Mimi Mollica – un artiste engagé pour le droit des immigrés en Europe

Article publié le 19 mai 2009
Article publié le 19 mai 2009
Strasbourg, le 17 mai 2009 Par Marie Krpata Du 21 au 24 avril, tandis que les députés européens se retrouvaient pour leur rendez-vous mensuel en session plénière, une exposition photo s’est tenue à l’écart du débat politique dans la galerie sud du Parlement européen.
C’est avec la série de photographies « En route pour Dakar » que le photographe Mimi Mollica, d’origine italienne et vivant à Londres depuis treize ans, aurait aimé capter l’attention des représentants des citoyens de l’Union européenne. Dans le passé, il avait déjà prouvé son engagement politique en s’intéressant aux personnes handicapées en Inde, aux immigrés clandestins arrivant à Lampedusa ou encore au quotidien des londoniens après les attentats du 7 juillet 2005.

Seulement, le moyen d’expression de Mimi Mollica ce ne sont pas les mots mais la photographie, medium malheureusement trop peu pris au sérieux pour sa valeur politique.

Pourtant l’exposition dans les locaux de la si prestigieuse institution était prometteuse. Mimi Mollica avait gagné en décembre 2008 la compétition photo du Parlement européen « Résolutions pour 2009 » lui permettant d’exposer sa photo sélectionnée, pendant un mois à Strasbourg. Par la suite, les députés européens Giusto Catania et Vincenzo Aita, intervenus en sa faveur, lui ont permis d’investir les lieux pour quatre jours en avril et d’exposer cette fois-ci plusieurs exemplaires de son travail au Sénégal. Espérant apporter sa valeur ajoutée, si modeste soit-elle, au sujet indémodable qu’est la politique d’immigration européenne, il déplore que son travail soit visiblement « considéré comme une manifestation artistique et complètement déconnecté des débats politiques européens ». En effet, pendant les quatre jours qu’a duré l’exposition, il n’a perçu aucune réaction quant à son travail.

Or les photographies de Mimi Mollica sont plus qu’une recherche esthétique : Il s’agit d’un « travail documentaire sur des sujets sociétaux causant un large débat ». A Dakar, l’artiste a rencontré des personnes qui « ont fait la grande traversée pour parvenir jusqu’à l’Europe et ont été, au long de leur voyage, témoins de tragédies humaines. Une fois arrivés en Europe où ils se sont vus refuser l’entrée, ils ont dû affronter le chemin du retour.»

Il s’exprime avec son approche et sa sensibilité d’artiste sur un sujet polémique et pour lequel plusieurs facteurs entrent en compte, mais qu’il perçoit d’autant plus facilement qu’il est, au cours de ses voyages, au contact des gens sur lesquels se répercutent directement les décisions politiques en la matière.

mimi_mollica_2.jpg Mimi Mollica est un artiste italien et européen, plus encore europhile, et en tant que tel il affirme avec franchise : « En Italie il y a un gouvernement particulièrement terrible, épouvantable, hypocrite qui frise le fascisme et adopte par conséquent une politique de l’immigration restrictive. Mais en tant qu’Européen je peux aussi me permettre de dire que l’Europe se renferme de plus en plus sur elle-même. »

Si Mollica a eu l’opportunité d’exposer sur un sujet sensible au Parlement européen, ce qui pouvait présager un beau signe d’ouverture d’esprit d’une institution souvent accusée d’être trop technocrate, il est regrettable que cette plateforme n’engage ni les visiteurs ni les députés européens au dialogue. Les idées que l’artiste a pu se forger pendant ses diverses rencontres restent donc inexploitées. Au moment où les députés européens sont en pleine campagne électorale pour un nouveau mandat, il semblerait qu’on oublie une fois de plus les réalités humaines qui pourtant devraient être au centre des préoccupations.

Une semaine après la session plénière au Parlement européen, s’est tenue la session du printemps du Conseil de l’Europe. Les organisations non-gouvernementales s’y sont réunies pour réfléchir à l’implication de la société civile dans la politique et à une politique du bas vers le haut. Si seulement au Parlement européen, aussi, l’être humain était pris au sérieux et non pas seulement considéré comme un citoyen dont il faut obtenir l’adhésion le jour du vote…

Mimi Mollica un artiste à découvrir

Mimi Mollica est né à Palerme en 1975. Il quitte l’Italie alors qu’il a 20 ans pour devenir photojournaliste. Il a fait ses débuts comme assistant de la photographe Hélène Binet et collabore actuellement avec des journaux et magazines anglais et italiens tels que le Guardian Weekend Magazine, D di Repubblica et le COLORS Magazine. En 2005, il obtient le deuxième prix de l’Observer Photographic Hodge Award pour sa série relative aux attentats de Londres. En 2007, il avait été nominé pour le « Press photographer of the Year 2007 » pour son reportage sur l’immigration illégale en Sicile. Son dernier travail est la série « En route pour Dakar » qui montre l’espoir des sénégalais quant à la construction d’une autoroute reliant la capitale du Sénégal à Dianmiado et en même temps la frustration des exclus qui ne tireront aucun bénéfice d’une telle infrastructure. En 2008, « En route pour Dakar » a été exposé au Somerset House à Londres suivi de l’exposition d’une des photos de la série pendant un mois au Parlement européen. En avril 2009, finalement, il a eu l’opportunité d’y exposer la série toute entière. Au cours de notre entretien, Mimi Mollica nous a révélé que son prochain projet portera sur la Sicile.

Retrouvez le sur le site du parlement européen http://www.europarl.europa.eu//news/public/story_page/037-44397-350-12-51-906-20081212STO44321-2008-15-12-2008/default_fr.htm

Voir aussi le site de Mimi Mollica