Miloš Lazin : « Médiateur entre la Yougoslavie et la France »

Article publié le 21 décembre 2007
Article publié le 21 décembre 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Son pays n’existe plus. Pourtant, à 55 ans, le metteur en scène Miloš Lazin se dit yougoslave et n’en démordra pas. Plusieurs fois primé lors de festivals de théâtre, il a atterri à Paris en 1989 et mène une seconde vie d’apatride.

Miloš Lazin m'a donné rendez-vous dans un restaurant du Marais, dans une petite rue enclavée : l’établissement, japonais, ne paye pas de mine. Miloš, en habitué, salive à l'idée des glaces au thym ou à la rose qu’il a l’habitude de commander ici. Ce metteur en scène yougoslave qui a monté de nombreux spectacles sur les scènes nationales des Balkans jusqu’en 1989, vit dorénavant en parisien averti.

Avant de s’expatrier, Lazin était un homme engagé contre toutes les formes de nationalisme. Souvenir de l'éclatement de sa région natale : le dramaturge rejette la violence, celle qui s’attaque à son identité, forcément yougoslave. Aujourd’hui, il se bat pour empêcher l'oubli et ne pas avoir à « s'inventer une identité serbe ou croate » à partir de rien. Il refuse de tirer un trait sur « son enfance yougoslave. »

La France, asile involontaire

Ancien professeur à la faculté d’art dramatique de Belgrade de 1982 à 1990, directeur artistique du théâtre belgradois ‘Atelje 212’ de 1985 à 1987, il a initié des productions théâtrales partout en ex-Yougoslavie. Aujourd'hui, lorsqu'il parle avec enthousiasme de la nouvelle génération de metteurs en scène dans les Balkans, il cite tous azimuts des noms bosniaques, serbes et croates.

Dans sa démarche, l'origine ethnique n'a aucune importance : « La ville à laquelle je m'identifie le plus, c'est Sarajevo ». Cela ne saurait être un hasard : la capitale bosniaque est la plus cosmopolite des villes de l'Ex-Yougoslavie. « Elle est consciente de ses richesses », poursuit-il.

Pendant l’adolescence de Miloš Lazin, le rock made in Balkans prend son envol, à Sarajevo justement. L’époque à laquelle l'Ex-Yougoslavie s'ouvre au monde occidental : « A ce moment-là, on rêvait tous de capitalisme », se rappelle-t-il, un brin nostalgique. Déjà fasciné par le théâtre, Lazin lit Peter Stein qui lui laisse un souvenir indélébile. Il est témoin de la naissance du théâtre balkanique, malgré la domination austro-hongroise dans cette région.

Pourtant, « ma vision du théâtre est plutôt allemande ou nordique », dit-il, sans goût particulier pour les institutions théâtrales à la française. La création, en Allemagne, est le produit de troupes permanentes, selon lui. Alors qu’en France, le monde théâtrale serait trop fermé, trop provincial, autosuffisant : « Ici, je ne vois pas de véritable auto-analyse », poursuit-il, en spécialiste. Pas manichéen, Lazin estime néanmoins que la situation s'améliore.

Un pont entre la ex-Yougoslavie et la France

« Je n'ai jamais voulu immigrer en France », affirme-t-il une moitié de sourire aux lèvres. Reconnu pour son travail en Yougoslavie, il doit émigrer en 1989. Pas pour le succès : « J’étais conscient que je ne pourrais jamais être un metteur en scène français », se souvient-il. « Le théâtre est très difficilement exportable. »

Mais sa femme, la mère de ses enfants est Française. Il vient la rejoindre et vivre une vie de famille à Paris. Il s’imagine alors devenir un « médiateur entre l'ex-Yougoslavie et la France ».

Lazin choisit sa place, celle du pont, de l’intermède, du traducteur. Il monte d’abord ‘L'île des Balkans’, une adaptation du texte de Vidosav Stevanovic, avec la compagnie Mappa Mundi Hôtel Europe qu'il a créée. Le spectacle est une coproduction des Centres dramatiques nationaux de Limoges et Montluçon, deux villes dans lesquels il donne également des cours de théâtre aux lycéens. Par la suite, il met en scène ‘Ines & Denise‘ de Slobodan Snajder, une coproduction franco-bosniaque cette fois-ci.

Avec le recul, Lazin estime qu’il «est plus facile d'immigrer que de rentrer dans un pays dans lequel on a vécu et grandi mais qui n'existe plus ». Finalement apatride, l’artiste n'est pas fataliste. Depuis son arrivée en France, il s’en sort très bien et vit même de plusieurs métiers. Journaliste à Radio France Internationale au service franco-bosniaque, théoricien (il rédige de nombreux articles sur les nouvelles écritures théâtrales), il ne vit pas dans la nostalgie du passé.

Et Milos Lazin se penche, enfin, sur son dernier projet, ‘La femme bombe’, l’histoire d’une terroriste qui se fait sauter emportant avec elle la vie d’un politicien important. Une pièce d’Ivana Sajko, joué par la Compagnie Mappa Mundi.

Homepage photo: (ML)