États-Unis. » Bien que la plupart des morceaux soient écrits en anglais, Mina ne renonce pas à quelques petites incursions dans d’autres terrains linguistiques, y compris le français. « Dans tous les cas, j’aime explorer des langues différentes à travers la musique. Par exemple l’espagnol, que je suis habituée à entendre depuis que je suis petite puisque ma famille a des origines espagnoles et parce que j’ai moi-même vécu en Espagne pendant un moment. Cependant, c’est vrai qu’à un certain moment j’ai senti l’exigence de m’exprimer en français, d’essayer à nouveau après la première tentative d’il y a quatre ans qui n’a pas vraiment été glorieuse. »

« Je reviens à la francophonie, même si ce n’est que pour peu de chansons. J’écris toujours des choses intimes ou du moins qui s’inspirent de ce qui m’arrive. Ce sont souvent des histoires d’amour et de rencontres, du temps qui passe. Bref, des thèmes qui restent universels. » Un journal intime en musique que la langue étrangère contribue à tenir sous clé, au moins au niveau psychologique. Armée de ses 28 ans et d’un esprit de bohème, Pauline a beaucoup d’autres choses à raconter. « J’adore voyager, arriver dans un pays, sur une terre inconnue et me sentir perdue. Ce genre de situation permet de vivre les choses avec ingénuité, chose que j’ai un peu perdue maintenant avec l’âge. »

Au final, ce sont vraiment les voyages, les terres qu’elle a visitées, les atmosphères qu’elle a eu l’occasion de respirer qui ont donné vie à un disque. « Tous les endroits où j’ai vécu m’ont permis de grandir professionnellement d’une façon ou d’une autre, pas toujours au niveau musical pur mais plutôt sur le plan artistique. Les couleurs de l’Andalousie et la violence de la ville de New York sont bien sûr présentes dans mes textes. Taranta nait d’un véritable chemin artistique et personnel, fait de lieux et de personnes. »

Un travail de tissage auquel elle a elle-même participé, soignant tous les aspects, des textes aux musiques jusqu’au choix des collaborations pour le disque de remix. Une vraie première (et seconde) œuvre personnelle à 100%. « J’ai voulu faire un disque, tout en conservant le côté artisanal. Construire un objet plus que projeter une carrière. » Il semble même que, sans le vouloir, l’artiste ait réussi à faire les deux.

Photos : Une © Claude Gassian; Texte : Mina Tindle © Jerôme Bauer; Mina seen by © Nathalie Sanchez; Vidéo: Mina Tindle Officiel/YouTube.