Milan : un lieu de la Shoah devient le symbole de l'accueil des réfugiés

Article publié le 21 septembre 2016
Article publié le 21 septembre 2016

À l’époque du fascisme, c’était le quai d’où partaient les trains de déportés en direction des camps de concentration. Le Quai 21 de la gare de Milan est désormais devenu le symbole citoyen d’accueil et de dialogue entre les différentes cultures et religions.

Un lieu qui renvoie à un triste passé, puis oublié pendant des décennies, est aujourd’hui devenu le symbole de l'accueil. Nous parlons du Quai 21 de la Gare centrale de Milan qui fût le point le départ des trains qui transportaient chaque jour des dizaines d’êtres humains vers les camps de concentration d’Auschwitz et de Bergen-Belsen, ou vers leurs équivalents italiens de Bolzano et Fossoli entre 1943 et 1945. Pendant de nombreuses années ce lieu a été oublié mais depuis le 30 janvier 1997, grâce aux récits de Liliana Segre une survivante de l’Holocauste, et à la participation de la Communauté de Sant'Egidio et de la Communauté juive de Milan, le quai est devenu le symbole de la récupération de la mémoire et de la lutte contre l’indifférence à propos de ce qui s’est passé. En 2013, le Mémorial de la Shoah a été inauguré et l’inscription « indifférence » est désormais gravée sur le mur de l’entrée principale.

Aujourd’hui, la ville de Milan est confrontée à de nombreux défis, un d’entre eux est généré par le nombre considérable de réfugiés qui sont arrivés dans la ville depuis l’année dernière. Il s’agit très probablement du plus grand. La Gare Centrale est devenue de fait le lieu de transit pour beaucoup de réfugiés qui souhaitent aller en Europe du Nord. Ces derniers proviennent de différents pays, mais ils ont souvent pour point commun de fuir la guerre et les régions liberticides. Les destinations finales de leur voyage sont souvent des pays comme l’Allemagne et la Suède qui sont considérés comme des exemples à suivre en matière d’accueil en raison de leurs politiques migratoires circonspectes. D’après les chiffres diffusés par le Haut-commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), l’année dernière, 21 235 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes au mois de mai. Le chiffre record a été atteint au mois de juillet avec l’arrivée de 23 186 migrants. Pour faire face à la demande d’accueil toujours plus importante, les fondateurs du Mémorial ont décidé d’ouvrir leurs portes aux réfugiés en transit pendant la période estivale, jusqu'à leur offrir des conditions d'accueil dignes de ce nom incluant des sanitaires, le dîner et le petit-déjeuner.  

Nous débutons notre visite en arrivant par l’entrée secondaire du Mémorial où nous sommes accueillis par Abdallah, qui s'est vu offrir un poste de veilleur par la communauté. « Ce soir il y a de nombreux couples, mais aussi des jeunes qui n'ont que 16 ans. J’aime ce travail, j’aide aussi souvent à distribuer les médicaments et les repas à ceux qui ont faim », explique-t-il.

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Près de quarante personnes reçoivent chaque soir une assistance et l’hospitalité dans les locaux souterrains de la Gare centrale. La gestion de la sécurité est effectuée par le projet Arca (une association qui vient en aide aux familles et aux adultes indigents, aux personnes âgées en difficulté, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, ndlr) qui vérifie l’enregistrement des migrants  hébergés auprès du centre d’accueil temporaire de la rue Sammartini. La majorité d’entre eux sont Éthiopiens, Soudanais et Érythréens

 

Des bénévoles de tout âge sont venus pour distribuer le dîner et échanger quelques mots avec les migrants hébergés par la structure. Ils sont nombreux et hétérogènes : certains sont catholiques et font partie de la Communauté de Sant'Egidio, mais d’autres viennent de la communauté islamique ou juive. Certains bénévoles sont également athées.

« Un réseau vraiment très hétérogène s’est mis en place, réseau qui manque peut-être que dans d’autres villes », nous confirme Virginia, une bénévole de la Communauté de Sant'Egidio. L’expérience de Rossana est similaire : « Avec notre paroisse nous sommes ici depuis deux ans. Au-delà de la présence de bénévoles nous fournissons de la nourriture ainsi que des biens de première nécessité. Nous partageons le plaisir de faire du bénévolat aux côté d’autres organisations ».

L’année dernière, 5 000 personnes ont été accueillies grâce à l’aide de plus de 200 bénévoles. Cette année, nonobstant les vacances d’été au mois d’août, les bénévoles restés en ville se sont montrés toujours aussi disponibles. L’accueil au Mémorial de la Shoah continue, il est complètement à la charge de l’institut qui met toujours autant de cœur à l’ouvrage. Un bel exemple.

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Cet article a été rédigé par la rédaction locale de cafébabel Milano. Toute appellation d'origine contrôlée.